Voyage au bout de l’enfer


Deuxième long-métrage de Michael Cimino, Voyage au bout de l’enfer reste, avec La porte du paradis (1980), l’un de ses travaux les plus emblématiques et intemporels. Alors qu’il arrive dans les salles obscures quelques mois seulement avant Apocalypse Now (Francis Ford Coppola, 1979), les deux productions partagent une thématique commune, la guerre du Viêt-Nam, tout en s’y attaquant de manière diamétralement opposée. Ici, il ne sera pas question de ceux qui partent, mais de ceux qui restent. Retour sur ce grand film qui ressort dans une formidable copie Blu-Ray chez StudioCanal.

L'acteur Robert de Niro est assis sur le capot de sa voiture, fusil à la main, contemple les montages vertes autour de lui, scène du film Voyage au bout de l'enfer.

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Mise à mort du cerf sacré

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Voyage au bout de l’enfer, ou The Deer Hunter en version originale (comprendre « Le chasseur de cerf »), est une fresque humaine grandiose, plus grande que la plupart des œuvres cinématographiques qui abondent nos salles de cinéma mercredi après mercredi. Malgré les apriori il ne faut pas croire que le long-métrage de Michael Cimino est de la même trempe que ses camarades Apocalypse Now (Francis Ford Coppola, 1979), Full Metal Jacket (Stanley Kubrick, 1987), Platoon (Oliver Stone, 1986) ou encore Outrages (Brian De Palma, 1989). Durant près de trois heures, seulement quarante-cinq minutes plongeront le spectateur dans l’enfer du conflit vietnamien, et avec une retenue non-négligeable – plaçant son action dans un camp d’emprisonnement plutôt que sur « le front ». Voyage au bout de l’enfer s’intéresse à la vie de trois soldats avant et après, ou ces quarante-cinq minutes ne représentant qu’un instant pivot qui déclenchera le réel enjeu du long-métrage, le retour à la maison. Tout le scénario est construit dans le seul but de mettre en parallèle deux destins étroitement liés et au sort bien différents : ceux de Michael et Nick, respectivement interprétés par Robert de Niro et Christopher Walken. On suivra nos protagonistes dans leur vie quotidienne au sein d’une bourgade de Pennsylvanie, de leur départ jusqu’à leur retour, avec les impacts sur leur relations amicales, amoureuses – et surtout leur rapport à eux-mêmes – qui en découlent et qui sont le nœud du film. En réalité, Michael Cimino apporte un propos virulent sur les ravages de cette guerre, non pas en la filmant frontalement, mais en mettant en scène les conséquences dans les vies de chacun et comment les personnages doivent faire face à des situations personnelles désastreuses, engendrés par le fait de s’être rendu au Viêt-Nam. De trois chemins distincts, celui de Steven s’ajoutant aux deux autres, trois conclusions bien ternes et différentes en découleront où finalement, le bout de l’enfer possèdera le même gout âpre et amer.

L'acteur Christopher Walken dans une case vietnamienne, revolver sur la tempe, en pleine crise de nerfs, scène de la roulette russe dans Voyage au bout de l'enfer.

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De toute façon, ne nous leurrons pas, rien de ce qu’on écrira n’égalera ce qui a déjà été écrit à propos de Voyage au bout de l’enfer. La raison étant simple et évidente : il s’agit d’un mur porteur pour tout un pan de l’histoire du cinéma américain, et notamment du Nouvel Hollywood. Il est important de pouvoir et vouloir s’y replonger, encore et encore, tant pour apprécier l’œuvre elle-même que pour contextualiser une réflexion initiée par Michael Cimino à travers ses longs-métrages. Il est également impressionnant de constater à quels points chacun des acteurs est déjà, ou deviendra, une figure importante du cinéma américain. Robert De Niro signe une nouvelle collaboration riche en profondeur pour un personnage torturé et en proie au doute, et ajoute un autre grand réalisateur à une filmographie comprenant déjà à l’époque des collaborations avec Brian De Palma, Martin Scorsese, Francis Ford Coppola, Elia Kazan, Bernardo Bertolucci… Si peu de talentueux réalisateurs, me direz-vous ironiquement. L’immense Meryl Streep réalise ses (presque) débuts, tandis qu’il s’agira de la dernière production que tournera John Cazale – l’acteur décédera des suites d’un cancer du poumon. Reste Christopher Walken, qui livre aux spectateurs l’une de ses prestations les plus mémorables… Il est particulièrement émouvant de voir les visages de toutes ces stars, aux airs si jeunes et fragiles, que l’on connait avec les âges et rides d’aujourd’hui, évoluer presque à tâtons dans les méandres de leurs émotions et de leurs jeux encore en pleine construction. Pour toutes ses raisons – mise en scène, Blu-Ray du film Voyage au bout de l'enfer édité par Studio Canal.interprétation, scénario, beauté formelle – il est tout aussi nécessaire de (re)voir ces longs-métrages, que de leur trouver une seconde vie grâce à des copies restaurées de qualité. 

Justement, Studio Canal propose une nouvelle copie Blu-Ray, restaurée en 4K. Pour ceux qui auraient la chance d’avoir déjà la sublime édition 40ème anniversaire, sortie en 2018, cette nouvelle sortie fera doublon dans votre collection. Pour les autres qui souhaiteraient ajouter le long-métrage à leur étagère – sans pour autant payer le prix fort de l’édition anniversaire – n’attendez plus ! En plus d’un master retravaillé et superbe dans ses rendus des couleurs et de l’esthétique de l’œuvre de Michael Cimino, un commentaire audio est présent, pour la première fois, dans les bonus – dans la précédente édition Blu-Ray standard, datant de 2008, seul le long-métrage était présent. Une copie Blu-Ray comme on les aime chez Fais Pas Genre ! pour se replonger dans ce voyage aux allures de déambulation intimiste.


A propos de William Tessier

Si vous demandez à William ce qu'il préfère dans le cinéma, il ne saura répondre qu'avec une seule et simple réponse. Le cinéma qu'il aime est celui qu'il n'a pas encore vu, celui qui ne l'a pas encore touché, ému, fait rire. Le teen-movie est son éternel compagnon, le film de genre son nouvel ami. Et dans ses rêves les plus fous, il dine avec Gégé.

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