Raptor


Sorti de l’écurie Corman qui comporte les meilleurs pilotes de compétition pour conduire des films de série B et/ou Z bien pourris, Raptor est un film de science-fiction/horreur signé Jim Wynorski, l’un des plus prolifiques faiseurs de la firme, auteur des Komodo vs Cobra, ou encore du très fun Retour de la Créature du Lagon. Avec Raptor, il ne rompt pas à ses traditions, et propose l’un des films du genre les plus ubuesques et cultes malgré lui. Un chef-d’œuvre du nanar.

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L’Ere de l’Apeuprehistoric

Depuis 1993 et le succès du blockbuster Jurassic Park de Steven Spielberg, les petites productions habituées à produire des films en boucle pour l’industrie du DVD alors naissante à l’époque, se sont ruées sur l’effet de mode autour du revival des dinosaures. Roger Corman, d’abord découvreur de talents comme Francis Ford Coppola , Joe Dante ou encore Martin Scorsese, puis réalisateur adulé malgré un style singulier, finit aujourd’hui une longue carrière de nabab en produisant pour l’industrie du direct-to-DVD d’innombrables navets aux effets spéciaux ratés. Surfant le plus souvent sur les effets de mode, il propose constamment des alternatives aux blockbusters hollywoodiens, qui malgré leur piètre qualité parviennent à trouver leur public d’aficionados de l’absurde. Dont je suis.

Ayant la chance de partager mes études avec des cinéphiles un peu fêlés, nous avons pris l’habitude depuis un an de se réunir une fois par mois pour des « Soirées Nanars » – chose de plus en plus en vogue chez les cinéphiles, la soirée nanars remplace de plus en plus le cinéclub – à raison de trois films à chaque fois. En cela, j’ai sous le pied plusieurs ciné-bides à vous proposer, il me reste simplement à conserver le même courage qui me pousse à écrire celui de Raptor aujourd’hui, pour vous pondre les autres dans les prochains jours. Il ne faut pas grand-chose pour réussir une bonne soirée nanars, il suffit de faire une descente dans le magasin du coin qui revend des DVD d’occasion pour quelques centimes, et de piocher dans l’étagère des films en dessous d’un euro pour découvrir des atrocités rares que personne n’achète tant la pochette est déjà à gerber et que les titres annoncent d’avance la catastrophe. Les films de chauves souris sanguinaires se mêlent à des immondices d’une drôlerie incontestable comme certains films de karaté de vieillard dans lesquels Steven Seagal peine à lever la jambe pour effectuer un yoko-geri.

