Trois nouvelles journées au Festival de Cannes 2025, où les plus beaux films auront été, chacun à leur manière, les plus aventureux. Des ravers de Sirāt à l’Agent Secret de Kleber Mendonça Filho en passant par quelques surprises en sélections parallèles et le délire de confinement d’Ari Aster, petit tour des films que nous avons pu découvrir.

« Sirat » de Oliver Laxe © Tous droits réservés
Séances de rattrapage

« Mission Impossible : Final Reckoning » © Paramount Pictures
Petit passage en revue des films ratés par mon collègue lors des précédents jours du festival. J’irai vite sur le dernier Mission Impossible découvert le premier jour qui a malheureusement confirmé la baisse de régime de cette passionnante saga. Mais si les précédents de Christopher McQueerie témoignaient déjà d’un devenir impersonnel de la franchise, ils restaient toujours d’honnêtes divertissements mis en scène avec un certain soin. Cette application a désormais été supplantée par un ensemble bavard, désinvesti, reposant sur des enjeux auxquels personne ne croit, qui va jusqu’à rappeler les stratégies narratives misérables des productions Marvel. Restent deux (!) scènes d’action, dont une assez belle dans un sous-marin, pour nous réveiller, même si elles ne font que rejouer parmi les meilleurs morceaux des films précédents, auxquels on ne cesse de penser avec nostalgie, ce que nous invite visiblement à faire Cruise dans la première moitié, assommant et laborieux montage des enjeux qui ont précédé dans la saga…
Plutôt que revenir longuement sur d’autres déceptions (nombreuses, croyez-moi), je voudrais ici me concentrer sur deux des objets les plus aventureux de la Compétition découverts dans les premiers jours. Sound of falling d’abord, deuxième long-métrage de Mascha Schilinski qui était le premier film de la Compétition. Sous ses airs de pâté doloriste dont le festival raffole et à qui il accorde souvent cette première case, il se révèle progressivement, et dans le temps, un objet plus singulier que le reste de la Compétition. Parce qu’il repose plus sur une logique formelle que sur un scénario en béton, sur des jeux d’échos, de rimes visuelles et sonores, d’entrelacements de scènes et d’époques assez insaisissable, il dégage un charme qui échappe à l’unique séance punitive qu’il peut être parfois. Malgré tout, cette généalogie de la violence – le film couvrant plusieurs générations d’une même famille minée par les traumatismes – s’avère trop répétitive, y compris formellement, pour faire partie de nos coups de cœur, sans pour autant laisser totalement indifférent. C’est également une œuvre aventureuse formellement que je voudrais remettre en avant dans ces rattrapages, qui a fait très forte impression lors de sa présentation au début de la Compétition : Sirāt d’Oliver Laxe. Il s’agit de son quatrième long-métrage, après Viendra le feu qui avait obtenu le prix « Un certain regard » , et dont les meilleurs moments et son sens du cadre faisaient espérer le meilleur pour ce baptême du feu. Je dois dire que cette attente a été pleinement comblée, l’objet s’étant avéré sans doute le plus stimulant de la Compétition. Difficile d’en parler sans trop en dévoiler, je tâcherai donc de rester concentré sur le plus simple : partant de l’enquête d’un père pour retrouver sa fille en compagnie de son fils et de son chien au milieu du désert marocain parmi des ravers voyageant de fête en fête, Sirāt ne cesse de muter d’un genre à l’autre, du survival au post-apocalyptique, du mélodrame à la fête, du documentaire au trip psychédélique. Cette logique de ruptures de ton permanentes pourrait laisser sur la réserve et paraître trop séduisante pour ne pas être vaine, mais elle repose sur une telle précision de la mise en scène (dans la façon de faire exister l’espace, les corps, créer de la tension avec les éléments les plus prosaïques) qu’elle ne cesse de captiver, provoquant des émotions très directes, très fortes. Nous reviendrons sans doute longuement sur ce film passionnant à sa sortie pour déplier un peu plus sa plus grande force : sa façon de faire écho à un certain état du monde par une pure logique expressionniste, formelle, sans passer par le biais d’éléments de langage pour note d’intention appliquée. Première détonation donc en Compétition, en attendant la suite….
Jour 4 : Jeunesse dans le vent
Le programme surchargé du festival, entre Compétition et sélections parallèles, premiers films et films de maîtres très attendus, a toujours quelque chose d’à la fois beau et inquiétant, où d’improbables concurrences se mettent en place, ne jouant pas toujours en la faveur de celles et ceux qu’on attend le plus. Ce vendredi, trois premiers efforts venaient concurrencer l’une de nos plus grosses attentes, et probablement le film plus attendu du festival pour le grand public.

