Jurassic World : Fallen Kingdom


Après un premier volet aux pourtours de remake méta, voici venir Jurassic World : Fallen Kingdom (Juan Antonio Bayona, 2018) nouveau volet de la fameuse saga initiée par Steven Spielberg en 1994.

Le Royaume Déchu

Le dernier volet en date de la saga Jurassic Park (Steven Spielberg, 1994), à savoir Jurassic World (Colin Trevorrow, 2014) avait de quoi surprendre tant il assumait son statut de simili-remake, tentant de reproduire en plus gros et plus spectaculaire la recette à succès du chef-d’oeuvre initial. Son scénario, auquel on pouvait sûrement reprocher une écriture parfois stéréotypée pour ce qui concerne les personnages, réussissait toutefois à ré-empoigner de façon plus contemporaine, les grandes thématiques fondatrices de la saga. Proposant une vision fantasmée d’un parc à thème du jurassique qui aurait finalement ouvert ses portes en plus grand, Jurassic World étonnait en amalgamant consciencieusement cette course à la nouveauté, au clonage, et à l’hybridation à celle de la production Hollywoodienne contemporaine malaxant toujours les mêmes codes, les mêmes recettes. En étant un pamphlet contre lui-même tout autant qu’un manifeste de renonciation, l’objet faisait largement oublier ses faiblesses de caractérisation à condition d’accepter de le re-contextualiser dans l’échiquier du cinéma américain contemporain. On ne s’épanchera pas plus longtemps sur lui, toutefois, pour rendre plus clair l’argumentaire qui va suivre, je ne peux que vous inciter à faire un détour sur l’article écrit à l’époque de la sortie de Jurassic World.            

Ceci étant dit, revenons peut-être plus précisément à cette suite directe intitulée Jurassic World : Fallen Kingdom (Juan Antonio Bayona, 2018) qui retrouve les protagonistes du précédent volet cinq années après les événements catastrophiques survenus sur Isla Nubar. Pour rappel, alors que le parc était dans une dynamique florissante, accueillant des millions de visiteurs chaque année, tout avait tourné au vinaigre quand les équipes de laborantins du parc avaient un peu trop fait mumuse avec les échantillons d’ADN de dinosaures en leur possession. Ils avaient alors créé un monstre incontrôlable, l’Indominus Rex, carnivore hybride aux multiples facultés. Tel Frankenstein et sa créature – revisiter cette figure est une constante de la littérature et du cinéma fantastique – le monstre finissait par leur échapper et semer chaos et mort dans le parc. Le final, somptueux, voyait les animaux préhistoriques reprendre possession de l’Île. Cinq ans plus tard, donc, l’une des anciennes responsables de Jurassic World, la jeune Claire (Bryce Dallas Howard) devenue une militante de la cause dinosaure et son complice musclé, le dresseur de raptors Owen (Chris Pratt) sont sollicités pour une mission sauvetage sur l’île dont on apprend qu’elle serait menacée par l’irruption imminente d’un volcan. Une entreprise menée par un vieux complice du célèbre John Hammond, créateur de Jurassic Park, se propose d’organiser le transfert des dinosaures sur une île voisine appelée le sanctuaire qui avait été conçue pour accueillir les plus vieux animaux. Evidemment, la mission sur place ne se déroule pas comme prévu, Claire et Owen découvrant que les animaux ne vont pas être emmenés dans leur nouvelle île paradisiaque, mais sur le continent…

