1BR


Premier véritable coup de cœur du cru 2019 de la Compétition Internationale de l’Etrange Festival, ce premier long-métrage américain au titre assez énigmatique 1BR surprend par son habilité à mélanger les codes et à faire serrer les dents.

Nicole Brydon Bloom dans le film 1BR de David Marmor (critique)

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C’est quoi le bail ?

Si l’activité relative à la programmation riche de cette vingt-cinquième édition de l’Étrange Festival est encore assez timide en nos pages, c’est d’abord parce qu’il demeure compliqué de prendre du recul pour écrire quand on enchaîne les séances au point de ne pas avoir le temps de se nourrir, mais aussi parce que ces premiers jours d’errance dans les couloirs du Forum des Images se sont avérés assez pauvres en coups de cœur. Seule réelle éclaircie dans une compétition pour l’instant fort décevante, l’américain 1BR, premier long-métrage du prometteur David Marmor, a eu le mérite de faire une quasi-unanimité auprès de nos rédacteurs sur place.

Les voisins du film 1BR présenté à L'Étrange Festival (critique)

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L’histoire du film commence quand la jeune Sarah, fraîchement débarquée dans la ville fantasmagorique de Los Angeles, postule pour devenir locataire d’un appartement en apparence largement au dessus de ses moyens, situé au sein d’une résidence assez spéciale où l’ensemble du voisinage vit dans l’entraide et l’harmonie. Choisie – à sa grande surprise – pour rejoindre cette petite communauté d’apparence idyllique, Sarah (excellente Nicole Brydon Bloom) va vite déchanter en découvrant les us et coutumes pour le moins détonnantes de cette micro-société autarcique, dont l’extrême politesse et amabilité de ses membres, la rendent moins rassurante qu’angoissante. D’abord harcelée, puis punie pour avoir caché détenir un chat alors que son bail stipulait qu’il lui était interdit, la jeune Sarah va se retrouver aspirée dans une spirale infernale où elle va devoir laisser, de grès comme de force, le groupe peu à peu annihiler son individualité et la modeler selon leur desiderata pour en faire une locataire parfaite.

La comédienne Nicole Brydon Bloom dans le film 1BR (critique)

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En entremêlant habilement les codes de deux genres distincts que sont le Home Invasion Movie et le film de secte, 1BR parvient à imposer sa recette novatrice, tout autant surprenante qu’efficace, rejoignant trois des grands thèmes les plus visités par le cinéma de genres contemporain, des thématiques qu’on retrouve d’ailleurs assez naturellement dans bons nombres des films présentés en Compétition : la crainte de l’invasion (symbolisé le plus souvent par le domicile familial, cocon inviolable), l’opposition violente d’un individualisme crasse face à l’esprit de communauté, et l’angoisse d’un retour à une humanité de moins en moins normée socialement et moralement. Si le long-métrage déroule l’ensemble de ce vaste programme avec une efficacité assez chirurgicale, il surprend toutefois son monde par son propos politique – la fin, un brin cryptique et énigmatique, prolonge le propos vers une satire grinçante assez surprenante du marché immobilier et du “profilage numérique” des individus – et par quelques séquences gores, qui, si elles ne sont pas des plus inventives, peuvent néanmoins se targuer de réussir à faire serrer les dents. C’est si rare en ce début de festival qu’on ne peut décemment cracher sur un premier long tel que celui-ci, en forme de promesse, revitalisant au passage un Forum des Images en manque d’étincelles.


A propos de Joris Laquittant

Sorti diplômé du département Montage de la Fémis en 2017, Joris monte et réalise des films en parallèle de son activité de Rédacteur en Chef tyrannique sur Fais pas Genre (ou inversement). A noter aussi qu'il détient le record européen du plus jeune détenteur du diplôme d'éleveur de Mogwaï (il avait cinq ans et trois jours) et qu'il a été témoin du Rayon Bleu. Ses spécialités sont le cinéma de genre populaire des années 80/90 et tout spécialement la filmographie de Joe Dante, le cinéma de genre français et les films de monstres.

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