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Il ne faut pas beaucoup de mots pour expliquer le pitch de Raptor. En clair, dans une petite ville, de mystérieux meurtriers sanguinaires s’attaquent à la populace, un sheriff est sur le coup, ce sheriff c’est Eric Roberts (oui, oui, le grand frère de Julia) il est évidemment accompagné d’une blonde pulpeuse ( à noter que les blondes pulpeuses dans les nanars sont les principaux éléments qui déroutent le spectateur, elles sont tellement has-been que le spectateur se pose irrémédiablement la question “C’est de quelle année ce film ?” et reste complètement muet lorsqu’il apprend que c’est un film de 2001, alors que la gonzesse semble être bloqué dans les années 80) et tous les deux ils vont enquêter sur un mystérieux scientifique fou, qui travaillait jadis avec l’armée américaine (rien que ça) pour créer une armée de dinosaures ! Tout est dit. Passons désormais à l’explication de l’accident industriel. Tout d’abord, si vous avez eu la chance de voir la série de films Carnosaur produite par Roger Corman, vous constaterez rapidement que la plupart des scènes de Raptor sont ni plus ni moins que les scènes de Carnosaur avec des effets hideux ajoutés à l’image – le même genre d’effets qu’appliqueraient Kimberley ou Jordan sur leurs vidéos faites entre potes, alors qu’ils viennent de découvrir Windows Movie Maker, voyez le genre – mais de ce fait, on assiste à des changements de qualité d’image qui sautent aux yeux, impossible de passer à côté de ce bricolage de monteur qui à toutefois le mérite de faire sourire durant toute la durée du métrage. Ensuite, si vous considérez comme moi, que ce qui compte avant toute chose pour qu’un nanar soit réussi, c’est qu’il possède une pléiade de répliques cultes et badass, vous serez servis. Raptor les enchaîne à une cadence impressionnante. Entre les policiers qui se téléphonent tous les uns après les autres pour se gueuler : “Il y a un saligaud d’enfoiré dans le coin, à toutes les unités on recherche un saligaud d’enfoiré, trouvez moi ce saligaud d’enfoiré !” avant une scène d’anthologie ou un flic black prénommé… Douglas – comme tous les flics noirs dans les nanars – s’approche d’un raptor en lui hurlant “Vas-y attaque moi espèce de gros saligaud d’enfoiré !”, amusement de doubleurs ou réelles trouvailles du scénariste, je ne saurais que dire, mais après la vision du film je parie fort que ce “saligaud d’enfoiré” entrera dans votre parler de tous les jours. D’autres répliques sortent tellement de nulle part qu’elles marquent l’esprit, ainsi Eric Roberts philosophie sur le règne animal : “On dirait une attaque de requins, sauf que ça ne peut pas être des requins car il n’y a pas de requins dans le désert”, ou renonce à la blondasse bloquée dans les années 80 au gré d’un échange absolument culte : “Vous ne pouvez pas m’aimer, je suis une antiquité”. Mais celle-ci répond avec un regard passionnel : “Oh sheriff, vous savez, je suis une fan de brocante !”.

Au fil de leur enquête, nos deux flics à l’amour impossible vont entrer sur les traces de ce scientifique militaire un peu taré – interprété par Corbin Bernsen déjà vu dans Le Dentiste – qui les mènera jusque dans sa base secrète où l’on peut d’ailleurs entendre rien qu’en étant devant la porte, les cris des dinosaures emprisonnés à l’intérieur. “Police ! Qu’est ce que je viens d’entendre là ! C’était un cri ?” “Oh ça ? Non ! C’est un jet de vapeur !” “Ah, d’accord”. Les affrontements entre les Raptors et leurs victimes sont ridicules mais sanguinolents, et laisseront finalement place à un duel épique vu que leur maman (qui est une T-Rex, vachement logique) va graveraptor s’énerver mais finir par se faire bien éclater par notre super sheriff grâce à un chariot élévateur ! C’est d’ailleurs l’une des séquences les plus cultes du film étant donné que le chariot change de couleur d’un plan à l’autre, et qu’on entrevoit même sur l’un des plans que le chariot utilisé est un modèle type Majorette poussé contre un dinosaure en plastique par un technicien hors caméra (quoi que pas tout à fait hors caméra en fait).

 

Curiosité involontairement cheap, Raptor surfe sur la mode désuète des films de dinosaures qui au début des années 2000 était déjà bien dépassée. Si le film est foncièrement mauvais, il reste l’un de ces nanars vraiment cultes pour ses grands moments de bravoure ridicules, ses personnages complètements caricaturaux, le doublage français savoureux (un nanar en VOST a beaucoup moins de saveur), et ses répliques cultes à la pelle. Un réel bon moment en perspective. Et surtout faites attention ! Derrière vous, il pourrait bien y avoir l’un de ces saligauds d’enfoirés !


A propos de Joris Laquittant

Sorti diplômé du département Montage de la Fémis en 2017, Joris monte et réalise des films en parallèle de son activité de Rédacteur en Chef tyrannique sur Fais pas Genre (ou inversement). A noter aussi qu'il détient le record européen du plus jeune détenteur du diplôme d'éleveur de Mogwaï (il avait cinq ans et trois jours) et qu'il a été témoin du Rayon Bleu. Ses spécialités sont le cinéma de genre populaire des années 80/90 et tout spécialement la filmographie de Joe Dante, le cinéma de genre français et les films de monstres.

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