Cult of Chucky 1


Bénéficiant d’un accueil dithyrambique de la presse spécialisée, le septième volet des aventures de la poupée Brave Gars démoniaque sort directement ce mois en VOD. L’occasion pour nous de ne pas faire dans la dentelle et de mettre à jour l’hypocrisie généralisée autour du nouveau film de Don Mancini : Cult of Chucky.

Le Retour de la fiancée de la malédiction du culte du fils de Chucky.

On ne va pas se faire des copains en disant que le petit monde des amateurs du cinéma de genre porte en lui une bonne petite tripotée de fou fieffés, adorateurs par delà l’entendement d’une cinéphilie qu’ils vénèrent comme un bouddha et sur laquelle il convient de ne pas porter le moindre jugement critique. A ces énergumènes, on accordera le crédit d’être de fidèles soldats, qui s’ils n’ont pas pour qualité première d’être parfaitement honnêtes – il faut un brin de malhonnêteté pour penser qu’un septième épisode de la saga Chucky est l’événement du mois, non ? – défendent leurs ouailles avec une constante qui mérite l’admiration. Car oui, chez nous, à défaut de malhonnêteté, on a pris parti pour une certaine lâcheté. Voilà bien longtemps qu’on a abandonné la saga Chucky. Depuis, au moins, son virage burlesque en 1998 avec La Fiancée de Chucky réalisé par un certain Ronny Yu, que l’un des rédacteurs de notre honorable mais lâche webzine qualifiait justement de « réalisateur dont tu te souviens des fois qu’il a existé. ». A partir de ce délire gore et fantasque, la saga Chucky n’a eu de cesse que de s’enliser dans un what the fuck toujours plus grand qui en fait désormais l’une des sagas emblématiques du cinéma bis (soit aujourd’hui, du marché de la vidéo à la demande) là où le tout premier film, le génial Jeu d’Enfant (Tom Holland, 1988) avait surpris par son efficacité horrifique, son monstre inédit et sa violence graphique âpre. Malgré ce ravalement de façade grotesque, certains fans de la première heure défendent bec et ongle les trois derniers épisodes de la saga : Le Fils de Chucky (2004), La Malédiction de Chucky (2013) et le dernier en date dont il est question ici, Le Retour de Chucky (2017) – dont on préférera, comme vous j’imagine, le titre original Cult of Chucky – respectivement les trois plus mauvais films de la saga.

Alors pourquoi tant de passion injustifiée pour ces trois œuvres ô combien nullissimes me direz-vous ? Tout simplement, mes chers, parce que parfois (souvent) l’amateur de cinéma d’horreur vénère plus que de raisons des noms. Statufiés, intouchables, leur admiration de ces héros les aveuglent souvent. Ici, c’est le cas du nom de Don Mancini, scénariste et créateur de Chucky, qui en scénarisa tous les épisodes. Le bonhomme eût le bon sens, dans un premier temps de laisser des réalisateurs – certes de seconde zone – se charger de mettre en scène ses scénarios : Tom Holland, John Lafia, Jack Bender et Ronny Yu (dont je suis sûr que vous aviez oublié l’existence depuis la dernière fois que je vous en ai parlé, un paragraphe plus haut). Et puis, dès 2004, il a récupéré la fonction de réalisateur pour livrer sa trilogie, variation en trois actes autour de sa créature Seed – Curse – Cult. Et c’est tout simplement parce que le « créateur » du personnage est aux manettes que la plupart des fans de la première heure se refuse tout bonnement à critiquer ces trois œuvres mineures et bisseuses. Qu’on se le dise, il s’agit des mêmes spécimens qui vous regardent droit dans les yeux, plein d’affront, accompagnant ce regard affable d’une diatribe au ton des plus condescendants pour vous dire : « Ah nan mais moi, Star Wars, c’est terminé depuis que c’est plus George Lucas aux manettes. ».

Une fois ceci entendu, venons-en au film. Après avoir eu une fiancée, après avoir eu un fils, après s’en être pris à la fille de l’acteur qui lui donne sa voix – le personnage de Nica est incarné par Fiona Dourif qui n’est autre que la fille de Brad Dourif, voix de Chucky et interprète culte du personnage de Grima Langue-de-pute dans la trilogie du Seigneur des Anneaux (Peter Jackson, 2001-2003) – Chucky revient hanter toutes ses victimes et même plus, dans un hôpital psychiatrique. Dans une sorte de réunion ridicule qui fait ressembler le film à une convention de fans, on retrouve à peu près tous les protagonistes des précédents opus, à commencer bien sûr par Nica par qui l’intrigue débute, mais aussi Alex Vincent (interprète du petit Andy Barclay des premiers volets) ou Jennifer Tilly qui s’incarne elle-même, alors qu’elle fût la voix de Tiffany, la fameuse fiancée de notre rouquin préféré. Tout ce beau monde cohabite dans un scénario méta (rien de mieux pour plaire aux fans et seulement à eux) complètement azimuté, aux rebondissements hallucinants de bêtise et de facilité. Ainsi par exemple, Chucky a appris sur internet une formule vaudou pour démultiplier son esprit dans d’autres poupées Brave Gars – tellement absurde qu’on pense d’abord à un mauvais gag – donnant l’opportunité à Don Mancini de s’amuser avec non pas une, mais plusieurs versions de son démoniaque poupon possédé par l’esprit d’un psychopathe. Même s’il est vrai que ce tour de passe-passe fait opérer à la saga une certaine révolution, on ne peut décemment pas considérer que ce virage brusque la fasse tourner du bon côté.


A propos Joris Laquittant

Sorti diplômé de la Fémis en Montage en 2017, Joris obtient son diplôme d'éleveur de Mogwaï dès l'âge de huit ans. Quand il ne dessine pas sur Dé'Ciné (decine.fr), il aime écrire sur le cinéma qui fait pas genre. Il est aussi membre fondateur de "L'Association pour la réhabilitation de l'importance de Walt Disney dans l'histoire du cinéma". Sa voyante dit que son signe astral est David Cronenberg ascendant Joe Dante, et il suit un traitement d'acupuncture trois fois par semaine pour soigner son addictions mono-maniaque aux flare bleus.


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