Gravity 6


C’est le film de science-fiction le plus attendu de l’année, cela ne fait aucun doute. Gravity débarque sur nos écrans et promettait une expérience unique. Le parcours d’Alfonso Cuarón étant un sans-faute pour le moment, nous étions tous en droit d’attendre énormément de la part de son nouveau long métrage, et le résultat n’a presque pas besoin de mots, un peu comme un tour de magie auquel on ne trouve pas d’explication. Décollage imminent.

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2013 : l’odyssée de l’espace

Les deux astronautes Ryan Stone et Matt Kowalski sont les seuls rescapés d’une mission spatiale pendant laquelle ils devaient réparer le télescope spatial Hubble. Lorsqu’une pluie de débris s’abat sur eux et endommage gravement leur navette, ils sont forcés de devoir rejoindre la Station Spatiale Internationale alors qu’ils flottent au beau milieu de l’espace…

D’habitude, je me méfie beaucoup des films acclamés partout et par tout le monde (on en a un bel exemple en salles en ce moment avec l’arnaque La vie d’Adèle). Mais pour Gravity, j’ai rarement été aussi confiant, malgré une petite remise en question quelques secondes avant le début de la séance – et si c’était nul ? et si je trouvais le film ennuyeux ? Et puis ça commence. Dès les toutes gravity2premières secondes – le film ne possède pas de générique d’ouverture – on devine que le film qui va suivre ne ressemblera pas à grand-chose que l’on connaît déjà. Un magnifique plan de l’espace avec la Terre en amorce, et Alfonso Cuarón nous en offrira d’ailleurs sans arrêt pendant quatre-vingt-dix minutes. Bon, on ne va pas passer par quatre chemins, vous savez très bien où je veux en venir : Gravity entre directement dans le top des meilleurs films de l’année, mais plus encore, je reste persuadé qu’il apporte quelque chose de nouveau dans le cinéma et la façon de concevoir un film.

Cuarón se pose un véritable défi avec ce film, et à vrai dire, il ne laisse pas l’ombre d’un doute quant aux questionnements qu’il a dû se faire sur chaque détail. Rien n’est laissé à part, tout a été minutieusement pensé, réfléchi, repensé, re-réfléchi, pour aboutir à un film qui, chaque seconde, rend compte de plusieurs années de travail et se rapproche de la perfection. Gravity est une œuvre unique, qui n’appartient pas à un genre en particulier, et qui répond donne surtout une belle leçon de comment filmer le réel. Car c’est aussi de ça qu’il s’agit, dans Gravity : filmer le réel. Un pari que s’impose le cinéaste ; en effet, comment filmer le « réel » dans un film qui montre tout sauf ce que le commun des mortels connaît ? Bien sûr, des techniciens de la NASA et des physiciens sont intervenus pour que tout ce qui est montré dans le film concorde avec ce qui se passerait dans la réalité, mais ce que Cuarón nous montre avant tout, c’est un endroit dans lequel il n’y a pas de pas, pas de haut, pas de poids, bref, un endroit dans lequel il n’y a rien, mais un rien qui existe néanmoins, et dans lequel d’autres Matt Kowalski et Ryan Stone se sont déjà aventurés. De fait, Gravity ne peut pas être perçu comme un film de science-fictiongravity3 car il n’est pas question de science-fiction, mais bel et bien de réalité, et Cuarón est minutieux sur tous les détails : vitesse de déplacement d’un objet, réaction lorsqu’un corps et un objet entrent en contact, durée de la rotation de la Terre… Il subsiste évidemment quelques inexactitudes de moindre importance, mais le travail sur la plausibilité de ce qui est montré reste colossal et un régal pour les sens. De nombreux astronautes, dont Buzz Aldrin (qui apparaissait il y a deux ans dans Transformers 3, qui n’est pas le plus crédible des films traitant du voyage spatial, il faut bien le dire) ont d’ailleurs salué le rendement final.

