Frankenweenie 4


On désespère depuis plusieurs années de voir Tim Burton suffoquer, en perte de vitesse, s’embourber dans une filmographie qui ne se réinvente plus, se recycle inlassablement, pire encore, se caricature. Le récent et bien fade Dark Shadows donnait encore davantage d’arguments à ceux qui pensaient que le génie de Tim Burton s’en était allé outre-tombe depuis des lustres. Sa version pop-bonbon à la gomme de Alice au pays des Merveilles marquant probablement le summum de sa décrépitude artistique, il était tout à fait louable de craindre que sa nouvelle association avec Disney tourne au vinaigre. Eh bien, tenez-vous bien les amis, il se pourrait bien que Sparky et Tim aient un point en commun, et de taille: la résurrection.

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Le Revenant

Les cinéphiles les plus férus grincent souvent des dents lorsque l’on associe les noms de Tim Burton et de Walt Disney. Les adorateurs du gosse de Burbank grinceront, au mieux, parce qu’avant de lui baiser les pieds, la firme aux grandes oreilles en avait fait un vilain petit canard qui dessina des années durant pour la maison sans jamais voir un seul de ses projets se concrétiser. Sinon au pire, parce que « Non tu comprends-han il a pas réalisé L’Etrange Noël de Mister Jack! ». Vous l’aurez compris, je répudie ceux qui citent cette dernière phrase, pire encore, je les maudis, tant cette phrase est usée jusqu’à la lie par des « cinéphiles en carton » persuadés de tenir là, l’information ultra-hype faisant d’eux des spécialistes de Burton. Arrêtons les salmigondis. L’Etrange Noël de Mr. Jack (1994) a beau avoir été réalisé par Henry Selick sous la bannière de Mickey, il n’en demeure pas moins l’une des pièces maîtresses de la carrière de Tim Burton. Il s’agit autant d’un film de Tim Burton que L’Empire contre-attaque (1980) est irrémédiablement et profondément un film de George Lucas – avec tout le respect que j’ai pour Irvin Kershner. Ceci étant dit, le cinéphile sensé, qu’il soit fan de Tim Burton ou pas, peut toutefois grincer des dents sur l’association Disney/Burton en pensant à l’immonde Alice au pays des Merveilles (2010) dans lequel les buissons numériques n’arrivaient jamais à se prétendre d’une quelconque poésie face aux sublimes taupières de Edward aux mains d’argent (1990): il s’agit là de ma comparaison métaphorique pour éviter une analyse de dix pages.

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Lorsqu’en 1984, Tim Burton réalise le court-métrage Frankenweenie pour Walt Disney Pictures, c’est déjà avec l’idée en tête d’en faire par la suite un long-métrage en animation. Ce sont en fait des raisons budgétaires qui l’en ont empêché et l’ont fait se tourner vers la prise de vues réelles. Le film, avec ses vingt-neuf petites minutes, devint très vite culte pour les fans – nombreux – des films de monstres des années ’30 à ’50 auxquels Burton rend hommage. Mais l’univers un brin macabre étant trop éloigné des contes de fées habituels de Disney où se côtoient princesses et oisillons, Tim Burton ne parvint pas à les convaincre d’en faire une version longue animée dans la foulée. Il fallut donc attendre presque vingt ans et l’enterrement de la hache de guerre entre les deux parties – maintenant copains comme cochons – pour que Tim Burton puisse concrétiser ce projet de longue date.

Frankenweenie raconte l’histoire du jeune Victor Frankenstein, un enfant brillant en sciences qui, en dehors de l’école, passe la plupart de son temps avec son meilleur ami: Sparky, un bull-terrier, avec qui il réalise des petits films d’attaques de monstres tels que Sparkytosaure – un must-see du genre. Le destin de Victor va complètement basculer quand Sparky va mourir, renversé par une voiture. Aiguillé par les cours de sciences de son nouveau professeur un brin timbré, Victor va ramener son chien à la vie. Ne parvenant pas à garder son expérience et la résurrection de Sparky secrète, Victor devra faire face à ses camarades de classe qui espèrent bien découvrir le secret de ce miracle et remporter le grand concours de sciences organisé par l’école.