« Eddington » de Ari Aster © Tous droits réservés
Commençons par le mastodonte Eddington d’Ari Aster, cinéaste qui fut beaucoup défendu dans ces colonnes bien qu’il nous divisa dès le début et jusqu’à son dernier, Beau is Afraid (2023). Si beaucoup de rédactions oscillent et choisissent leur camps (certains préférant ses premiers films d’horreur, d’autres saluant son virage burlesque), la notre reste divisée de manière égale au fil des années, accordant régulièrement une place de choix à ses ouvrages dans nos tops de fin d’année, malgré beaucoup de débats animés lors des sorties. Ici, Eddington est une authentique farce, une sorte de délire qu’on imagine pensé lors d’insomnie à scroller sans fin dans les eaux les plus nauséabondes d’internet. Aster en tire un gros machin (2h30), très inégal, amalgamant le complotisme et Black Lives Matter, le Covid et les traumas psychanalytiques. Si le film convainc plutôt dans son pur versant farcesque – la première heure – il finit par s’épuiser dans une deuxième partie qui renoue avec les délires abscons et vaniteux (ah… les problèmes de maman du pauvre Ari) de Beau is Afraid. Aussi, cette façon de tout égaliser a quelque chose d’assez déplaisant, même si Aster se défendra toujours par son sens du grotesque. Or s’il représente avec une certaine précision le complotisme qui a émergé au moment du Covid, intrinsèquement grotesque, il pousse immédiatement les mouvements contestataires de gauche à leur caricature, ce qui finit par me paraître assez déplacé. Il s’agit donc d’une certaine déception, malgré le retour de Joaquin Phoenix dans un registre léger où il excelle, sans doute faudra-t-il y revenir plus longuement, loin de la région PACA.

« Baise en ville » de Martin Jauvat © Ecce Films
Heureusement nous avons eu de quoi nous enthousiasmer en sélections parallèles par le biais de trois longs-métrages de jeunes cinéastes. Commençons par Martin Jauvat, réalisateur ô combien défendu dans nos colonnes pour le réjouissant Grand Paris (voir l’entretien) dont on attendait avec impatience le retour. Baise-en-Ville confirme cette voix singulière dans le paysage de la comédie française. Jauvat, comme dans ses précédents essais, incarne le rôle principal, celui d’un galérien qui doit passer son permis pour pouvoir avoir un métier, et avoir un métier pour pouvoir payer son permis. Si le scénario se révèle parfois un poil plus sur-écrit que son précédent projet, plus libre – en particulier dans une sous-intrigue avec Emmanuelle Bercot, la monitrice d’auto-école, et autour d’une réconciliation avec sa mère – le film ne perd rien du charme caractéristique du cinéaste/interprète, entre désinvolture et humour fantaisiste, où l’on sent un attrait pour le fantastique – dans des plans de ciel étoilé par exemple – et surtout un sens de la géographie assez unique, une manière de circonscrire les lieux avec une grande justesse, faire des banlieues pavillonnaires et de leurs transports en commun des territoires discrètement romanesques et improbables. Les deux autres films qui m’ont le plus plu en cette journée sont également des seconds longs-métrages.

