The Dinosaur Project 1


Un film de found footage façon Projet Blair Witch mais avec des dinosaures façon Jurassic Park ? Sur le papier, The Dinosaur Project, inédit en salles et en vidéo, fait clairement partie de ses films qui peuvent faire sourire, tout en suscitant quand même vachement la curiosité.

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Found footage de gueule

Depuis le succès du Projet Blair Witch (1999), le cinéma d’horreur a largement sur-investi le found footage, au point que bon nombre de spectateurs, amateurs de genre, en ont fait une véritable overdose. Si vous lisez régulièrement Intervista – et nous savons que c’est le cas, car vous êtes des hommes et des femmes (surtout des femmes d’ailleurs) de goût – vous savez que je fais partie des grands détracteurs de cette mode. Si je ne répugne pas particulièrement ce procédé, j’estime néanmoins qu’il donne lieu le plus souvent, il faut bien quelqu’un pour le dire, à des films de bas-étage, cachant leurs trop grosses lacunes scénaristiques et techniques derrière le pseudoamateurisme de leurs images. De ce point de vue, The Dinosaur Project n’échappe pas la règle, on nous ressort une énième fois comme argument que « ces images ont été retrouvées par les autorités et sont absolument authentiques » et qu’en cela, il faudra admettre de voir un film au montage totalement décousu et aux images irregardables. Soit. Et pourtant, l’idée de combiner le film de dinosaures avec le procédé de found footage était en soit plutôt original et malin. Car le film de dinosaures étant un sous-genre considérablement ré-apprécié depuis le génial Jurassic Park (1993), ce succès monstre a aussi eu l’effet pervers de donner des tonnes de films dérivés largement inspirés par le film de Spielberg, et surtout largement inférieurs, exactement comme ce qui s’est passé avec le found footage à la suite du fameux Projet Blair Witch. Aussi, lorsque le projet The Dinosaur Project fut présenté au Marché du Film à Cannes, beaucoup s’étonnèrent qu’aucun producteur n’eut déjà auparavant la présence d’esprit d’associer deux des sous-genres les plus lucratifs de ces dernières années, d’autant plus que l’association des deux proposait enfin un renouveau dans ces deux sous-genres en forte panne d’inspiration et de nouveautés.Voir le film de dinosaures, souvent acoquiné aux récits d’aventures, prendre la forme supposée du documentaire d’investigation naturaliste – même si encore une fois, aucun documentariste ne filme aussi mal que ceux des found footages… – s’avérait donc une plutôt bonne idée, et redonnait quelque peu d’intérêt pour cette mode envahissante, qui, hormis quelques audaces comme le Chronicle de Josh Trank (2011) ou le Troll Hunter de André Øvredal (2010) ne s’éloignait jamais vraiment du film d’horreur.

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Le pitch du film est très simple, et ressemble à tous les films d’exploration en terre des dinosaures vus depuis Jurassic Park. Cette fois, l’équipe d’explorateurs n’est pas accompagnée des meilleurs paléontologues, mais par une pseudo-équipe de tournage, dont les membres ont probablement tous perdu leur statut d’intermittents, au point d’être envoyés par le Pôle Emploi en stage au fin fond du Congo. Là-bas, ils apprennent l’existence d’une vieille légende – équivalente à celle du Loch Ness en Ecosse ou de Bigfoot aux Etats-Unis – selon laquelle un gigantesque dinosaure marin ferait trempette dans un lac du pays, en pleine forêt sauvage. Bien décidés à être embauchés sur les prochaines saisons de l’émission Man vs. Wild – pour refaire leurs 507 heures rapidement, et regagner ainsi leurs congés spectacles afin de revenir faire du tourisme sexuel au Congo – notre équipe de bras cassés de l’audiovisuel partent donc à la chasse aux images, et si possible de dinosaures. Mais si la plupart des tournages sont toujours perturbés par le petit stagiaire qui ne sait pas trop pourquoi il est là, cette fois, c’est le fiston du reporter qui s’infiltre clandestinement dans l’équipe. Tout ce beau monde se retrouve à bord d’un hélicoptère congolais pour se rendre à l’endroit où le gentil – mais gros – dinosaure aurait été aperçu. Bien évidemment, leur hélicoptère se fera attaquer par des ptérodactyles, et bien évidemment, il s’écrasera en pleine jungle. Toujours évidemment, dans un endroit coupé du reste du monde, et encore plus évidemment, leurs téléphones n’auront plus de batterie… Heureusement pour eux – mais pas pour nous – le jeune adolescent tête à claque embarqué clandestinement dans l’aventure est un pur geek – mais vraiment très doué pour ses quinze ans, il a du faire soit une classe prépa ingénieur en informatique, soit un entraînement au Djihad entre deux missions dinos au Congo – capable de réparer les téléphones aussi habilement que Sayid Jarrah, et même de faire des trucs de foufous avec sa GoPro ! On en reparlera.

