Klaus


Dans le labyrinthe du catalogue Netflix, la plateforme nous propose de nombreux contenus inédits, avec des réalisateurs confirmés comme Martin Scorcese mais également une foule de programme originaux estampillés « films de Noël ». Pendant les fêtes, les familles qui n’ont pas eu l’occasion de se voir pendant l’année ont la possibilité de se retrouver. Certaines discussions sur divers sujets d’actualité transforment les échanges en une arène de gladiateurs. Il est alors bienvenue de calmer les esprits avec un « film de Noël ». Dans ce contexte, Klaus (Sergio Pablos, 2019) pourrait bien sauver votre réveillon.

Klaus le fabricant de jouets et le facteur Jesper distribuent les cadeaux.

                                                   © Netflix

Comme une lettre à la Poste

Jesper est présenté comme le pire élève de toute l’école de facteurs. Pour cause, il se permet de vivre une vie de pacha puisqu’il est le fils du directeur mais son père décide de le mettre à l’épreuve en espérant lui faire comprendre le goût du travail bien accompli : doit fonder une poste sur une île dans le Cercle arctique, dans la ville de Smeerensburg et envoyer 6000 lettres en un an. Problème, les deux principaux clans de la ville, les Krum et les Ellingboe, se vouent une haine millénaire, et de facto ne s’envoient pas de courrier. Dépité face à cette population agressive, Jesper va tenter sa chance au nord de l’île où vit un vieux colosse qui fabrique des jouets, allégorie du Père Noël. Jesper invite donc les enfants qui auraient été sages à écrire des lettres au mystérieux monsieur Klaus, en échanges de cadeaux.

Le batelier Mogens et Jesper discutent sous la neige, dans la nuit.

                                          © Netflix

Klaus s’inscrit dans la digne lignée des « films de Noël » qui s’adressent à tous. Des récits qui se passent donc à Noël, mais qui également véhiculent des messages compatibles avec le fameux “esprit de Noël”. A ce titre, le long-métrage ne déroge pas à la règle, rappelant souvent qu’« une action désintéressée en appelle une autre ». Les enfants accomplissent des actions pour se faire bien voir auprès du fameux monsieur Klaus. Ce climat d’entraide au sein de la ville entraîne alors leurs parents à enterrer la hache de guerre qui désunit depuis tant d’années les Krum et les Ellingboe, ce qui n’est pas au goût des membres les plus conservateurs de ces familles. En parallèle de cette évolution de Smeerensburg, on suit celle de Jesper. Personnage habitué au luxe de la famille dans lequel il est né, Jesper se retrouve dans une ville qui a priori ne remplit pas ses critères de confort. Les enfants de Smeerensburg et des tribus alentour réclament ses services pour poster leurs lettres destinées à Monsieur Klaus. Ainsi, Jesper commence à voir l’objectif des 6000 lettres de plus en plus possible et l’espoir de retrouver sa vie de luxe. Mais il apprendra petit à petit à son tour qu’une “action désintéressée en entraîne une autre”, pour le bien de toute la communauté.

Une des manières dont Klaus se démarque, c’est dans sa façon d’incarner l’expression un peu galvaudée « pour petits et grands ». Pour plaire à un public plus adulte, le film utilise deux leviers. Le premier, c’est son humour. On retrouve un humour destiné aux plus jeunes, mais aussi un humour plus grinçant, presque noir, parfois même complètement absurde. Cette production est également intéressante car elle se ré-approprie la mythologie de Noël. Notamment en offrant au fameux Klaus un compagnon, en la personne de Jesper, qui aura entre autre pour rôle de s’infiltrer chez les habitants pour la distribution des cadeaux. Cette réinvention s’illustre principalement dans la fin du long-métrage, que l’on vous laisse découvrir. Une conclusion qui étonne par son côté sombre, particulièrement mélancolique, qui trouvera assurément un écho chez les plus jeunes comme chez les adultes.

Jesper et Alva retouchent un manège à chevaux miniature dans le film Klaus.

                                                  © Netflix

Concernant l’animation, les images illustrant cet article parlent sans doute d’elles-mêmes. Toutefois, pour en saisir la saveur, il faut voir les personnages en mouvement. Cette animation, opérée en 2D et à base de dessins, est sublimée par un travail de lumière très précis, qui donne du corps aux personnages évoluant en deux dimensions. On recommande aux plus curieux de se pencher sur les courtes vidéos de making-of. Elles témoignent du casse-tête de la lumière et illustrent son importance. L’animation est particulièrement soignée et fluide. Même s’il s’agit de son premier long-métrage en tant que metteur en scène, le CV de Sergio Pablos est particulièrement élogieux. Celui-ci a notamment travaillé à ses débuts comme animateur et character designer pour Disney. Il a travaillé sur les personnages d’Hadès dans Hercules (R. Clements &J. Musker, 1997) ou Tantor dans Tarzan (K. Lima & C.Buck, 1999). On lui doit aussi l’écriture de Moi, moche et méchant (P. Coffin & C. Renaud, 2010). Devant la qualité de Klaus, on pardonnera donc à Sergio Pablos d’être en partie responsable de l’inondation des Minions dans l’intégralité des espaces publicitaires de la planète.


A propos de Pierre Nicolas

Cinéphile particulièrement porté sur les dramas biens tristes et les thrillers bien acérés, il est encore habité par la fougue de la jeunesse. Pour l'instant sans emploi, mais gentil stagiaire. Si on s'en tient à son mémoire il serait spécialiste des films de super-héros, mais ce serait bien réducteur. Il prend autant de plaisir devant des films de Douglas Sirk que devant Jojo's Bizarre Adventure.

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