The Mandalorian – Saison 1


Principal argument de Disney pour soutenir le lancement de sa nouvelle plateforme Disney+, The Mandalorian a effectué un démarrage fracassant en devenant la série la plus vue/piratée de 2019. Se voulant une alternative formelle et scénaristique à ses cousins du grand écran, parvient-elle vraiment à se démarquer d’une production devenue bien trop labellisée ?

Boba Fett en contre-jour, au dessus d'un berceau en lévitation, scène de la série The Mandalorian.

         © The Walt Disney Company / LucasFilmLtd / Disney +

Dans une nostalgie lointaine, très lointaine…

C’est un boulot difficile qu’ont porté Jon Favreau et Dave Filoni (Showrunner de la série animée Clone Wars) avec The Mandalorian. Tiraillé entre la pression du lancement de Disney+ reposant presque entièrement sur ses épaules (la seule autre proposition originale de la nouvelle étant un remake “live” de La Belle et le clochard), et la nécessité de se démarquer de la semi catastrophe de la trilogie Disney, il choisit un retour au source en proposant une série s’inspirant formellement de la première trilogie. S’il réussira à exploiter certaines de ses forces il sera malheureusement rattrapé par beaucoup de faiblesses structurelles.

Boba Fett s'apprête à entrer dans un vaisseau désert.

        © The Walt Disney Company / LucasFilmLtd / Disney +

The Mandalorian est une série misant avant tout sur le charisme d’un des personnages secondaires les plus appréciés des fans : Boba Fett. Elle nous propose donc un ersatz de l’homme au casque, chasseur de prime efficace mais peu loquace, qui galère avec des contrats faiblement payés jusqu’à ce qu’il tombe sur un McGuffin savamment orchestré. Dans l’épisode pilote on retrouve tout ce qui faisait la saveur de la trilogie : une ambiance crasseuse de Cantina, des créatures animatroniques, des décors réels tirés de la première trilogie, jusqu’aux fameuses “transitions powerpoint”. Il y a un fort relent de nostalgie, de fan service, mais sans jamais aller pour autant dans le cynisme ou la surenchère, alors pourquoi pas ? La maîtrise formelle est remarquable, Jon Favreau dépeint avec fidélité, et même supposons le, un peu d’amour, l’univers de Star Wars. Et c’est certainement la plus grande force de The Mandalorian, qui se permet même d’étendre l’univers connu au cinéma par des ajouts intéressants, sur l’Ordre des Mandaloriens notamment. Le pilote mélange donc les codes classiques de la saga, en réévaluant certains niveaux pour se démarquer : ici il s’agit de renforcer le côté western, avec relativement peu de dialogues, une action efficace, des règlements de compte sans pitié. On laisse au loin les conversations indigentes des Derniers Jedi (Rian Johnson, 2017) et de L’ascension de Skywalker (J.J Abrams, 2019) ainsi que les explications inutiles pour se concentrer sur le strict nécessaire : l’action et un peu de scénario. La durée des épisodes s’y prête plutôt bien d’ailleurs puisqu’ils durent en moyenne 30 minutes, un temps bâtard entre les deux formats conventionnels : 20min pour les sitcoms et comédies, et 40/50min pour les séries plus “sérieuses”.

Boba Fett aux commandes d'un vaisseau spatial.

        © The Walt Disney Company / LucasFilmLtd / Disney +

Malheureusement dès le second épisode, l’intérêt s’écroule. La suite de la série ne saura pas gérer cette durée bâtarde et souffrira de graves problèmes de rythme. On a vite l’impression que par peur de manquer de temps, les épisodes ne prennent plus aucun risque. Ils sont conçus comme des histoires quasiment indépendantes répondant toutes au même schéma : Le Mandalorian est mis dans une situation difficile, il s’en sort, et il s’en va. Du fait de leur faible enjeu, chaque épisode pourrait tenir alors en seulement vingt minutes mais semble être étiré comme un chewing-gum trop vieux pour coller à cette maudite durée imposée par le format. La non prise de risque se fait alors sentir au niveau même du concept : tantôt un mini remake des 7 samouraïs (Akira Kurosawa, 1954), tantôt une revenge story, voire un abominable huis-clos spatial basculant dans le cliché d’une série de mauvaise facture. Aucun épisode n’est véritablement réfléchi, les concepts sont à peine effleurés, et les personnages ridiculement définis : on ne s’attache à aucun d’entre eux. Toute l’âme que la série nous promettait dans son pilote s’évapore instantanément, pour laisser une place à un vide intersidéral. Du vide joli, j’en conviens, mais du vide quand même. A la fin de chaque épisode, on est forcé de faire le même constat : c’est bien sympa, mais il ne s’est absolument rien passé. Pire encore, les épisodes sont tellement peu reliés les uns aux autres qu’au début du suivant on se demandera si, au final, le précédent était vraiment utile.

Toutefois, The Mandalorian relève un peu la tête dans l’épisode ultime de cette saison inaugurale, qui semble un peu mieux maîtrisé et qui fait apparaître de l’humour, de manière très surprenante, et efficace. On est ravis de constater l’amorce d’une prise de risque même s’il a fallu attendre le dernier épisode ! Une vérification de générique nous apprendra que Taika Waititi – réalisateur de Vampires en toute intimité (2014), Thor Ragnarok (2017) ou Jojo Rabbit (2020) dont on vous parlera très vite – en est le (prometteur) réalisateur. Etant donné les rumeurs selon lesquelles Disney pourrait lui confier un film Star Wars, c’est peut être là le plus grand intérêt de The Mandalorian : permettre au réalisateur d’un des Marvel les plus intéressants jusqu’alors de réveiller et bousculer un petit peu cette saga qui s’est peu à peu effondrée qualitativement au contact d’une “labellisation Disney” indéniable.


A propos de Benoit Dechaumont

Etudiant à la Fémis dans le Département Exploitation, Benoît travaille pour porter un jour les séries dans les salles de cinéma. En parallèle, il écrit sur ce qu’il voit sur petit et grand écran avec une préférence pour les histoires de voyage dans le temps. D’ailleurs il attend que son pouvoir se développe pour devenir l’intrépide Captain Hourglass. Ses spécialités sont les thrillers, les films de super-héros et la filmographie de Brian De Palma.

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