Tristan Storme


A propos de Tristan Storme

Politiste de formation, Tristan est tombé amoureux du cinéma en visionnant "Mulholland Drive" pour la première fois ; un choc dont il ne s’est jamais remis, perdu pour toujours dans la chambre rouge. Ayant passé ses années universitaires enfermé à la Cinematek de Bruxelles, il peut autant s’extasier devant les jeux d’échelle chez Hitchcock que les métamorphoses visqueuses des productions Troma. Vouant un culte aux structures narratives bien ficelées, il est également maître du jeu à L’Appel de Cthulhu et repère illico les récits mal maîtrisés. Letterboxd : https://letterboxd.com/taram1984/


Une bataille après l’autre

Taillé pour les Oscars, le dixième long-métrage de Paul Thomas Anderson, « Une bataille après l’autre », frappe par son actualité glaçante. Le réalisateur américain le plus talentueux de sa génération nous revient avec un action thriller hyper maîtrisé, traversé par l’indignation politique, l’énergie pulp et la poussière du néo-western. Alors que ses fresques précédentes exploraient un passé plus ou moins lointain, ce nouvel opus choisit l’Amérique d’aujourd’hui. Il en livre une version désenchantée, captée dans un carcan de mise en scène génialement virtuose.

Leonardo Di Caprio, apeuré, au volant, guette dans le rétroviseur la personne qui est à ses trousses ; scène du film Une bataille après l'autre.

Une jeune femme dans un couloir d'école se tourne vers l'objectif, comme si elle avait l'impression qu'on la suit ; plan issu du film Les maudites.

Les Maudites

Remarqué et primé sur le circuit festivalier, le premier long-métrage de Pedro Martín-Calero impose un geste de cinéma aussi sûr que singulier, qui lui a valu une nomination aux Goya dans la catégorie Meilleur nouveau réalisateur. Intelligemment construit, « Les Maudites » (2024) recourt avec audace aux tropes du film de fantômes et de malédiction pour mieux s’emparer d’un sujet social sensible. Après une sortie en mai dernier, il débarque à présent en DVD chez Blaq Out.


Pris au piège – Caught stealing

Habitué aux pensums écrasants consacrés à des thèmes immenses, Darren Aronofsky s’aventure dans un registre où on ne l’attendait guère. Entre polar urbain et comédie noire, son dernier long-métrage s’ancre dans le New York des nineties, en hommage aux films de casse de la même époque et à leur filiation scorsésienne. Le tout dans une mise en scène virtuose bien moins nombriliste que ce qu’on aurait pu craindre, et loin de toute perspective muséale.

Austin Butler et Matt Smith marchent dans un entrepôt de stockage dont tous les box sont fermés dans le film Pris au Piège.

Jenna Ortega se risque à toucher la corne d'une licorne allongée au sol dans le film Death of a unicorn.

Death of a unicorn

Pourtant produit par le studio A24 et porté par un duo d’acteurs bankable, « Death of a unicorn », le premier film d’Alex Scharfman, n’a pas été distribué en France. Cinq mois après sa sortie américaine, ce conte satirique et horrifique façon « eat-the-rich » se fraie un chemin jusqu’à nos écrans via les plateformes. Séduisant dans son acte initial, il s’épuise vite dans un trop-plein de références qu’il ne parvient pas à dépasser.


The Surfer

Sorte de revenge movie inversé, le quatrième long-métrage de Lorcan Finnegan emprunte aussi les atours d’un beach horror sans requins ni créatures marines. À bien des égards, « The Surfer » (2024) dévoile la mécanique des sous-genres auxquels il fait ostensiblement référence, pour mieux la retourner contre elle-même – révélant, sous l’écume des apparences et du fun attendu, un fond trouble, sourdement social.

Plan en contre-plongée sur Nicolas Cage tenant sa planche de surf sous un ciel bleu ; issu du film The surfer.

Visuel promotionnel d'Oddity où l'on voit comme un miroir vertical, Carolyn Bracken assise, dans la pénombre, et sous elle un reflet dans la même position montrant un monstre.

Oddity

Sur le papier, le second film de Damian Mc Carthy a tout d’un énième drame fantomatique en huis clos : maison isolée, médium aveugle, objets « maudits », fantôme en embuscade… Mais derrière ces oripeaux bien connus, se cachent une narration soignée et une gestion subtilement transgressive des codes du genre. Un vent de fraîcheur qu’on aurait tort de bouder.