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Car oui, le film en dehors de son pitch séduisant, se vautre par la bêtise – même pas assumée – de son scénario boiteux. S’enchaînent allègrement des situations plus stupides les unes que les autres. Le summum étant surement atteint quand des
chauves-souris dinosaures s’arrêtent béates sur le bord du fleuve alors que notre équipe de joyeux lurons prend tranquillement son bateau. On ne sait pas vraiment si le scénariste s’est auto-persuadé que le spectateur allait admettre sans mal que des animaux ailés allaient s’arrêter sur les rives d’un fleuve par peur de se mouiller, ou bien s’il s’agit en fait d’une espèce rare de dinosaures, le Padcerveausorus, incapables de comprendre à quoi peuvent vraiment leur servir une paire d’ailes… Quand il n’enchaîne pas les séquences what the fuck, le réalisateur décide de prendre définitivement le spectateur pour un idiot, en lui faisant croire que son héros adolescent peut, avec sa petite GoPro – pour les incultes du fond, il s’agit d’une petite caméra haute définition, super tendance, et utilisée le plus souvent pour filmer le sport extrême, ou les tueries dans les écoles – faire des zooms dingues, des images en vision de nuit – avec détecteur de mouvement s’il vous plaît ! – ou, encore plus fort, recevoir un signal wifi de la caméra attachée au cou d’un mini-dino sur plusieurs kilomètres – et sous l’eau ! Tout amateur de technique et d’image (ou de tueries dans les écoles, car malheureusement il en existe…) rira donc aux éclats en voyant ce jeune môme faire des images absolument dingues avec une GoPro premier prix achetée à la Fnac !

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Si le scénario ne vaut pas un clou et que les personnages ne sont guère plus intéressants, que sauver alors ? Pas grand chose à vrai dire. Mais qui dit film de dinosaures, dit bien sûr effets spéciaux. Sans être particulièrement honteux, les effets de
The Dinosaur Project font globalement assez pâle figure face aux mastodontes d’Hollywood. Plus que les effets numériques qui s’emploient à leur donner vie, c’est plutôt le bestiaire des dinosaures lui-même qui est un peu ridicule à côté des raptors et autres T-Rex de tonton Spielberg. Entre nos bien-aimés Padcerveausorus et les ersatz de raptors aquatiques et végétariens, aucun de ces animaux préhistoriques, même les plus imposants et voraces, ne font véritablement frémir comme leurs homologues ressuscités dans la saga Jurassic Park. A partir de ce constat, difficile de conseiller la vision de ce piètre essai, qui n’a de séduisant que son pitch de départ. Manque d’audace ou manque de budget ? Ce petit film de genre anglais n’est certes pas produit avec autant de billets verts qu’un film de Spielberg, mais plus que d’argent, c’est avant tout de talent et d’un bon scénario dont il manque cruellement.


A propos de Joris Laquittant

Sorti diplômé du département Montage de la Fémis en 2017, Joris monte et réalise des films en parallèle de son activité de Rédacteur en Chef tyrannique sur Fais pas Genre (ou inversement). A noter aussi qu'il détient le record européen du plus jeune détenteur du diplôme d'éleveur de Mogwaï (il avait cinq ans et trois jours) et qu'il a été témoin du Rayon Bleu. Ses spécialités sont le cinéma de genre populaire des années 80/90 et tout spécialement la filmographie de Joe Dante, le cinéma de genre français et les films de monstres.


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