Les Traqués de l’an 2000


Itération australienne des Chasses du comte Zaroff (Ernest B Schoedsack, 1932) sur fond de dictature orwellienne, les éditions Rimini nous proposent de redécouvrir Les traqués de l’an 2000 (Brian Trenchard-Smith, 1982), une série B sympathique à défaut d’être originale.

Un homme aux cheveux gris vise dans un fusil de chasse, s'apprête à tirer ; derrière lui, des arbres, comme dans une jungle ; plan issu du film Les traqués de l'an 2000.

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Traque moi si tu peux

Si Mad Max (Georges Miller, 1979) est certainement le principal film que le grand public a retenu de la vague d’ozploitation (le cinéma bis australien), il ne faut pas oublier que le genre a donné lieu a pléthore d’œuvres outrancières qui jouaient sur les bas instincts du public. Ce qu’on a appelé à ces débuts la nouvelle vague australienne est né de l’ambition de deux ministres du pays qui souhaitaient redynamiser un cinéma national en déclin – à la fin des années 1960 le cinéma national ne produit plus aucun film et les acteurs locaux préfèrent immigrer en Angleterre ou aux États-Unis – avec des crédits d’impôts visant à favoriser la production locale et permettre l’émergence d’une nouvelle génération de cinéastes. Profitant des moyens alloués par le gouvernement et de la création de la classification R en 1971 qui permettait toute sorte d’excès, les cinéastes australiens vont en profiter pour livrer des péloches aussi dérangées qu’iconoclastes. Parmi ses œuvres délicieusement subversives, on retiendra surtout des longs-métrages comme Réveil dans la terreur (Ted Kotcheff 1971) ou Razorback (Russell Mulcahy, 1984).

Au premier plan Olivia Hussey, en rapproché-épaule, le regard interrogateur ; au second plan, à droite de l'image, des soldats en uniforme gris et armés surveillent une horde gens tous vêtus du même uniforme jaune, dociles ; scène du film Les traqués de l'an 2000.

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Bien que ce nom soit peu connu en France, Brian Trenchard-Smith symbolise dans son pays tous les excès du cinéma australien de cette époque. Très connu pour ses films de cascades complètement barrés et ses bisseries au gore excessif, le cinéaste n’a jamais caché que son ambition première était de faire du cinéma divertissant, se revendiquant « sans prise de tête ». D’ailleurs, Les traqués de l’an 2000, malgré un discours politique évident, est avant tout une série B régressive. Son scénario narre les mésaventures de prisonniers expédiés dans un camp de rééducation, car considérés comme déviants et qui devront servir de gibier dans le cadre d’une chasse à l’homme organisée par le directeur de l’établissement. D’emblée, on sent que le film s’inspire à la fois des Chasses du comte Zaroff comme du fameux roman de George Orwell 1984. Cependant, là ou ces deux œuvres affichaient un message politique fort – sur les dérives de notre société, la déshumanisation de l’homme et le sens de la civilisation – le projet de Brian Tenchanrd-Smith se contente d’enchaîner les scènes, sans porter de messages politiques, dans une œuvre qui en aurait pourtant eu grand besoin. Sans doute à cause de la réduction du budget ou de la volonté du réalisateur de faire un pur divertissement, le film ne dévoile ni les tenants ni les aboutissants d’un régime qui est censé être déshumanisant et se sert d’images de reportages télévisés pour illustrer son monde totalitaire. Pire encore, il verse parfois dans le racoleur en reprenant tous les poncifs liés à ce genre de production. Que ce soit la nudité gratuite (les scènes de douche) ou le déchaînement de violence, rien ne nous est épargné. Pourtant, passé cet embarras premier, ce sont tous ces excès qui finissent par donner son charme si particulier au long-métrage. En effet, Brian Tenchard Smith a compris que ce que le spectateur veut et il nous le donne : il ne faut ainsi pas rechercher dans Les Traqués de l’an 2000 une œuvre politique, mais plutôt accepter qu’en pur produit d’exploitation qu’il est, c’est avant tout un plaisir coupable complètement régressif. Que ce soit par son final qui vire au revenge movie gore et involontairement drôle ou des choix artistiques assez discutables – que fait donc un loup-garou dans un récit pareil ? – tout cela rend le film ma foi sympathique.

Blu-Ray du film Les traqués de l'an 2000 édité par Rimini Editions.Si l’on se penche un peu plus sur la filmographie du cinéaste, on se rend compte qu’il y vraiment une volonté de bien faire dans ses films de proposer quelque chose de solide. Loin des séries B actuelles qui jouent sur un titre racoleur, mais qui proposent rien de mieux que du divertissement fade, Tenchard-Smith nous ramène à une époque où des petits artisans pouvaient (encore) bricoler des séries B sincères. Du côté des bonus, comme à son habitude les Rimini Editions nous a régalés avec une pléthore d’interview. Pour commencer, nous avons un entretien avec le réalisateur qui revient pendant une dizaine de minutes sur la production mouvementée ainsi qu’une interview des acteurs Lynda Stoner et Roger Ward qui reviennent quant à eux pendant une vingtaine de minutes sur leurs participations au film. Mais l’un des contenus les plus intéressants de cette édition Les traqués de l’an 2000 sont les interviews croisées du réalisateur, du producteur Anthony Ginane et du directeur de la photographie qui forment le documentaire La renaissance du cinéma australien. Une édition généreuse donc, qui ravira les amateurs de série B l’étant tout autant.


A propos de Freddy Fiack

Passionné d’histoire et de série B Freddy aime bien passer ses samedis à mater l’intégrale des films de Max Pécas. En plus, de ces activités sur le site, il adore écrire des nouvelles horrifiques. Grand admirateur des œuvres de Lloyd Kauffman, il considère le cinéma d’exploitation des années 1970 et 1980 comme l’âge d’or du cinéma.

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