La ozploitation dans toute sa splendeur nous est proposée dans ce film réédité chez Rimini. Body Trash (Philip Brody, 1993) est à ranger de petits classiques du genre comme Fair Game (Mario Andreacchio, 1986) ou Braindead (Peter Jackson, 1992). Très loin d’être parfait, ce petit body horror tel qu’on les aime entre amis n’a jamais paru si beau…

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The substance
On ne sait pas grand-chose du réalisateur de Body Trash, Philip Brody, sinon que depuis 2002 il n’a rien réalisé et a mis fin à une carrière longue de vingt ans, riche de sept films dont la plupart sont inédits en France. Difficile dans ces conditions d’aller creuser les grandes lignes traversant sa filmographie. En revanche, on peut parler du courant dans lequel s’inscrit Body Trash : la ozploitation. Le long-métrage de Brody est presque un post-scriptum à ce mouvement venu du pays des kangourous. La ozploitation, c’est la contraction des termes Australie et cinéma d’exploitation, par conséquent il s’agit essentiellement d’œuvres où la violence, le chaos et le rire débridés s’entremêlent dans un joyeux bordel plus ou moins paillard. Les plus illustres représentants de ce mouvement s’appellent, entre autres, Réveil dans la terreur (Ted Kotcheff, 1971), Les Voitures qui ont mangé Paris (Peter Weir, 1974) ou bien évidemment Mad Max (George Miller, 1970). Vers la fin des années 80, le genre avait fini par faire le tour de la question et les réalisateurs des trois œuvres suscitées étaient rentrés dans le rang de l’industrie hollywoodienne avec Rambo (Ted Kotcheff, 1983), Le Cercle des poètes disparus (Peter Weir, 1989) ou Les Sorcières d’Eastwick (George Miller, 1987). En bref, la ozploitation a été un énorme vivier de talents aussies.

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En 1993, alors que le phénomène s’est quelque peu déplacé chez les voisins néo-zélandais avec l’avènement de Peter Jackson, Philip Brody se laisse donc tenter par l’adaptation de quatre petites histoires qu’il avait autrefois écrites. Ce sera Body Trash et ça ira lorgner dans le body horror à la David Cronenberg, tout en surfant sur le succès de Re-Animator (Stuart Gordon, 1985) et son ton résolument comique qui se prête bien à l’identité horrifique australienne. Brody raconte l’histoire d’une petite bourgade, Pebbles Court, qui est exposée au test d’une nouvelle vitamine sur ses habitants. Un chercheur ayant découvert le pot-aux-roses est éliminé en étant infecté lui-même. Une enquête est alors diligentée mais cela n’empêche pas les expériences de continuer ni les morts de s’empiler. Le point fort de Body Trash, c’est justement son côté satirique qui l’empêche de sombrer dans le tout-venant du cinéma d’exploitation horrifique. Le parti pris de Philip Brody est de se moquer de la vie des banlieues cossues où la mollesse des habitants les empêche de réfléchir. Les personnages sont à ce titre plutôt réussis dans la mesure où tout est excessif, des bodybuilders décalés à cette famille consanguine à souhait qui évoque Massacre à la tronçonneuse (Tobe Hooper, 1974). Tout n’est pas parfait, encore moins hilarant, mais cela donne une direction intéressante au projet, amenant joyeusement aux éclats gores généreux en diable.
De ce côté-là Body Trash en a sous le pied et s’amuse véritablement à envoyer la sauce ! On doit parfois attendre et se farcir le discours mal aimable du film, néanmoins quand Brody lâche les chiens c’est pour offrir quelques images marquantes aux spectateurs comme cette grosse langue venant sacrifier une « pauvre » victime, ou une érection mortelle. Le budget restreint du long-métrage ne l’empêche pas de livrer des hectolitres de liquides en tous genres et de jouer avec tout ce que le cinéma offre de techniques : animatroniques, maquillages, prothèses… Ceux-ci sont d’ailleurs assurés par la future équipe de Matrix Reloaded (Lana & Lilly Wachowski, 2003) ! Dans ses meilleurs moments, Body Trash, c’est comme si le Sam Raimi d’Evil Dead 2 (1987) était allé en vacances en Australie avec David Cronenberg pour tourner un film de vacances. Cette violence outrancière et comique fait mouche même si le film peut paraitre déséquilibré : la faute, peut-être à son récit éclaté, hérité des quatre supports différents sur lesquels le cinéaste-scénariste-compositeur se repose. On passe beaucoup de temps à se demander quel est le point reliant ces différentes intrigues décousues. De même, puisque les phases d’infection sont au nombre de trois, le réalisateur se permet des expérimentations visuelles psychédéliques – pour la phase hallucinatoire – pas toujours pertinentes et maitrisées.
Pour le reste, son film est suffisamment bien troussé pour rendre le visionnage sympathique, de belles couleurs éclatantes prenant à contrepied l’imagerie souvent glauque du genre. Elles font penser à l’esthétique, en moins abouti sur la durée, de The Substance (Coralie Fargeat, 2024). Reste un casting issu de la télévision australienne qui, à l’image du réalisateur, n’aura pas forcément été plus loin question carrière, mais fait le job. Puisque Body Trash verse dans le grand foutoir, qu’importe, alors, que les comédien.nes cabotinent et partent dans tous les sens. On comprend que si l’objet ait pu marquer dans différents festivals où il a été diffusé à l’époque, c’est moins pour la finesse de son interprétation que pour ses effets spéciaux. Du gore à la papa qui fait toujours plaisir à savourer seul ou accompagné d’une bande d’amis amoureux du cinéma bis, et qui jusqu’à son dernier plan, n’oublie pas de raconter quelque chose sur le culte du corps et la bêtise humaine, aussi maigre le scénario soit-il. La nouvelle édition signée Rimini est l’occasion rêvée de se replonger dans Body Trash – à ne pas confondre avec Street Trash (Jim Muro, 1987) avec lequel il partage l’amour de la chair fondue – pour une copie techniquement irréprochable. L’étalonnage est parfaitement rétabli en comparaison du DVD précédemment édité et permet d’apprécier comme il se doit les choix esthétiques du cinéaste. Le bonus intitulé Body Horror et Fitness au pays des kangourous et le livret de 24 pages écrit par Marc Toullec reviennent sur la singularité du projet, égaré entre la première vague d’ozploitation et la deuxième qui arrivera plus tard dans les années 2000 avec The Proposition (John Hillcoat, 2004), Wolf Creek (Greg McLean, 2005).



