Kodoku Meatball Machine


Dans la programmation « Mondovison » de l’Étrange Festival est présenté en première française la dernière folie de Yoshihiro Nishimura, papa de plusieurs des meilleurs splatters que le Japon ait jamais donnés. Douze ans après le mythique Meatball Machine réalisé par Yudai Yamaguchi et Jun’ichi Yamamoto, c’est au tour de Nishimura d’étendre l’univers de ses confrères dans un sequel déjanté et sanglant à souhait.

Sang pour Sang Nishimura

Quel bonheur de retrouver Nishimura, quelle joie de se faire éclabousser par ses splatters aussi cultes que géniaux ! Après s’être frotté au film gore fantastique avec Tokyo Gore Police (2008) et Vampire Girl vs Frankenstein Girl (2009) ainsi qu’au film d’action sanguin avec Helldriver (2010), le réalisateur s’attaque à la suite d’un autre splatter tout aussi mythique, Meatball Machine. Reprenant le principe du premier film, Kodoku Meatball Machine se concentre sur l’invasion d’extraterrestres qui enferment tout un quartier de Tokyo dans un immense bocal indestructible. À l’intérieur du dôme, les habitants sont attaqués par de petits aliens contrôlant les humains par le biais de casques volants, les transformant en nécroborgs. Horriblement mutilés, les victimes développent des armes à partir de leurs propres corps pour s’entretuer.

Si Kodoku Meatball Machine surprend, c’est dans un premier temps grâce à sa première partie plutôt inhabituelle pour un splatter. Les vingt premières minutes du film se focalisent sur le quotidien de Yuji, un salaryman cinquantenaire et solitaire criblé de dettes, touché par un cancer. Yuji est également amoureux de Kaoru, une jeune libraire membre d’une secte aux mœurs étranges. Pendant ce temps, de mystérieuses femmes tracent la piste d’atterrissage d’un dôme extraterrestre fonçant droit sur la Terre. Si cette première partie peut en perdre plus d’un, elle est cependant nécessaire au développement du personnage de Yuji et indispensable pour comprendre ses motivations. En effet, ce dernier n’échappe pas à un nécroborg qu’il parvient à neutraliser grâce à son cancer, gardant une conscience humaine et se transformant en un combattant hors-pair. Chaque nécroborg rencontré et combattu est en réalité une personne ayant humilié Yuji, qui se lance dans une vengeance sanglante à la rescousse de Kaoru, capturée par l’une des créatures. La première partie de Kodoku Meatball Machine ne reste pas in-intéressante par rapport au massacre que représente le reste du film, et nous plonge dans une parodie mélodramatique digne des meilleurs dramas à l’eau de rose. La seconde partie est une suite de combats tous aussi absurdes et déments les uns que les autres, où l’on prend un malin plaisir à découvrir les personnages version nécroborgs, affublés de bras-ciseaux, de seins mitrailleurs ou même à moitié transformés en voiture. Tandis que le sang gicle et que Yuji combat monstre sur monstre, on ne peut qu’adorer cet excès d’hémoglobine et ces créatures en tous genres que nous offre Nishimura, déjà à l’origine des effets spéciaux et maquillages de Meatball Machine. On appréciera d’autant plus que le long-métrage trouve une véritable conclusion à ce festival de gore et d’absurde dans un twist aussi insensé que le reste du film.

La direction artistique de Kodoku Meatball Machine est tout simplement impressionnante, Nishimura ayant la directive du charadesign des créatures, des effets spéciaux, des costumes et du maquillage en plus de la réalisation, du montage et du scénario (passionné on vous dit !). Ressort de ce film un univers visuel et sanglant unique qui réjouira les fans de la première heure. Comme souvent dans le cinéma de genre japonais, une forte dimension sociale émerge des propos du film quand on ose y regarder de plus prêt. Kodoku Meatball Machine est ainsi une évidente parabole de la difficulté de s’affirmer en tant qu’individu au sein d’une société nippone très formatée. Kodoku Meatball Machine s’attaque également à la religion, au sexe et même à l’exploitation animale pour un film plus profond qu’il n’en a l’air. Gores et hilarants, les combats font également  honneur au premier Meatball Machine, que ce soit à travers la mise en scène psychédélique de Nishimura ou les nombreuses folies qu’il se permet, entre autre le rodéo de Kaoru seins nus sur un nécroborg, qui est sans doute la scène la plus barrée du film. On appréciera d’autant plus le soin apporté aux costumes et maquillages des créatures, véritables monstres de cinéma, qu’on espère revoir dans un futur volet. Côté casting, on retrouve de nombreuses figures emblématiques du cinéma de genre nippon, à savoir Eihi Shiina (Audition, Tokyo Gore Police), Takumi Saito (Vampire Girl vs Frankenstein Girl, RoboGeisha) et l’une des actrices fétiches de Sono Sion, Ami Tomite (Antiporno, Tag).

Si l’univers du splatter vous est inconnu ce Kodoku Meatball Machine est parfait pour plonger tête la première dans une effusion hilarante de sang, boyaux et organes. Les amoureux du réalisateur ne devraient pas être déçus par ce sequel généreux sur l’hémoglobine et à l’imaginaire bien plus poussé que le premier film. Nishimura signe sans aucun doute ici l’oeuvre la plus délirante et aboutie de sa carrière et l’un des grands immanquables de cette 23ème édition de l’Étrange Festival.


A propos de Jade Vincent

Jeune sorcière attendant toujours sa lettre de Poudlard, Jade se contente pour le moment de la magie du cinéma. Fan absolue de Jurassic Park, Robin Williams et Sono Sion, elle espère pouvoir un jour apporter sa pierre à l'édifice du septième art en tant que scénariste. Les rumeurs prétendent qu'elle voue un culte non assumé aux found-footages, mais chut... Ses spécialités sont le cinéma japonais et asiatique en général.

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