« Que ma volonté soit faite » de Julia Kowalski © Tous droits réservés
D’abord Que ma volonté soit faite de Julia Kowaski, présenté à la Quinzaines des cinéastes, qui est dans la continuité de son dernier court-métrage à succès, J’ai vu le visage du diable. Ce long-métrage, tourné dans un 16mm sublime signé Simon Beaufills, contient sans nul doute parmi les plus beaux moments du festival, en particulier une traversée en voiture de nuit, dans un plan aussi hypnotique que terrifiant. Si le scénario paraît un peu sur-écrit au début, lesté d’intentions un peu épaisses, Kowalski sait le faire décoller en faisant confiance à sa plasticité. Dès lors, Que ma volonté soit faite s’avère être l’un des films les plus texturés et incarnés qu’on ait vus ici, donnant une véritable matérialité formelle à son inspiration presque héritée du cinéma de sorcellerie, et d’un fantastique primitif. Cette incarnation repose aussi beaucoup sur deux actrices magnifiques : Maria Wróbel et Roxane Mesquida, dont la cinégénie achève de nous convaincre. Enfin, je garde sans doute le plus beau pour la fin, avec la projection de Laurent dans le vent, à l’ACID, deuxième long-métrage d’un trio de cinéastes qui s’étaient fait connaître avec un premier long totalement auto-produit, tourné en trois étés différents comme trois courts-métrages, Mourir à Ibiza. Laurent, ici, est un personnage qu’on rencontre après une crise de nerfs qui restera assez nébuleuse, décidant d’aller se ressourcer dans une station de ski hors-saison. Au gré de rencontres improbables, que les cinéastes observent patiemment mais aussi avec une fantaisie toute romanesque (un improbable et merveilleux Viking croise la route de Laurent), le personnage retrouve goût à la vie et habite progressivement en ces montagnes un foyer inattendu. Ce parcours, qui pourrait sembler balisé, est toujours contrebalancé par le caractère entêté du personnage et le mystère que dégage son comédien, formidable, Baptiste Perusat semblant toujours prendre d’autres chemins que ceux proposés par les balises d’une narration classique. Comme une pierre qui roule, et comme le titre l’indique, Laurent se laisse porter par le vent, le fil secret des saisons qui passent, jusqu’à trouver enfin un espace lui appartenant. Peu d’œuvres auront saisi l’état de désœuvrement d’une génération et produit une émotion aussi simple et directe. Décidément, cette journée fut celle de la jeunesse : gageons que cela soit le cas de cette édition toute entière.
Jour 5 : Adolescence(s)
Hasard du calendrier, de jeunesse il fut aussi beaucoup question durant l’ouverture du week-end. Trois films au programme dont les deux premiers partagent, chacun dans des manières bien différentes, cette volonté d’épouser le pouls d’une certaine jeunesse. Le premier était la deuxième entrée française en Compétition : le nouveau long-métrage d’Hafzia Herzi, La petite dernière. Il m’a semblé que la marche était sans doute un peu haute pour ce film dont les qualités de direction d’acteurs ne contrebalancent pas tout à fait la mise en scène trop relâchée, trop souvent rattrapée au montage, et l’écriture approximative. Herzi semble avoir le naturel et l’intensité du cinéma de Kechiche en tête, mais en propose ici une version trop contenue, comme rabougrie par un montage qui ne laisse pas suffisamment les personnages exister, se déployer.

