Jean-Christophe & Winnie


Notre rédacteur en chef, profitant de ses vacances sous le soleil Londonien (sic) a pu découvrir avant tout le monde le nouveau film Disney, Jean Christophe & Winnie (Marc Forster, 2018), l’occasion de vous en parler en avant-première.

                                   © Tous droits réservés / Disney

A la recherche du temps perdu

Depuis quelques années, les studios Disney, en plus de racheter le tout-Hollywood, domine largement le box-office mondial, s’appuyant sur une stratégie marketing infaillible. Entre les franchises super-héroïques et intergalactiques à succès, la firme entend rénover son catalogue en offrant à tous ces vieux classiques une réhabilitation en prise-de-vue réelle. Une entreprise démarrée en 2010 avec l’adaptation live de Alice aux Pays des Merveilles par Tim Burton et qui a perduré ensuite avec les relectures successives de chefs-d’oeuvres de l’animation dite traditionnelle tels que : La Belle au Bois Dormant (Clyde Geronimi, 1959) et l’origine story offerte à sa méchante Maléfique (Robert Stromberg, 2014), mais encore Cendrillon (Clyde Geronimi, Wilfred Jackson et Hamilton Luske, 1950) remaké affreusement par Kenneth Branagh en 2015, sans oublier Le Livre de la Jungle (Jon Favreau, 2016), Peter et Elliott le Dragon (David Lowery, 2016), La Belle et La Bête (Bill Condon, 2017). Des films à la qualité très variable, mais qui ont tous cartonnés au box-office international et conforter la stratégie des studios Disney. En dehors du film qui nous intéresse ici, on attend déjà ni plus ni moins que cinq films ré-interprétant les grands classiques d’animation Disney : le simili remake/suite Le Retour de Mary Poppins (Rob Marshall, 2018), les relectures de Dumbo signée Tim Burton (2019) et de Aladdin par Guy Ritchie (2019), sans oublier Le Roi Lion (Jon Favreau, 2019), Mulan (Niki Caro, 2020). Alors qu’il a été repoussé en France pour sortir en Octobre – si la stratégie marketing peut être discutable à l’heure d’internet et du téléchargement illégal, le film a beaucoup plus la gueule d’un film d’automne que d’été – j’ai pu découvrir il y’a quelques semaines dans un cinéma londonien, la dernière de ces adaptations en date, Jean-Christophe & Winnie (Marc Forster, 2018) qui est sorti de l’autre côté de la manche en plein mois d’août.

                                 © Tous droits réservés / Disney

Au contraire de bien des films pré-cités, Jean-Christophe & Winnie (ou Christopher Robin en version originale) n’est pas tout à fait un remake des Aventures de Winnie L’Ourson mais plutôt une sorte de produit dérivé, une suite en apparence. Le pitch parle de lui même, on y découvre Jean-Christophe (impeccable Ewan McGregor) bien des années après qu’il ait vécu ses aventures avec Winnie L’Ourson et sa bande dans son monde imaginaire. Ce dernier est devenu un commercial acariâtre, qui, bien que père d’une jeune fille et époux d’une femme aimante, passe la majorité de son temps au travail où il s’affaire à augmenter les profits de l’entreprise de vente de bagages pour laquelle il charbonne. Un jour, Winnie traverse la porte qui le mène au monde de Jean-Christophe et vient le chercher pour qu’il l’aide à retrouver tous leurs amis qui auraient disparus de l’autre côté. Cette mission va permettre à Jean-Christophe de retrouver l’âme d’enfant qu’il avait abandonné en quittant ses amis imaginaires il y’a tant d’années. A bien des égards, le film rappelle une autre simili-suite qu’était celle apportée par Steven Spielberg à son film d’enfance fétiche, le merveilleux Peter Pan ( Clyde Geronimi, Wilfred Jackson et Hamilton Luske, 1953), avec Hook ou la revanche du Capitaine Crochet (1991). Pour rappel, le film de Spielberg avait d’abord été développé en collaboration avec les studios Disney avant qu’ils ne décident de se retirer du développement et laisse Steven Spielberg le produire avec sa société Amblin Entertainment et TriStar Pictures. Dans Hook, Spielberg imagine un Peter Pan – interprété par celui qui nous manque tous : Robin Williams – qui se serait résigné à vieillir et aurait oublié l’existence du pays imaginaire. L’aventure, comme dans Jean-Christophe & Winnie, amenait le héros à retrouver son âme d’enfant et à re-convoquer les doux souvenirs de cette période où il était encore capable de s’émerveiller.

                               © Tous droits réservés / Disney

Si l’on comprend l’idée de donner à un personnage aussi emblématique que Peter Pan, une nouvelle vie, Winnie L’Ourson et ses amis ne sont jamais devenus autres choses que des héros de seconde zone de l’univers Disney. D’abord présents dans des courts-métrages réunis en un moyen-métrage avec Winnie L’Ourson et l’arbre à miel (Wolfgang Reitherman, 1966) puis Winnie L’Ourson dans le vent (Wolfgang Reitherman, 1968) il s’agissait alors d’une sorte de production de série B pour Walt Disney, destinée vraiment aux tout petits et a une exploitation cinéma restreinte puis surtout télévisuelle. Le héros a du attendre les années 2000 pour avoir le droit a de vrais longs-métrages (les précédents étaient souvent des compilations) avec entre autres Winnie L’Ourson et l’Efélant (Frank Nissen, 2005) et le sublime mais méconnu Winnie L’Ourson (Stephen J. Anderson & Dan Hall, 2011) qui demeure toutefois chacun, des films très courts d’à peine une heure dix. Cette adaptation en prise-de-vue-réelle avait donc de quoi surprendre, tant Disney semble capitaliser d’abord sur des franchises et des personnages très installées dans l’esprit des gens de toutes générations. La douce nostalgie qui enrobe le film de Marc Forster – s’il est considéré par beaucoup comme un faiseur on peut entrevoir ici une forme de cohérence, puisqu’on se rappelle qu’il avait réalisé le biopic Neverland (2004) dans lequel Johnny Depp incarnait l’auteur de Peter Pan, J.M Barrie – ainsi que sa direction artistique aussi atypique qu’attachante – les personnages numériques de Winnie, Porcinet, Bourriquet et leurs copains sont stylisés comme des peluches d’enfants – lui donne un charme indiscutable. Conte naïf et moraliste, Jean-Christophe & Winnie s’adresse de toute évidence à un jeune public, mais entend re-convoquer chez les plus grands cette même innocence de l’enfance que parvient à retrouver le personnage principal. L’interprétation parfaite de Ewan McGregor, très touchant en adulte harassé par le poids des responsabilités d’adultes que la vie lui a imposé, touche une forme d’universalité. D’une beauté douce, d’une poésie sensible et ode à l’imaginaire enfantin, Jean-Christophe & Winnie, parmi toutes les tentatives de ré-actualisations des classiques de l’univers Disney, apparaît comme l’une des plus honnête et nécessaire.


A propos de Joris Laquittant

Sorti diplômé du département Montage de la Fémis en 2017, Joris monte et réalise des films en parallèle de son activité de Rédacteur en Chef tyrannique sur Fais pas Genre (ou inversement). A noter aussi qu'il détient le record européen du plus jeune détenteur du diplôme d'éleveur de Mogwaï (il avait cinq ans et trois jours) et qu'il a été témoin du Rayon Bleu. Ses spécialités sont le cinéma de genre populaire des années 80/90 et tout spécialement la filmographie de Joe Dante, le cinéma de genre français et les films de monstres.

Laisser un commentaire