Tristan Storme


A propos de Tristan Storme

Politiste de formation, Tristan est tombé amoureux du cinéma en visionnant "Mulholland Drive" pour la première fois ; un choc dont il ne s’est jamais remis, perdu pour toujours dans la chambre rouge. Ayant passé ses années universitaires enfermé à la Cinematek de Bruxelles, il peut autant s’extasier devant les jeux d’échelle chez Hitchcock que les métamorphoses visqueuses des productions Troma. Vouant un culte aux structures narratives bien ficelées, il est également maître du jeu à L’Appel de Cthulhu et repère illico les récits mal maîtrisés. Letterboxd : https://letterboxd.com/taram1984/


[Bilan 2025] L’Amérique irréconciliable

Depuis le premier mandat de Trump, le spectre de la guerre civile et la polarisation des forces politiques n’ont sans doute jamais autant pesé sur le présent. En 2025, le cinéma états-unien s’en est naturellement fait le témoignage. Idéologies radicalisées, effet transformateur des réseaux sociaux, absence de communication réelle sont autant de thèmes portés à l’écran, illustrant une fracture profonde, peut-être infranchissable. Retour sur ces films où MAGA et « wokes » se sont disputés la vedette.


Un jeune homme, debout, tête baissée, sur une balustrade dans un vaste hangar désaffecté ; il est éclairé par une lumière bleue et blanche venant du toit en mauvais état ; plan issu du film Résurrection.

Résurrection

Film-ovni, à la fois hommage et adieu possible au septième art, « Resurrection » (Bi Gan, 2025) est d’abord une expérience sensorielle radicale, de nature à désorienter. En traversant un siècle de cinématographe, Bi Gan compose moins un récit qu’une vaste rêverie réflexive, où le cinéma s’examine lui-même, traverse ses propres formes et place le spectateur face à son regard. Une œuvre singulière, profondément fascinante.


Bugonia

On prend les mêmes et on recommence. L’auteur européen favori d’Hollywood revient avec un énième Emma-Stone-movie, répliquant une recette bien connue et parfaitement consciente d’elle-même. Fable hyper-lisible sur la lutte des classes contemporaine à l’heure du conspirationnisme et du capitalisme tardif, Bugonia (Yórgos Lánthimos, 2025) se voudrait dérangeant et subversif, mais accouche d’un propos inutilement ambigu et d’un film terriblement convenu. Attention, spoilers !

Plan rapproché-épaule sur Emma Stone, crâne rasé et de la craie blanche sur le visage dans le film Bugonia de Yorgos Lanthimos.

L'acteur Rock Hudson torse nu, pensif, sur un fond bleu de faux ciel.

Rock Hudson, en chair et en rêve

Acteur le plus populaire de sa génération, Rock Hudson fut autant le produit que le miroir d’une industrie. Quarante ans après sa mort des suites du sida, Elephant Films réédite dix de ses films restaurés en haute-définition dans un élégant coffret. L’occasion de revenir sur la trajectoire de l’idole du public féminin : à l’image d’Hollywood, il aura payé son éclat au prix du secret, condamné à enfouir son homosexualité pour répondre aux attentes d’un système. Non sans s’autoriser des pas de côté.


Spermageddon

Suivant le destin de spermatozoïdes anthropomorphes lancés dans une quête épique vers l’ovule tant convoité, « Spermaggedon » (2024) adopte la forme débridée d’une comédie irrévérencieuse. Ce film d’animation, récemment débarqué sur Paramount+, entend également démystifier le sexe à l’attention des jeunes adultes. Un mélange aussi singulier que périlleux, oscillant entre grand n’importe quoi assumé et manifeste progressiste dissimulé sous couvert de divertissement trash.

Plusieurs spermatozoïdes à visage humain, certains portant des lunettes, foncent vers l'ovule dans le film Spermageddon.

Un aborigène montre une direction à deux enfants blancs, dans le bush du film La Randonnée, présenté dans Down Under Moviez.

[Entretien] Julien Savès & Julien Beaunay, sortir le cinéma australien du bush

Avec « Down Under Moviez », récemment paru aux éditions Aardvark, Julien Savès et Julien Beaunay, – ainsi qu’Élise Girard, arrivée en cours de route dans l’écriture du livre –, nous embarquent pour un voyage passionnant sur les terres brûlantes du cinéma australien. De « La Randonnée » (Nicolas Roeg, 1971) aux petites productions contemporaines, des plages de l’Ozploitation aux rivages du cinéma d’auteur, leur livre dessine, sur plus de cinq cents pages, la cartographie d’un continent cinéphile oublié, où se rejouent les mythes d’un pays, ses fantômes et ses marges. Rencontre avec deux explorateurs d’un cinéma encore trop méconnu en France.