« Nouvelle Vague » de Richard Linklater © Tous droits réservés
Autre vision de la jeunesse, et autre principale attente, le nouveau Richard Linklater était également présenté ce samedi. Nouvelle Vague est un projet ô combien inattendu dans son cinéma : récit, en français, du tournage d’À bout de souffle de Jean-Luc Godard et plongée dans les premiers balbutiements de la nouvelle vague, dans les bureaux des Cahiers du cinéma et les rues parisiennes de la toute fin des années 50. Disons-le, à première vue, le film nous a un peu déçus par son caractère parfois anecdotique, sa manière de raconter trop doctement une série d’événements, ne laissant pas toujours se déployer la principale qualité des films de Linklater : cette manière de faire émerger des scènes au présent, de faire exister ses personnages dans des échanges a priori insignifiants. Il faut passer outre cette déception car elle était inévitable : le projet de Nouvelle Vague est un projet impossible. Il était annoncé comme un pastiche de Godard, il n’en est rien. C’est à mon avis une heureuse surprise que le cinéaste fasse le choix de cette sobriété plutôt que d’opter pour une imitation qui aurait été réductrice. Pour autant, par cette sobriété, on ne peut être que déçu de voir la modernité inouïe d’un mouvement artistique réduite finalement à des jeux adolescents un peu trop légers. Mais c’est justement cette légèreté, même cette superficialité qu’il faut défendre, et qui font que Nouvelle Vague est beaucoup plus émouvant que j’aurais pu initialement le croire. Au-delà de son érudition – le scénario est extrêmement renseigné, et est une sorte de petite friandise pour notre niche cinéphile – le projet de Linklater a ceci de très émouvant qu’il propose de faire de Godard une pure figure de l’adolescence, entre le rêveur et le capricieux. Cette réduction n’est pas qu’une facilité, elle est aussi une manière de dire que le génie ne peut être couvert par une représentation. Une fois qu’elle est admise, cette vision produit parmi les plus belles scènes de l’année, en particulier celle où Godard découvre Les 400 coups de François Truffaut, et que le dernier plan, sublime, du chef-d’œuvre de Truffaut, se reflète sur ses lunettes de soleil… Cette image de Godard en rêveur discrètement envieux est sans doute celle mythifiée d’un Américain biberonné aux photographies de plateau et aux Godard les moins radicaux, cela ne l’empêche pas d’être très émouvante.

« Die My Love » de Lynn Ramsay © Tous droits réservés
Malheureusement, à Cannes, toute journée où l’on voit un beau film discret doit toujours s’achever par une purge. Ce soir-là, ce fut le nouveau long-métrage de Lynn Ramsey, Die, My Love, insupportable tintamarre suivant la dérive d’une femme suite à la naissance de son enfant. La vision de la mise en scène est ici assez simple : elle semble croire que pour épouser une psyché malade, il suffit de faire à peu près n’importe quoi. Séquences clipeuses et hideuses, accumulation d’effets tonitruants mais assommants : le film ne connaît au fond aucune oscillation réelle, aucune évolution, aucun conflit, puisque chaque personnage vit au même tempo que l’héroïne. Reste évidemment Jennifer Lawrence, qui donne tout, bien entendu, mais dont la prestation est totalement masquée par ces lassants effets de manche. Die, my love a quelque chose d’adolescent aussi, dans sa forme, dans le pire sens du terme : dans cette façon de croire que la moindre idée de plan qu’on peut avoir en écoutant un tube de Bowie ou Aerosmith tiendra forcément le coup à l’écran. Parfois, il y a du bon à devenir adulte.
Jour 6 : Des fantômes en voyage

« L’Agent Secret » de Kleber Mendonça Filho © Tous droits Réservés
Ce dimanche a accueilli sans doute le film qui aura provoqué jusqu’ici le plus d’enthousiasme parmi les festivaliers : le retour en compétition du Brésilien Kleber Mendonça Filho, avec L’ Agent Secret. C’est l’un des films les plus pleins du festival, et l’un des plus maîtrisés dans son genre. Faisant mine de partir d’une intrigue policière, le récit dévie progressivement par une mécanique narrative très bien huilée, empilant des figures du cinéma de genre, en particulier des années 70 (le cinéma d’espionnage, mais aussi par endroit l’épouvante), pour mieux cacher des révélations déceptives en soi quoiqu’assez émouvantes et non sans une certaine acuité politique. En définitive, le film ne fait « que » parler du démantèlement du service public dans la dictature brésilienne, la disparition de son héritage culturelle, dans une nébuleuse intrigue universitaire. Tout cela, disons-le, est très maîtrisé, et repose sur un charme romanesque certain. On regrette un peu que le film finisse par s’évanouir en notre mémoire, peut-être parce qu’il verrouille un peu trop son système, en particulier dans un dénouement trop appuyé. Ce regret est aussi celui de ne pas tout à fait retrouver la poésie mystérieuse de la mise en scène des premières réalisations du cinéaste, la forme plus aventureuse et fantomatique. Ici, il est constamment question de fantômes qu’il s’agit de faire revenir, mais ils restent à mon sens des figures de papiers, issues d’un scénario particulièrement bien fagoté, à qui il manque toutefois une mise en scène qui soit plus inspirée que simplement maîtrisée. Ce qui n’est déjà pas si mal, admettons-le.

