Incarnate


Alors que Get Out (Jordan Peel, 2017) cartonne actuellement en salle, on vous parle d’une autre production Blumhouse, sortie directement en vidéo le 26 Avril chez Wild Side cette fois : Incarnate.

Désincarnate

Comme on à l’habitude d’être francs avec vous, on va pas vous cacher que l’on se méfie de Blumhouse comme de la peste, du choléra, de la chaude-pisse et des morpions réunis. Même si le studio s’impose depuis des années comme LE studio de production dominant du cinéma de genre américain, son apogée marque aussi, à notre sens, le déclin qualitatif général que le milieu subit. Pour être tout à fait honnête, il faut reconnaître au studio une filmographie bicéphale oscillant entre productions au rabais fabriquées spécialement pour ne coûter pas grand-chose et rapporter gros, reprenant le canevas de leur film matriciel Paranormal Activity (Oren Peli, 2009) – telles que les nombreuses daubes que sont, en vrac, Sinister (Scott Derrickson, 2012), Dark Skies (Scott Stewart, 2013), la trilogie qui porte bien son nom The Purge (James DeMonaco, 2012-2016) ou encore d’autres chef-d’œuvres de mauvais goût comme Green Inferno (Eli Roth, 2015), le remake américain de Martyrs (Kevin & Michael Goetz, 2015) – et quelques films suffisamment intéressants pour être notables, souvent dirigés par des réalisateurs déjà reconnus comme le The Bay (2012) de Barry Levinson, le génial Insidious (2010) de James Wan, The Lords of Salem (2013) de Rob Zombie ou encore les deux derniers films de M.Night Shyamalan, The Visit (2015) et le récent Split (2017). Incarnate, fait plutôt partie de la première catégorie. Son réalisateur, Brad Peyton, n’est pas de la trempe des James Wan et Shyamalan, mais n’est pas non plus un parvenu. On lui doit notamment la réalisation du film Entre chiens et chats : La Revanche de Kitty Galore (2010) resté dans les annales du film d’animaux qui parlent – un genre à part entière qui mériterait un dossier tout entier – , Voyage au Centre de la Terre 2 : L’île mystérieuse (2012) mais aussi du disaster movie San Andréas (2015) avec Dwayne Johnson qui était pour de vrai un désastre, ainsi que la série Frontier (2016) avec Jason Momoa dont il est l’un des showrunner.

Le film raconte l’histoire de Lindsay, une mère célibataire qui se retrouve témoin de l’évolution inquiétante du comportement de son jeune fils Cameron, âgé de onze ans. Persuadée qu’il s’agit d’un cas de possession démoniaque – comme on en voit dans un film sur deux d’horreur actuellement – elle fait appel, aidée par un envoyée du Vatican, à un scientifique nommé Seth Ember (incarnate par Aaron Eckart) pour lui botter le cul. Cloué dans une chaise roulante depuis qu’il a perdu sa famille dans des circonstances tragiques – psychologie facile – il est désormais capable de s’introduire dans le subconscient d’une personne possédée : ce qui le fait quand même vachement ressembler au personnage du Professeur Xavier dans la saga X-Men, mais passons. En pénétrant l’esprit du jeune Cameron, il se retrouve en réalité confronté à ses propres démons du passé. Soit. Sur le papier, l’idée du film est donc un tant soit peu originale, ce qui correspond relativement à un exploit quand on aborde le film de possession, genre largement éculé depuis plus de dix ans.

Mais voilà, le film reste une heure trente durant au stade des belles promesses, ce qui nous semblait dans un premier temps être un brin novateur se révèle de scènes en scènes comme une resucée mal fagotée de Inception (Christopher Nolan, 2012). Les séquences se déroulant à l’intérieur du subconscient des personnages possédés reste toutefois ce que le film a de plus intéressant à offrir, tant le reste frôle l’indigeste, d’un point de vue du scénario comme de la mise en scène. Réalisateur de films d’actions familiaux, le réalisateur ne parvient jamais à investir le genre, son maniement des codes étant proche de l’amateurisme. De fait, le film peine à convaincre, peine à faire peur et agace même dans sa façon un peu grand-guignolesque de manier les twists et les jump-scares maladroits. Le projet, la promesse, ne sont donc pas tenus jusqu’au bout et laissent un goût bien amer. Pas étonnant que cette production Blumhouse Pictures n’ait pas eu les honneurs d’une distribution en salles, sans conspuer l’ensemble de la production de la maison – vous avez compris dans le premier paragraphe que ce n’est pas la question, pas besoin de gargouiller d’autres arguments – cet Incarnate incarne à lui seul, peut être, la désincarnation du cinéma de genre américain contemporain.


A propos Joris Laquittant

Monteur en formation à la Fémis, quand il ne dessine pas sur Dé'Ciné (decine.fr), Joris aime écrire sur le cinéma d'un mauvais genre. Éleveur de Mogwai depuis qu'il a huit ans, il est aussi membre fondateur de "L'Association pour la réhabilitation de l'importance de Walt Disney dans l'histoire du cinéma". Sa voyante dit que son signe astral est David Cronenberg ascendant Joe Dante, et il suit un traitement d'acupuncture trois fois par semaine pour soigner son addictions mono-maniaque aux flare bleus.

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