Parfois, ce sont les choses qui paraissent les plus simples qui sont le plus compliquées : Gravity en est l’exemple parfait, puisque, malgré son budget énorme et les tonnes de boulot qui ont précédé ce résultat, le film est lisse, sobre et très simple. Et en plus de ça, le casting onscreen se limite à deux acteurs : Sandra Bullock et George Clooney. Si le second n’est pas très surprenant dans son personnage d’astronaute ultra-pro, à tel point qu’il ne se prend pas forcément au sérieux (un rôle que n’aurait pas refusé Robert Downey Jr.), Sandra Bullock, elle, crève littéralement l’écran. Un comble pour une actrice de nature plutôt insipide, et qui n’a jamais vraiment brillé pour ses choix cinématographiques ; on retiendra, à tout casser, cinq ou six grands films dans sa foisonnante filmographie, et il serait assez juste de noter que Gravity serait le premier de la liste. Le spectateur passe par tous les états d’âme avec elle, et l’énorme travail sur les effets spéciaux et l’image n’auraient finalement que peu d’intérêt s’ils ne reposaient pas en partie sur ses épaules frêles, et pourtant si fortes. Alfonso Cuarón, dans sa vie de cinéaste spectateur, a beaucoup de références, qu’il utilise régulièrement dans ses films, et si Gravity est un long métrage qui innove totalement, il n’est pas exempt de ces références (l’on peut citer Alien et 2001 de Kubrick, qui ont droit à des clins d’œil déguisés), jusque dans le casting, dans lequel il utilise un certain Ed Harris, dont on entendra que la voix, pour jouer le directeur de vol à gravity4Houston, rôle qu’il occupait déjà lorsqu’il interprétait Gene Krantz, le directeur de vol historique de la mission Apollo 13 dans le film éponyme de Ron Howard (1995).

D’un point de vue purement technique, Gravity respire à plein nez la réussite cinématographique et le surpassement de chaque technicien ayant participé. Il est facile de se rendre compte qu’aucun plan ou presque n’a pas eu recours à de la CGI, mais dans ce sens, on ne peut qu’admirer le travail de Tim Webber, le superviseur des effets spéciaux qui offre là un travail plus que remarquable. Malgré un changement de direction assez radical (mais c’est le propre de son auteur, qui passe avec habileté d’un road movie à un Harry Potter), on retrouve la patte Cuarón, notamment dans l’utilisation de longs plans-séquences, qui cette fois-ci sont le point fort du film, toujours dans cette optique de vouloir retranscrire le réel. Dans la vraie vie, il n’y a pas de coupures ni d’ellipses, et ça, Cuarón le sait et l’utilise à bon escient, avec l’aide de son génial directeur photo Emmanuel Lubezki, en déroulant son film à 95% en temps réel et avec beaucoup de long shots, dont celui d’ouverture qui, pendant plus de dix minutes, capture parfaitement l’essence du maintenant, du moment présent. Les plans sont longs, lents, mais renferment tous quelque chose d’authentique et, en même temps, d’angoissant. Une angoisse qui nous vient de l’inconnu, qui se manifeste à travers deux éléments : le vide, qui nous est retranscrit par l’image, et le silence, qui nous est transmis par le son. Le soundtrack, signé Steven Price, est une excellente expérimentation sur la manière de rendre le silence musical : toujours dans une volonté de retranscrire le réel, cette bande originale relève plus du design musical que de la musique à proprement parler. Il y a des instruments, c’est un fait, mais le résultat ressemble plus à un collage de bruits qu’à une musique au sens courant du terme ; cette ambiance sonore remplit sa mission de retranscrire le vide auditif, notamment à travers un plan fabuleux qui démarre au beau milieu de l’espace pour se terminer à l’intérieur du casque de Sandra Bullock. Intérieur/extérieur, deux ambiances, deux silences : fondamentalement, le silence est le même, et pourtant, la différence est clairement perceptible.

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« Perceptible », c’est le maître mot pour définir Gravity. Plus encore que d’être un film qui se regarde, c’est avant tout un film qui se ressent, court mais intense, pendant lequel on imagine tout et rien à la fois, à l’image des deux protagonistes, on essaie de se rattraper à quelque chose, puis insister, pour finalement lâcher prise et se laisser porter par le spectacle. Et puisque ce film viscéral, aux plans longs, aux mouvements lents mais qui rendent nerveux, fait d’abord appel à nos sens, il est inutile, je crois, d’en dire un mot de plus pour aller plutôt foncer le voir, puis le revoir, puis le revoir encore. Nul doute que d’ici une vingtaine d’années, peut-être même moins, qui sait, il sera étudié, tant il est intemporel, novateur et rare. C’est, et je pèse mes mots, le 2001 de cette génération. Alors Alfonso, continue à ne pas être prolifique, prends bien ton temps pour faire chacun de tes films, comme tu sais si bien le faire, il n’y a aucun doute à dire que tu n’en seras que béni.


A propos de Valentin Maniglia

Amoureux du bis qui tâche, du gore qui fâche, de James Bond et des comédies musicales et romantiques. Parle 8 langues mortes. A bu le sang du Christ dans la Coupe de Feu. Idoles : Nicolas Cage, Jason Statham et Michel Delpech. Ennemis jurés : Luc Besson, Christophe Honoré et Sofia Coppola.


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