Simetierre


Trente ans après une première adaptation par Mary Lambert, Hollywood nous offre une nouvelle relecture d’un des plus célèbres romans du maître de l’épouvante littéraire qu’est Stephen King, Simetierre (Kevin Kölsch – Dennis Widmayer, 2019), avec pour mission de re-convoquer ces damnations amérindiennes dans nos salles obscures.

© Paramount Pictures

Mort aux codes

Nous vous en parlions l’an dernier dans un article humeur fleuve : adapter l’œuvre de Stephen King n’est pas une chose des plus aisées. Pourtant, c’est un vivier d’adaptations et réadaptations, inondant nos petits écrans comme nos salles obscures depuis plusieurs décennies. On ne reviendra pas ici sur la qualité intrinsèque de chacune des adaptations des œuvres du maître, mais il est important d’avouer, qu’en la matière, nous avons eu le droit au meilleur comme au pire. Avec cette relecture de Pet Semetary classique de son rang publié initialement en 1983 – pour le dire sans langue de bois, nous ne sommes pas loin du pire. Pourtant, le premier long-métrage, réalisé par Mary Lambert en 1989, sans être une véritable réussite, avait au moins pour lui d’être une adaptation assez fidèle du roman original, au point de pouvoir s’enorgueillir d’avoir plu au King lui-même, ce qui est assez rare pour être souligné. Exactement trente années plus tard, nous voilà donc lancés dans cette nouvelle monture produite en partie par la Paramount, qui trempe pleinement dans la sauce des productions d’épouvante américaines actuelles, si bien qu’elle n’aurait pas fait tâche dans l’univers Conjuring (James Wan, 2013), saga d’épouvante moderne dont elle reprend la plupart des codes.

© Paramount Pictures

Le film porté par Kevin Kölsch et Dennis Widmayer – crédités au film à sketches Holidays (2016) et auteurs d’un premier essai, Starry Eyes en 2014 – est gangréné des clichés propres aux films horrifiques actuels, offrant deux heures littéralement boursouflées de ces codes éreintants. Entre jumps scares forcés et suspens mélodramatiques inintéressants au possible, tout est vérolé par ces exercices de non-style, qui, au final ne porte à l’objet que des préjudices, si ce n’est pas pour le gâcher intégralement. Pourtant l’histoire a de quoi susciter l’horreur, et ce sans forcer. Ramené à notre époque, le scénario se cantonne dans un premier temps à un respect presque aveugle de l’œuvre de Stephen King. Il raconte l’histoire de la famille Creed, qui lassée par la vie tumultueuse de Boston, emménage dans une grande propriété du Maine. Louis Creed, médecin urgentiste, est un homme que la mort incessante de ses patients fatigue. Sa compagne, Rachel, est une femme encore très traumatisée par la maladie et le décès de sa sœur ainée, survenu durant son enfance. Accompagnés de leurs deux enfants, Ellie et Gage, ils cherchent le réconfort et le calme dans la campagne isolée de Ludlow. Néanmoins, c’est sans savoir que leur propriété abrite un cimetière (orthographié simetierre) des animaux, créé et commémoré par les enfants du coin qui y enterrent leurs animaux de compagnie. Peu, hormis leur voisin Jud Crandall, connaissent l’existence de ce qui se cache à l’arrière de ce cimetière, dissimulé par un gigantesque tas de bois infranchissable. Un jour le chat d’Ellie trépasse, écrasé par un camion. Son enterrement est caché dans l’endroit mystérieux, et tout commence. Si jusque-là le récit était assez raccord avec le support de base, et qu’on pouvait noter l’agréable insertion du personnage de Victor Pascow – un étudiant mort écrasé, devant l’université ou travaille Louis, et qui revient le hanter– les réalisateurs vont pourtant échouer à faire s’intensifier la tension, et tenir en haleine leur spectateur. Ne s’en tenant qu’à vouloir faire absolument frémir leur audience dès le début du récit, le duo de réalisateur va tomber dans un manifeste aussi vain qu’affligeant qui fera hausser beaucoup d’yeux au ciel.

 

© Paramount Pictures

Si cet amoncellement de clichés porte atteinte à la mise en scène dans sa globalité, on sent pourtant dans la deuxième partie du film se profiler quelque chose d’inattendu et novateur, prenant littéralement à contresens l’œuvre originale. Ce point de vue tout à fait nouveau et pour le moins original est le point le plus intéressant du métrage, ayant le mérite de proposer un axe totalement du cru des scénaristes, plutôt que de s’épancher dans une facilité de reconstruction à l’identique. Ces incartades au récit initial vont notamment permettre au personnage de Louis Creed d’être beaucoup plus convaincant dans sa perte de repères. Interprété par Jason Clarke, Louis est très certainement le personnage le plus pertinent du film, bien que sa psyché aurait pu être un peu plus développée. Malheureusement, encore une fois, tout l’intérêt de cette seconde moitié sera étouffé bien vite dans l’œuf par des facilités et des raccourcis scénaristiques infiniment déconcertants. Un discours très niais sur la prétendue innocence d’un enfant, sur la perception de la mort en général et où l’assimilation de l’esprit du cimetière à un quelconque esprit démoniaque style Insidious (James Wan, 2010) finira de nous décourager. On parlera quand même un peu de la légende du Wendigo et des folklores amérindiens, mais le filon ne sera pas exploité plus que ça, reléguant toute la fantasmagorie de Stephen King sur ce sujet dans un profond arrière-plan.

Avec le pari d’un cliffhanger plus qu’ouvert sur la probabilité d’une suite – sentant bon un retournement zombiesque de toute cette affaire… – nous sommes en droit de nous interroger sur l’utilité d’un tel prolongement, surtout au regard de l’absence totale de profondeur de ce long-métrage. Si la grande majorité des défauts de Simetierre sont les mêmes que ceux que l’on retrouve dans une très large majorité des productions d’horreur américaines contemporaines, on est en droit de se demander s’il faut en plus sacrifier les quelques classiques du genre encore intacts sur l’autel d’une relecture actualisée aussi aseptisée et vide. Pas franchement même digne d’être enterré dans un cimetière pour animaux, pourvu que ce Simetierre ne nous revienne pas encore une fois à la vie pour une suite encore pire…


A propos de Willys Carpentier

Son prénom n’est pas une référence cinéphile au Bruce que l’on connait tous, même s’il partage son nom avec son idole absolue, John. Sa passion pour le cinéma qui fait pas genre découle de celle qu’il a pour le Death Metal, elle fait peur et est pleine de saturation et d’hémoglobine et ce même si plus jeune, il ne décrochait pas de Peter Pan. Enfin, fait intéressant, il porte une haine sans égards pour Woody Allen.

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