« The Phoenician Scheme » de Wes Anderson © Tous droits réservés
Autre ambiance, autre voyage parmi des spectres : le nouveau film de Wes Anderson était également présenté en Compétition Officielle. Difficile de résumer son intrigue, improbable aventure d’un homme qui ne cesse de mourir ou du moins d’échapper à la mort, incarné par un Benicio del Toro retrouvant enfin un rôle à sa mesure. Je dois dire pour commencer que je ne suis pas le plus fervent client de l’univers rigide du cinéaste de The French Dispatch, mais ce n’est pas tant cette dernière veine qui me déplaît le plus dans son cinéma, car je vois dans sa radicalité une bizarrerie morbide assez entêtante. The Phoenician Scheme poursuit cette veine plus que jamais, avec un entêtement qui force l’admiration. Il s’agit sans doute du projet le plus mortifère du cinéaste, et tout ce qui tourne autour de la mort repose sur des logiques formelles accomplies, des jeux de cadres aussi inspirés que bizarrement amusants. Très touffu, le film finit par me perdre un peu dans ses détours boursiers, aussi dans certaines visions moins inspirées, en particulier dans une sorte d’au-delà en noir et blanc étrangement moche dans cette filmographie si bien peignée habituellement. Le plaisir qu’on éprouve devant le long-métrage est aussi plus simple qu’à l’accoutumée : celui d’enfin retrouver de véritables personnages chez Anderson, ici dans le principal trio qui mène l’aventure, Michael Cera dans son meilleur rôle depuis longtemps, et Mia Threapleton (dans le rôle d’une drôle de bonne sœur, fille du héros) accompagnant avec bonheur Del Toro. Plutôt une bonne surprise donc, aux antipodes du tiède accueil cannois en général.

« Magellan » de Lav Diaz © Tous droits réservés
Toutefois le plus beau film que nous ayons vu ce dimanche était celui du cinéaste philippin Lav Diaz, proposant à Cannes Premières un biopic sur le célèbre explorateur Magellan. C’est sans doute l’absent le plus regrettable et incompréhensible de la Compétition. Certes, Lav Diaz est réputé pour sa radicalité et ses durées insensées (souvent entre 6 et 10h), mais il s’agissait là d’un de ses films les plus courts (autour de 2h40), profitant en outre d’un sujet très connu et de la présence d’un acteur réputé, Gael Garcia Bernal dans le rôle de l’explorateur. Si le film est si fort, c’est d’abord pour son incroyable plasticité qui nous a éblouis, surtout parmi toutes ces propositions ternes plastiquement vues ces derniers jours. Succession de tableaux filmés d’une incroyable beauté, et d’une netteté qui permet de saturer chacun d’entre eux d’une myriade de détails, Magellan figure la colonisation par sa forme elle-même, jouant sur des effets de perspectives, de placements, des jeux de profondeur de champs. Là encore, on erre parmi les fantômes : ceux des autochtones massacrés par le brutal envahisseur tout comme la figure de Magellan lui-même qui boite au milieu de ces blocs de durée telle une âme en peine, corps dévitalisé et claudiquant. Je n’en dirai pas plus pour ne pas déflorer toutes les épiphanies plastiques de cette errance alanguie épousant magnifiquement la lenteur intrinsèque des voyages et modes de vie de son époque tout en cherchant constamment à animer sa durée par de la dialectique, un rapport à la réalité coloniale qui ne cesse de muter sous nos yeux, lavés par ce somptueux voyage… En espérant qu’ils restent encore propres quelques jours.


