Les rescapés du futur


Suite de l’excellent et légendaire Mondwest, Les rescapés du futur est l’une des dernières sorties de l’éditeur vidéo Sidonis. Un thriller de science-fiction dans l’air du temps qu’il est bon de redécouvrir.

futureworld

Delosgate

En 1973, l’auteur de best-sellers Michael Crichton, que l’on ne présente plus, s’attaque à la réalisation de son premier film, Mondwest. Une œuvre qui, selon ses dires, ne s’adaptait pas à l’écriture mais bel et bien au cinéma : un film de science-fiction magnifique dans laquelle Richard Benjamin et le grand James Brolin visitent un parc d’attractions futuriste peuplé de robots humanoïdes qui permet de vivre dans trois époques différentes : la Rome antique, le Moyen-Âge, et le Far West. Les deux protagonistes s’embarquent pour le Far West, où ils seront poursuivis par un dangereux robot cow-boy, qui prend les traits du Yul Brynner des Sept Mercenaires (John Sturges, 1960) et qui est bien décidé à mettre fin à leurs jours. Un sommet de la SF qui, aujourd’hui encore, reste bien trop méconnu malgré son succès considérable lors de sa sortie, et son statut de film culte. Naturellement, la MGM, qui produisait et distribuait Mondwest, a tenu à développer l’univers de Crichton en offrant la possibilité à l’écrivain/cinéaste de lui donner une suite qu’il déclina, estimant qu’il avait déjà tout dit sur le sujet. Ainsi, c’est Richard T. Heffron – qui coréalisera treize ans plus tard avec Robert Enrico une magnifique adaptation cinématographique de la Révolution futureworldfrançaise pour le bicentenaire de celle-ci –, à l’époque solide réalisateur de télévision fort d’une longue expérience dans le domaine, qui s’attèlera à la réalisation des Rescapés du futur, sur un scénario de George Schenck et de Mayo Simon, le premier étant un scénariste de télé, l’autre un spécialiste de la SF et de l’horreur. La MGM ayant entre temps retiré son offre, les producteurs se sont associés au légendaire Samuel Z. Arkoff, éminent spécialiste de la série B dont le nom restera éternellement lié à Roger Corman, et ainsi le film a pu sortir sous la houlette d’American International Pictures en 1976.

L’histoire se déroule deux ans après les événements de Mondwest. Entre temps, le parc d’attractions Delos a fermé après que les événements du premier film ont été couverts par le journaliste Chuck Browning (Peter Fonda), salissant au passage la réputation de Delos. Alors que les robots ont été réparés et mis au point et que le parc s’est agrandi et s’apprête à rouvrir au public, Browning et sa collaboratrice Tracy Ballard (Blythe Danner) sont invités par le docteur Duffy (Arthur Hill), responsable du centre, afin de juger de cette nouvelle version et d’en découvrir les coulisses. Mais Browning, qui a été contacté par un homme mystérieux avant son départ et qui a été assassiné devant ses yeux, est persuadé que Delos cache à nouveau un secret…

Si Mondwest a fait l’effet d’une petite bombe dans le monde de la SF, Les rescapés du futur ne fut pas aussi bien accueilli que son prédécesseur. Pourtant, l’idée de départ était ingénieuse : plutôt que de livrer une banale séquelle dans laquelle on retrouverait l’histoire du film précédent, l’univers de Mondwest est développé et a évolué avec le temps, en faisant moins un film de SF qu’un vrai thriller d’enquête. C’est là, à l’évidence, que Les rescapés du futur tire toute sa force : Mondwest a été écrit à l’été 1972 et réalisé peu de temps après pour sortir à la fin de l’année 1973. Cette période coïncide avec le commencement du scandale du Watergate et les révélations faites par Bob Woodward et Carl Bernstein dans le Washington Post, qui donnera plus tard le grand film d’Alan J. Pakula Les Hommes du Président avec Dustin Hoffman et Robert Redford dans les rôles respectifs defutureworld Pétère et Stévène. Le Watergate ayant profondément affecté l’Amérique, des films comme celui de Pakula fleuriront au sein du Nouvel Hollywood, et Les rescapés du futur est indéniablement l’un de ceux-ci, bien que l’on puisse y déceler également une regard acide sur les parcs à thème Disney. Le choix de Peter Fonda, pilier du Nouvel Hollywood et de la contre-culture américaine, n’est probablement pas hasardeux, le duo de reporters qu’il forme avec Blythe Danner étant une intéressante déclinaison du duo Woodward/Bernstein, bien décidés à découvrir la vérité cachée par les responsables de Delos.

Le film fonctionne parfaitement comme une déclinaison de l’affaire du Watergate, et s’il réussit à être captivant du début à la fin, il garde néanmoins ses moments de faiblesse. La faute à une réalisation un peu trop plan-plan, un héritage télévisuel de Richard T. Heffron qui fait bien trop souvent ressembler le produit à un téléfilm. On est donc bien loin des prouesses techniques de Michael Crichton qui dirigeait son film comme un vrai western, privilégiant les plans larges pour des décors somptueux. Le thème du Far West étant absent du film, il est bien normal que l’identité visuelle change, mais celle-ci est bien trop inégale pour que l’on puisse s’en réjouir. On retiendra toutefois les effets spéciaux et visuels, puisqu’il s’agit là du premier long métrage de fiction à utiliser les effets CGI, ainsi que quelques séquences d’action et une scène onirique dans laquelle Blythe Danner est séduite par Yul Brynner qui, pour sa dernière apparition à l’écran, reprend le rôle qu’il tenait dans le film de Crichton.

Distribué par Sidonis, Les rescapés du futur est disponible depuis le 3 juin dernier dans un sympathique petit DVD qui propose le film dans un joli master très propre, sans défauts particuliers. Idem pour l’audio, disponible en deux pistes stéréo : l’on préférera la VO, mais la VF est un tel festival de quelques-uns de nos meilleurs doubleurs (Bernard Murat, Francis Lax, Marc Cassot, Claude Bertrand…) qu’il serait difficile de passer à côté. Côté bonus, une bande-annonce d’origine et une galerie d’images sont de la partie ainsi qu’une très sympathique intervention de l’auteur Christophe Champclaux dans un document intitulé Le futur selon Crichton : un titre très mal choisi, par contre, puisqu’il y est beaucoup moins question de l’auteur que du film présent sur le DVD.


A propos de Valentin Maniglia

Amoureux du bis qui tâche, du gore qui fâche, de James Bond et des comédies musicales et romantiques. Parle 8 langues mortes. A bu le sang du Christ dans la Coupe de Feu. Idoles : Nicolas Cage, Jason Statham et Michel Delpech. Ennemis jurés : Luc Besson, Christophe Honoré et Sofia Coppola.

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