Pokemon : Mewtwo contre-attaque Evolution


Le fait d’être forcés de rester chez nous avec l’écran du téléviseur comme meilleur ami invite à retrouver les saveurs délicieuses de l’enfance, emmitouflé dans une couverture, un chocolat chaud à la main. C’est dans cet état d’esprit régressif que votre serviteur à tenter une aventure. Découvrir le remake 3D du premier film de la lucrative saga Pokémon, fraîchement débarqué sur Netflix : Pokemon : Mewtwo contre-attaque Evolution.

Pikachu sur l'épaule de Sacha, face à une menace invisible, scène du fim Pokemon : contre-attaque Evolution.

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Pokemaniac

Comme tout enfant normalement constitué et ayant grandi dans les années 90, j’ai rêvé secrètement faire de mon petit village de Saint-Sulpice, un ersatz de Bourg-Palette, partant à l’aventure, casquette vissée sur la tête, avec mon fidèle Pokémon sur l’épaule. Même si certains ont pu passer à travers ce phénomène planétaire – surprotégés, sûrement, par leurs parents qui écoutaient les discours de haine qui définissaient cet univers comme étant d’une extrême violence symbolique – difficile de nier que plus qu’un effet de mode passager, la Pokémania, comme on l’appelait à l’époque, demeure pérenne, s’étant fait une place incontestable dans la culture populaire internationale. Aujourd’hui encore, la création du génial (et richissime) Satoshi Tajiri, conserve son aura dans les cours de récré. Si bien que plus de trois générations se retrouvent désormais liées par cet amour commun du Pokéverse. Créée en 1997, la série d’animation dérivée du jeu vidéo à succès fait partie des animes japonais les plus exportés et vus dans le monde. Chaque nouvelle version du jeu vidéo se vend, encore aujourd’hui à des dizaines de millions d’exemplaires à travers la planète – le dernier volet Pokémon Epée/Bouclier s’est vendu à plus de seize millions d’exemplaires et en seulement deux mois… – faisant de la franchise Pokémon l’une des plus lucratives qui soient. L’an dernier, Hollywood signait une première adaptation live de l’univers, Detective Pikachu (Rob Letterman, 2019) qui empocha plus de 432 millions de dollars à l’international pour un budget de départ de 150 Millions. Ce passage sur grand écran n’était pourtant pas une première, car la saga disposait déjà d’une vingtaine de longs-métrages d’animation, plus ou moins réussis et plus ou moins connectés à la série d’animation – elle-même découpée en sept « cycles » comptant en tout plus de 1100 épisodes !

Sacha essaie de donner un coup de poing à Mewtwo qui se protège derrière un bouclier magique, scène du film Pokemon MewTwo contre-attaque.

       Pokemon, Mewtwo contre attaque (2000) – © Tous droits réservés

La première des adaptations cinématographique des aventures de Sacha du Bourg Palette et de son fidèle Pikachu a été produite seulement deux ans après la sortie du jeu vidéo au Japon, bien qu’il fallut attendre 2000 et l’installation de la Pokémania chez nous, pour que le film sorte en salles en France. A sa sortie, Pokemon, le Film : Mewtwo contre-attaque (Kunihiko Yuyama, 1998) avait largement divisé. Contrastant avec la naïveté enfantine de la série télévisée, la noirceur du récit et sa violence symbolique en avaient surpris plus d’un, à commencer par les nombreux parents forcés d’accompagner leurs progénitures au cinéma. L’étrangeté de cette histoire abordant des thématiques compliquées pour des enfants – discrimination, clonage, mort – ainsi que l’âpreté de son atmosphère glauque ont largement contribué à générer une méfiance des adultes vis-à-vis de cet univers en surface mignon. Le montage sorti aux états-unis et en Europe avait même édulcoré le propos au point de le rendre finalement encore plus bizarre et déstabilisant. Car la version japonaise, plus frontalement émotionnelle et moraliste, avait au moins pour elle de rendre le propos plus lisible, voire trop. Le malaise qui se dégageait de la version amputée sortie sur nos écrans, tenant principalement à sa narration malmenée rendait le film parfois aussi incompréhensible qu’inconfortable. Quoi qu’il en soit, les producteurs japonais comprirent que légitimer et asseoir la domination de la franchise dans les foyers du monde entier ne devait pas passer par une intellectualisation de son fond. Si la série de jeu vidéo a toujours essayé de véhiculer des dogmes moraux, de vulgariser des sujets philosophiques compliqués à aborder avec les enfants, les productions qui suivirent ce premier essai revinrent à l’esprit joyeux et cartoon de la série. Plus de vingt ans après – ça nous rajeunit pas nom di diou ! – surfant sur cette vague de remakes et ré-interprétations qui noient la production cinématographique mondiale, tous les premiers films Pokémon se voient ré-actualisés. Le premier long-métrage a avoir tenté de réinventer l’histoire fût Pokémon, Je te choisis ! (Kunihiko Yuyama, 2017) qui revisitait dans un format long les premiers épisodes (vus et revus) de la série animée, soit, les présentations dirons-nous compliquées, entre Sacha et Pikachu. Le deuxième film surfant sur cette dynamique fût Pokémon, le Pouvoir est en nous (Tetsuo Yajima, 2018), faux remake du second long-métrage sorti en salles, Pokémon, le Pouvoir est en toi (Kunihiko Yuyama, 2000) qui accompagnait la seconde génération de jeu vidéo. On s’étonnait alors (à moitié) de ne pas voir débarquer une relecture contemporaine du premier animé. Car si la cible principale de la saga est toujours évidemment les enfants, une grande partie de son public fidèle demeure ceux qui ont grandi avec ces petits monstres et qui sont aujourd’hui trentenaires. Plus que jamais, la dimension sombre et métaphysique du récit de Mewtwo contre-attaque pouvait parler à une partie de sa cible et assumer s’adresser à des adultes. Qu’à cela ne tienne, voilà que débarque en 2019 sur les écrans japonais et seulement depuis quelques mois en France, sur Netflix, cette relecture tant attendue, sobrement intitulée Mewtwo contre-attaque Evolution (Kunihiko Yuyama & Motonori Sakakibara, 2020).