Vous l’aurez compris le scénario de Jurassic World : Fallen Kingdom reprend en tout et pour tout les intrigues mêlées des deux premières suites du chef-d’oeuvre de Steven Spielberg à savoir Le Monde Perdu : Jurassic Park (Steven Spielberg, 1997) et Jurassic Park III (Joe Johnston, 2001). Aussi, la sensation d’assister par moment à non pas un, mais deux (mauvais) remakes est bien plus pesante ici que dans le premier volet qui proposait davantage un film meta, en commentaire de son original. Avec cette nouvelle suite, et plus que jamais dans la saga dont cela a pourtant souvent été le talon d’Achille – le premier opus mis à part – c’est de toute évidence l’inconsistance du scénario qui pêche. La faiblesse de caractérisation des personnages principaux constatée dans le premier épisode n’est pas davantage réparée ici, alors même qu’une suite aurait dû/pu permettre de les faire quelque peu évoluer. Que dire alors des personnages secondaires, sidekicks d’une inconsistance confondante, répondant à des canevas stéréotypés au possible. On a ainsi le droit à une militante féministe et vegan mais quand même girly/sexy quand il faut, mais aussi le fameux geek à lunette trouillard qu’on appelle quand on a besoin de pirater un système informatique et qui répète inlassablement, en pianotant sur son clavier à toute vitesse « j’y suis presque, j’y suis presque » avant d’appuyer sur la touche entrer en lâchant un « bingo ! ». Ce genre de personnages dont la vocation est de faire so-2018 mais qui sont en réalité des clichés rétrogrades déguisés dont on aimerait enfin se détacher une bonne fois pour toute. Il y a toutefois dans cette galerie de personnages désincarnés, une note d’espoir contenue dans les yeux d’une petite orpheline incarnée par la jeune Isabella Sermon, qui à elle seule re-convoque le spectre du cinéma de Spielberg, de ses héros enfants, et des thématiques récurrentes d’une peur de l’abandon parentale.

C’est d’ailleurs quand il tente de revenir à la matrice de la saga et à retrouver un peu du style de son illustre modèle que Juan Antonio Bayona parvient à littéralement transcender, par moments éparses, ce scénario moisi. Le réalisateur du déjà quelque peu spielbergien, Quelques Minutes Après Minuit (2016) renoue par moments avec la tension de certaines grandes séquences horrifiques de la saga. L’une des séquences clés, surement la plus impressionnante de maîtrise, revisite certains motifs du cinéma de Spielberg – la chambre d’enfants, les monstres, l’enfance et ses traumas – convoquant, en vrac, le conte du chaperon rouge et l’évocation du monstre d’Alien, le huitième passager (Ridley Scott, 1979). Il faut dire qu’au-delà des influences du maître Spielberg ou des films d’horreurs en général, J.A Bayona s’était d’abord fait connaître dans un cinéma qui fait pas genre, avec son très remarqué L’Orphelinat (2007). Une ligne dans sa filmographie qui nous avait déjà laissé penser qu’il saurait aborder les séquences d’effroi avec bien plus de maîtrise que la mise en scène de Colin Trevorrow, dont il avait été souvent reproché à l’époque de manquer un peu de singularité. C’est finalement quand il s’intéresse vraiment aux dinosaures que Bayona fait œuvre d’une maestria indéniable, doublée d’idées visuelles fortes chargées en symbolisme – mention spéciale pour toute cette séquence se déroulant dans un musée paléontologique dans lequel de vrais dinosaures déambulent au milieu des ossements et fossiles de leurs congénères disparus. Mais si l’Espagnol prouve à ceux qui en doutaient encore qu’il est l’un des grands réalisateurs à suivre, il prouve aussi par la même occasion, qu’un grand cinéaste, tout aussi brillant et talentueux qu’il soit, ne pourra jamais transformer de la merde de dinosaure en diamant.

 


A propos de Joris Laquittant

Sorti diplômé du département Montage de la Fémis en 2017, Joris monte et réalise des films en parallèle de son activité de Rédacteur en Chef tyrannique sur Fais pas Genre (ou inversement). A noter aussi qu'il détient le record européen du plus jeune détenteur du diplôme d'éleveur de Mogwaï (il avait cinq ans et trois jours) et qu'il a été témoin du Rayon Bleu. Ses spécialités sont le cinéma de genre populaire des années 80/90 et tout spécialement la filmographie de Joe Dante, le cinéma de genre français et les films de monstres.

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