Timmy Failure, des erreurs ont été commises


Avant de revenir largement pour vous dans les prochains jours et semaines sur les pépites datées du catalogue live action de Disney, on vous propose d’inaugurer notre exploration du catalogue de ce nouveau service de SVOD avec un film spécialement produit pour son lancement : Timmy Failure, des erreurs ont été commises (Tom McCarthy, 2020).

Un petit garçon à l'écharpe rouge montre deux dessins sur le palier de sa maison, à côté de lui un ours blanc, scène du film Timmy Failure, des erreurs ont été commises.

                         © Disney + / The Walt Disney Company

« Quand vous croyez à une chose, croyez-y tout le long du chemin,
implicitement et incontestablement » – Walt Disney

Bien que retardé de quelques semaines par crainte des autorités françaises que son arrivée embouteille le réseau internet, la plateforme de SVOD de la Walt Disney Company sobrement intitulée Disney+ vient enfin de débarquer dans notre contrée, après un lancement de tous les records aux Etats-Unis. Fort d’un catalogue riche de cinq univers complémentaires d’un point de vue marketing – Disney, Pixar, Marvel, Star Wars, National Geographic – auxquels il faudra ajouter dans les prochains mois un sixième qu’est celui de la 20th Century Fox récemment racheté par le mastodonte – la totalité des saisons des Simpsons est déjà disponible – le géant aux grandes oreilles entend concurrencer Netflix et Amazon sur leurs propres terrains et remporter la fameuse « guerre des plateformes ». Malgré son catalogue déjà fort rempli, riche de licences lucratives et adorées et de bientôt cent ans de production – notamment de classiques en prise de vue réelles méconnus voire invisibles jusqu’alors en France, et qui, de surcroit font vraiment pas genre – Disney s’est évertué à aussi produire du contenu « Disney+ Originals » pour appâter le chaland. Sa principale carotte étant bien sûr The Mandalorian (Jon Favreau, 2020), série se déroulant dans une galaxie lointaine, très lointaine, qui se présente donc comme la première produite spécialement pour la plateforme. Si le reste de la production originale se concentre principalement sur des courts-métrages d’animations (immanquables) et des documentaires, quelques longs-métrages accompagnent cette sortie en grande pompe. Parmi lesquels ce Timmy Failure, des erreurs ont été commises (2020) réalisé par l’oscarisé Tom McCarthy, qui, après avoir narré l’histoire vraie de l’enquête du Boston Globe qui dénonça une vaste organisation pédophile dans l’Église Catholique Américaine (Spotlight, 2016) prend ici un contre-pied total, à tous les niveaux. Finie l’histoire « inspirée de faits réels », ce Timmy Failure par son ode à l’imaginaire enfantin, s’assume comme une histoire « inspirée de faits imaginaires » racontée à la première personne par son personnage principal.

Timmy est réconforté par sa mère, ils sont tous les deux assis sur son lit, scène du film Timmy Failure, des erreurs ont été commises.

© Disney + / The Walt Disney Company

Loin de son postulat simpliste et mièvre et de ne vouloir se destiner qu’à un jeune public, le film réussit à dépeindre admirablement et avec une émouvante tendresse, le portrait d’un enfant différent, dont l’intégration au monde est si compliquée qu’il préfère se réfugier dans son univers intérieur. Timmy, s’invente Détective Privée de renom possédant une Agence de renseignement hyper réputée. Menant des enquêtes à haut risques en compagnie de son partenaire, Total, un ours polaire imaginaire de 700 kilos, le jeune garçon se met alors en tête de résoudre le mystère du voleur de sac à main qui sévit dans son voisinage et de dissoudre un complot international mené par des (hipsters) russes. Là où l’intrigue pouvait mener le long-métrage à n’être qu’un de ces téléfilms jeunesse au rythme effréné, simulacre de film d’espionnage trempé dans un humour régressif, le scénario réussit le tour de force d’éviter tous ces écueils pour se concentrer sur le portrait tendre et réaliste d’un jeune autiste – Timmy n’est jamais clairement diagnostiqué comme tel, mais son comportement fait penser au Syndrome d’Asperger – qui en rêvant trop tôt sa vie d’adulte, espère d’abord échapper à l’épreuve traumatique du collège qui l’attend l’année suivante.

Câlin entre Timmy et son ours blanc dans le film Timmy Failure, des erreurs ont été commises.

                     © Disney + / The Walt Disney Company

Même si sur le papier, le choix de Tom McCarthy pour diriger une production Disney Original en surprendra plus d’un, il faut noter que le cinéaste n’est pas à sa première collaboration avec le studio puisqu’il a notamment contribué à l’écriture de plusieurs scénarii pour Disney dont le chef-d’œuvre Là-Haut (Pete Docter & Bob Peterson, 2009) et le très beau Jean-Christophe & Winnie (Marc Foster, 2018). Au regard toutefois de son travail de réalisateur, c’est certainement un choix audacieux, qui donne au film tout son cachet. La mise en scène évite la surabondance d’effets numériques (limitée à cet ours imaginaire, parfaitement modélisé) ce qui laisse la place au spectateur d’imaginer avec Timmy ces aventures et de nourrir pour ce petit bonhomme inquiété par la réalité de la vie une vraie empathie. Timmy Failure, par sa maitrise et son économie stylistique, se teinte alors d’une atmosphère qui rappelle fortement la production indépendante américaine que certains balourds qualifieraient certainement de film à la Sundance – ils auront sûrement un peu raison, puisque le métrage y a fait son avant-première… – une stratégie que le studio a récemment plusieurs fois expérimentée, avec des longs-métrages comme le remake de Peter et Elliott, le Dragon (2016) mis en scène par David Lowery – réalisateur derrière l’un des plus beaux films qui fait pas genre de la décennie passée, A Ghost Story (2017) – qui semble avoir été ici un prototype à reproduire. On pense aussi fortement au récent Jojo Rabbit (Taïka Waititi, 2020) fermement défendu dans nos pages. Reste que cette adaptation d’une série d’albums illustrés de Stephan Pastis (dont le fils s’appellerait Anis, croiyez-le ou non) conserve sa singularité et son charme, au point de s’affirmer, sans nul doute, comme l’un des meilleurs films en prise de vue réels originaux qu’aient produits la firme depuis bien longtemps. Pas si compliqué tant, noyés par les remakes, ils sont devenus, chez Disney, une denrée rare.


A propos de Joris Laquittant

Sorti diplômé du département Montage de la Fémis en 2017, Joris monte et réalise des films en parallèle de son activité de Rédacteur en Chef tyrannique sur Fais pas Genre (ou inversement). A noter aussi qu'il détient le record européen du plus jeune détenteur du diplôme d'éleveur de Mogwaï (il avait cinq ans et trois jours) et qu'il a été témoin du Rayon Bleu. Ses spécialités sont le cinéma de genre populaire des années 80/90 et tout spécialement la filmographie de Joe Dante, le cinéma de genre français et les films de monstres.

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