Uncharted


Après plus d’une décennie de galère, l’adaptation filmique du jeu vidéo Uncharted débarque enfin sur grand écran, avec pour seul argument d’avoir un Tom Holland au sommet de sa notoriété.

Tom Holland et Sophia Taylor s'apprêtent à entrer dans un tunnel-grotte, accroupis et torche à la main dans le film Uncharted.

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Game Over

Créé par Amy Hennig en 2007, le jeu vidéo Uncharted est vite devenu l’une des franchises les plus acclamées et lucratives, apportant une petite révolution au genre du jeu-vidéo solo. Les aventures de Nathan Drake, chasseur de trésors, se sont ainsi déclinées en quatre jeux et son lot de projets annexes, y compris des adaptations en bandes dessinées et même en roman. Le portage en film s’est donc fait attendre, alors que le travail sur le scénario a débuté dès 2008. Problèmes d’écritures, défilé incessant de réalisateurs potentiels, têtes d’affiches annoncées puis démenties à gogo, le long-métrage s’est indéfiniment perdu dans les limbes de sa pré-production. C’est finalement Ruben Fleischer – réalisateur de Bienvenue à Zombieland (2009) et sa suite – qui se charge de la mise en scène, avec Tom Holland en Nathan Drake et Mark Wahlberg dans le rôle de son acolyte Sully. Quand la bande-annonce est enfin tombée, le lynchage a été immédiat. Le visionnage de l’objet en entier ne fera que conforter les détracteurs dans leurs idées : cette adaptation n’a rien à voir avec l’esprit des jeux vidéos.

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Néanmoins, cet article n’a aucunement l’intention d’établir un comparatif poussé entre deux médiums bien trop éloignés formellement pour être mis sur le même pied d’égalité. Sachant qu’un jeu vidéo peut nécessiter plus de dix heures pour arriver à la fin de son scénario, il est un peu exagéré d’espérer d’un film de deux heures qu’il fasse preuve de la même complexité. Il faut donc prendre Uncharted comme la campagne marketing nous l’a proposé : un pur divertissement filmique, sans aucune autre ambition que d’enchaîner les scènes d’action. Et c’est chose faite, il n’y a effectivement rien d’autre à dénicher dans ce premier opus. A ce titre, la séquence d’ouverture est digne d’un Fast & Furious et fait office de manifeste. Inutile de chercher un semblant de logique dans ce qui va vous être servi durant les deux prochaines heures. Le récit se pose pourtant en origin story, censée se dérouler avant même le premier jeu vidéo sorti. Pourtant, on y retrouve des ingrédients piochés ça et là dans toute la franchise, et surtout dans le dernier volet A Thief’s End avec son récit tournant autour de la quête pour retrouvé un trésor perdu. Convaincu que Ferdinand Magellan et ses hommes ont planqué tout l’or qu’ils ont trouvé lors de leur tour du monde au XVIème siècle, Sully embrigade le jeune Nate Drake pour se lancer dans une chasse au trésor autour du globe, où ils seront au coude à coude avec Moncada (Antonio Banderas), Frazer (Sophia Ali) et Braddock (Tati Gabrielle), tous décidés à mettre la main sur l’or les premier. Au lieu de pester contre l’infidélité faite au jeu vidéo, il serait plus judicieux d’admettre qu’Uncharted n’apporte plutôt rien de nouveau au genre du film d’aventures, après des sagas aussi réussies qu’Indiana Jones, Pirates des Caraïbes, ou même Benjamin Gates.

Dans une immense salle baignée dans une lumiere violette très artificielle, Tom Holland se tient à bout de bras, le regard rivé vers le sol, à des néons blancs tubulaires accrochés au plafond ; scène du film Uncharted.

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Si Tom Holland livre – comme à son habitude – une incroyable performance physique, il lui est impossible de prouver ses talents d’acteur dans la vacuité de ses interactions avec les autres personnages. Quant à son comparse, Mark Wahlberg, il passe carrément pour un amateur, tant les dialogues sont mal écrits et ne lui permettent aucune caractérisation plausible de son personnage. Les scènes d’action quant à elles, sont totalement rocambolesques, seules les énigmes sont soi-disant là pour sauver la mise et complexifier une intrigue bien trop sage. Malheureusement, ces mystères sont résolus par Drake en 30 secondes chrono, pour souligner certainement son incroyable intelligence, mais cela a pour effet de ne laisser aucune place à la réflexion des spectateurs. C’est donc le cerveau mort qu’il faut apprécier – ou subir – l’intégralité du film.


A propos de Emma Ben Hadj

Étudiante de doctorat et enseignante à l’université de Pittsburgh, Emma commence actuellement l’écriture de sa thèse sur l’industrie des films d’horreur en France. Étrangement fascinée par les femmes cannibales au cinéma, elle n’a pourtant aucune intention de reproduire ces méfaits dans la vraie vie. Enfin, il ne faut jamais dire jamais.

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