Expendables 3 4


Après un deuxième épisode fort distrayant au casting dantesque, Stallone et sa bande reviennent aux affaires, avec dans leurs bagages quelques nouvelles recrues poids lourds, agrémentées de poids plumes.

492810.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx

Papy Blues

Si le premier épisode des Expendables (Sylvester Stallone, 2010) n’était en soi que la promesse d’une suite bien meilleure, Expendables 2 (Simon West, 2012) réussissait à transformer l’essai et la promesse en consécration. Avec ses nouvelles recrues de taille et de poids – Jean-Claude Van Damme, Chuck Norris et le duo Schwarzenegger/Willis dans des rôles plus consistants – le film s’imposait comme un divertissement fun et couillu, totalement décomplexé, les acteurs prenant un malin plaisir à s’auto-caricaturer. On peut le dire, c’est clairement le deuxième opus qui a propulsé ce qui devrait maintenant être une saga vers un univers plus décalé faisant la part belle, bien sûr, aux scènes de baston, mais aussi à un humour particulier, tout en clins-d’œil aux Capture d’écran 2014-08-29 à 18.44.00spectateurs. On attendait donc forcément que Expendables 3, de ce côté, participerait à cet élan transgressif, et que la réunion de nouveaux gros bras au casting (Harrison Ford, Mel Gibson, Wesley Snipes ou encore Antonio Banderas) serait l’occasion d’orchestrer un défouloir géant, comme une réunion d’anciens potes du lycée qui revivent, une soirée durant, leur délire du passé. Soyez sans crainte, même si mon article commence avec un certain pessimisme, le troisième opus de la saga n’est pas exempt de ces caractéristiques. Néanmoins, le film est vraiment moins bon que le second, et je m’en vais vous dire pourquoi.

Avant de vous lâcher mes arguments, permettez-moi quand même de vous toucher quelques mots sur le synopsis du film, non pas que je veuille utiliser de la place mais surtout parce que vous en raconter les grandes lignes me permettra de rebondir sur ce qui, selon moi, fait de cet Expendables 3 un film bancal et malheureusement moins amusant. Après leur précédente mission où ils ont éclaté la gueule de Jean-Claude Van Damme, Barney (Stallone) et Christmas (Statham) embarquent avec les Expendables (tous les autres mecs moins connus qui les suivent) dans un énième combat contre le mal. Ils sont en effet missionnés par la CIA pour aller botter le derche d’un nouveau méchant, en la personne de Conrad Stonebanks (Mel Gibson) un mec visiblement coriace, puisqu’il fonda les Expendables avec l’ami Barney, avant de s’en retourner vers une vie de scélérat. Alors qu’il pensait avoir tué son ennemi juré lors d’une précédente mission, Barney comprend que Stonebanks, devenu un trafiquant d’armes surarmé et surprotégé, pourrait bien être beaucoup trop costaud pour son équipe de vieux de la vieille. Il décide donc de limoger tous ses gus – y compris Dolph Lundgren qui bossait pourtant pour pas grand chose, tellement il est habitué 168734.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxxa accepter les cachets les plus minables pour jouer dans les films les plus minables – et d’aller chercher du sang neuf. Il engage donc des petits jeunes et forme une nouvelle équipe dans le but d’exterminer une bonne fois pour toutes ce très vilain Stonebanks.

Dès les premières minutes du film, on ne peut qu’apprécier de retrouver l’équipe des deux précédents volets – bien que l’absence de Jet Li, relégué une nouvelle fois à une petite apparition, me fait mal à mon p’tit cœur – et le ton si particulier de la nouvelle franchise. Expendables 3 s’ouvre en effet sur une très longue séquence d’action, particulièrement impressionnante, où l’on découvre par ailleurs un nouveau membre du groupe, incarné par un Wesley Snipes qui prend un malin plaisir à tourner en dérision sa récente affaire judiciaire. Son personnage – tout comme lui – est extirpé de sa geôle par ses anciens coéquipiers, où il croupissait depuis trois ans au cours desquelles il purgeait une peine pour fraude fiscale. À ce moment du film, le sourire est large, car on retrouve tous les ingrédients qui ont fait le succès de Expendables 2. Mais l’introduction, censée tout logiquement servir d’apéritif, va en fait vite tourner au vinaigre, pour ne pas dire à la petite piquette de Monoprix. Et pour cause, dès lors que l’ami Barney décide de limoger tous ses tontons flingueurs pour aller les remplacer par des mecs que personne ne connaît, le film perd considérablement son intérêt. Il faut en effet être l’un des quatre clopins de France ayant vu La Légende d’Hercule (Renny Harlin, 2014) pour reconnaître Kellan Lutz, ou être tellement fan de Christopher Nolan pour se masturber sur ses photos et savoir que Glen Powell jouait un figurant trader de Wall Street dans The Dark Knight Rises (2012). Les deux autres petits jeunes que Stallone est parti nous chercher sont en fait des spécialistes des sports de combat, Victor Ortiz étant champion du monde de boxe, et la caution féminine de la troupe, Ronda Rousey, médaillée de bronze de judo aux 048748.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxxJeux Olympiques de Pékin, reconvertie depuis peu dans le free fight puisqu’elle est championne de l’Ultimate Fighting Championship dans lequel elle dégomme la gueule de plein de gonzesses dans des combats d’une violence incroyable.