Deux Pikachus se battent l'un contre l'autre, scène du film Pokémon Mewtwo contre-attaque Evolution.

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Le film est un remake quasiment identique du point de vue du scénario : un Pokémon synthétique, Mewtwo, fabriqué par des scientifiques de la Team Rocket à partir d’un fossile d’un ancien Pokémon légendaire, Mew, se rebelle contre ceux qui l’ont conçu. Animée par une soif de vengeance et des objectifs toujours aussi flous, il invite plusieurs dresseurs de Pokémon – dont Sacha et ses amis – à un tournoi sur une île. Mais cela n’est qu’un prétexte pour fomenter dans l’ombre un sombre dessein, celui de former une armée de Pokémon clonés, pour on ne sait toujours pas quelle raison. Si cette relecture ne fait pas la même erreur d’édulcorer la dimension métaphysique et philosophique comme ce fut le cas avec la version exportée du Japon à l’époque, le discours sous-tendu par le scénario demeure toujours aussi illisible et perturbant. L’aspect moraliste propre à Pokémon sur le lien particulier qu’entretien l’homme à la nature et aux animaux – entre servitude forcée, dépendance, communion et respect – et contre l’aspect démiurgique de la science, demeure, mais le film conserve son étrange ambiance malsaine et poisseuse qui dérangea tant à l’époque. Plus encore, l’animation 3D – une première, me semble-t-il dans l’univers animé Pokémon – amplifie cet aspect du récit, tant le long-métrage luit de textures ruisselantes et suintantes. La noirceur de l’ensemble est d’autant plus assumée et flagrante que la direction artistique affirme cette face obscure de l’univers qu’elle dépeint – on se croirait presque parfois chez H.R Giger ! – une dimension avec laquelle la saga a souvent tenté de s’acoquiner – on pense notamment à l’excellent jeu Pokemon Colosseum sorti en 2004 sur Gamecube – sans que jamais cet aspect ne séduise pleinement les fans. Nul doute que le remake divisera autant que son original et on ne peut que saluer le « courage » de la production de ne pas avoir tenté de ré-adapter cette œuvre unique et bizarre, en le trempant dans un vernis plus abordable et séduisant.

Pikachu se morfond près d'un Sacha statufié allongé sur le sol, tout noir, comme recouvert de pétrole, scène de nuit dans le film  Pokémon Mewtwo contre-attaque Evolution.

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Malgré tout, l’une des ombres au tableau de cette relecture est sa proportion à piller allègrement les grands motifs visuels et sonores d’autres franchises lucratives. A commencer par la nouvelle poule aux œufs d’or de l’Empire Disney, la saga Star Wars, dont la mise en scène de Mewtwo Contre-Attaque Evolution s’inspire énormément. Le méchant du récit, Mewtwo, par ses pouvoirs télépathiques et sa voix rauque, est un clone évident de Vador. L’emprunt se voit mais s’entend aussi, jusque dans la composition orchestrale de Shinji Miyazaki qui cite sans vergogne les partitions mythiques de John Williams. On retrouve aussi dans le design du palais de Mewtwo des motifs de celui du Roi des elfes, Thandruill dans la trilogie du Hobbit (Peter Jackson, 2012-2014) mais encore, dans la relecture de LA séquence chialade du film original, le calque de la scène d’émotion du final de La Reine des Neiges (Chris Buck & Jennifer Lee, 2012). Si l’on peut regretter ces facilités et imitations, le long-métrage réussit étonnement à ne jamais perdre l’identité si spéciale de son modèle. Plus encore, s’il faut théoriser un minimum sur ces multiples emprunts, il assume tellement être un « film clone » – réplique de l’original, auquel on aurait ajouter les chromosomes de toutes les sagas lucratives du moment – qu’il en renforce étonnement son message et nourrit son ambiguïté. Sans nul doute, si l’univers parallèle qu’est celui de Pokémon, plein de magie et d’intemporalité, répond aux critères du « merveilleux » tel qu’on peut le défendre dans nos pages (mais pas que) et que notre attachement à ce qui constitue, bien sûr, une madeleine de Proust, ne tarit pas avec le temps, c’est certainement, de tous les longs-métrages adaptés de la saga, celui qui fait pas genre. Si le plaisir de vous en parler était évidemment coupable, la culpabilité est moins grande tant on est certain de vous avoir parlé d’un des films d’animation les plus bizarres, sombres et glauques et qui conserve – qu’on en découvre sa version en animation traditionnelle comme cette relecture moderne – son étonnante insondabilité.


A propos de Joris Laquittant

Sorti diplômé du département Montage de la Fémis en 2017, Joris monte et réalise des films en parallèle de son activité de Rédacteur en Chef tyrannique sur Fais pas Genre (ou inversement). A noter aussi qu'il détient le record européen du plus jeune détenteur du diplôme d'éleveur de Mogwaï (il avait cinq ans et trois jours) et qu'il a été témoin du Rayon Bleu. Ses spécialités sont le cinéma de genre populaire des années 80/90 et tout spécialement la filmographie de Joe Dante, le cinéma de genre français et les films de monstres.

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