On attendait bien sûr de Stallone qu’il parvienne à nous ramener des nouveaux noms à l’affiche de sa franchise, mais il eut été plus appréciable que ces noms nous évoquent au moins quelque chose ! Nul besoin de vous préciser que ce casting d’inconnus ne nous procure pas la même exaltation que de voir Chuck Norris, Arnold Schwarzenegger, Bruce Willis et Sylvester Stallone marcher côte à côte, mitraillettes à la main, comme à la fin de Expendables 2. On s’étonne alors de voir Stallone abandonner tout bonnement son combat en plein milieu du troisième round. Durant une bonne heure où Barney n’est plus qu’entouré de ses nouveaux jeunes acolytes, l’ennui se fait ressentir, la saga Expendables s’éloigne de son concept, son humour potache et référencé étant rapidement dynamité par une énergie de jeunes cons – plus exécrable qu’exaltante – et par une mélancolie un poil encombrante. Heureusement, nos vieux briscards finiront bien sûr par revenir quand le super méchant interprété par Mel Gibson – qui, après sa partition bouffonne mais hilarante de mégalomaniaque dans Machete Kills (Robert Rodriguez, 2013), s’amuse une nouvelle fois comme un petit foufou à jouer les méchants tatoués, avec la chemise ouverte et la chaîne en or autour du cou – finira par mettre hors de nuire l’équipe des Minipouss. La vieille école revient aux affaires dans un dernier tiers particulièrement exaltant, agrémenté de la présence hilarante d’un Antonio Banderas qui s’amuse comme un gosse – sorte de version du Chat Potté, fou de la gâchette et surtout ultra-pénible – et d’un Harrison Ford chargé de remplacer Bruce Willis parce qu’il est, je cite le film, « pas fiable, et plus dans le scénario » (Stallone s’amusant à 489576.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxxasséner au passage un petit coup bien senti à celui qui aurait demandé un cachet un peu trop élevé pour ce troisième volet) et dont la présence aux manettes d’un hélicoptère nous fait presque regretter que Chuck Norris ne soit pas là pour faire office de Chewbacca à ses côtés.

Le scénario de Expendables 3 aurait pu rattraper son pas de côté vers le côté jeune de la force, et ainsi revenir plus vieux que jamais, en affirmant que les jeunes ne sont pas capables de faire correctement le taf, et qu’il n’y a de toute façon pas de relève. En d’autre termes, cette perspective aurait rendu l’heure passée en la présence de cette équipe de seconde zone plus intéressante si elle s’était conclue par un vrai retour en grâce des vieux, et un abandon pur et total des jeunes, les renvoyant à l’entraînement avant de pouvoir venir faire mumuse dans la cour des vieux. Au lieu de ça, Stallone choisit le consensus le plus total, jeunes et vieux forment désormais une grande équipe. On espère que tout ça n’est qu’une vaste manœuvre pour faire un quatrième opus avec plus d’action, de fun et de morts, et que ces petits louveteaux serviront à éviter aux mâles dominants de la meute de se prendre les balles.

Joris Laquittant


A propos de Joris Laquittant

Sorti diplômé du département Montage de la Fémis en 2017, Joris monte et réalise des films en parallèle de son activité de Rédacteur en Chef tyrannique sur Fais pas Genre (ou inversement). A noter aussi qu'il détient le record européen du plus jeune détenteur du diplôme d'éleveur de Mogwaï (il avait cinq ans et trois jours) et qu'il a été témoin du Rayon Bleu. Ses spécialités sont le cinéma de genre populaire des années 80/90 et tout spécialement la filmographie de Joe Dante, le cinéma de genre français et les films de monstres.


Laisser un commentaire

4 commentaires sur “Expendables 3