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N’en déplaise à certains, si Frankenweenie peut en effet être apparenté comme un autre de ces films de recyclage que nous livre Tim Burton depuis plusieurs années, celui-ci parvient toutefois à surpasser nettement les films qu’il recycle. Le film constitue en fait un complément tout à fait honorable de plusieurs autres longs-métrages de la filmographie de Burton. En effet, un triptyque évident se dessine entre Frankenweenie et deux autres de ses films: Ed Wood (1994) et Mars Attacks! (1996), les trois rendant un magnifique hommage au cinéma de genre que Tim Burton aime tant. Par ailleurs, je suis de ceux qui, d’une part, préfèrent la partie pop, acidulée et colorée de la filmographie de Burton à ses dérives gothiques ultra-codifiées (qui tournent en rond depuis longtemps) et d’autre part, qui considèrent que le monsieur n’a jamais été aussi bon que lorsqu’il s’adonne à rendre compte de ce qui le constitue plus encore que son goût pour la poésie macabre: son immense amour du cinéma.

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Après un biopic plein de fantaisie sur la vie et l’oeuvre de Ed Wood que le cinéaste admire, un hommage aux séries de B à Z des 60’s, imbibé du spectre de la Guerre Froide avec Mars Attacks, c’est donc un brillant hommage aux films de monstres que fait là Tim Burton avec sa version longue de Frankenweenie. Il s’agit d’ailleurs d’un hommage particulièrement complet qui n’a rien à envier à une anthologie en quatre volumes sur l’historique du film de monstres. Si le scénario fait évidemment écho à l’adaptation de Frankenstein (James Whale, 1931), il cite tout autant La Fiancée de Frankenstein (James Whale, 1935) que Le Cauchemar de Dracula (Terence Fisher, 1958). Le twist final permet aussi à Tim Burton de s’amuser – comme jamais il ne l’avait fait depuis les folâtreries de Mars Attacks – invoquant une ribambelle de monstres: des mythiques kaïju japonais – principalement la tortue Gamera (Noriaki Yuasa, 1965) – à l’Etrange Créature du Lac Noir (Jack Arnold, 1954) ou d’autres monstres tout aussi cultes mais plus récents tels que les Gremlins (Joe Dante, 1984) ou le singe-rat de Braindead (Peter Jackson, 1992). Références évidentes pour les plus anciennes, plus évocatrices que concrètes pour les plus récentes, il n’en demeure pas moins que Frankenweenie transporte avec lui une vibrante ode à ce cinéma-là, un cri d’amour cinéphile de son auteur, qui témoigne qui plus est d’une profonde sincérité envers son sujet. Car Frankenweenie n’est pas un énième film commis par Burton à des fins commerciales, mais bel et bien son retour à un cinéma personnel, intime et inspiré par ses souvenirs et traumas d’enfance. Alors non, avec son dernier film, Tim Burton ne s’est pas unanimement vendu à Disney. Non, avec son dernier film, Tim Burton ne se répète pas. Non, je le redis, avec ce film, Tim Burton se retrouve, retrouve, et nous fait retrouver, au passage, l’amour de son cinéma.

Joris Laquittant


A propos Joris Laquittant

Sorti diplômé de la Fémis en Montage en 2017, Joris obtient son diplôme d'éleveur de Mogwaï dès l'âge de huit ans. Quand il ne dessine pas sur Dé'Ciné (decine.fr), il aime écrire sur le cinéma qui fait pas genre. Il est aussi membre fondateur de "L'Association pour la réhabilitation de l'importance de Walt Disney dans l'histoire du cinéma". Sa voyante dit que son signe astral est David Cronenberg ascendant Joe Dante, et il suit un traitement d'acupuncture trois fois par semaine pour soigner son addictions mono-maniaque aux flare bleus.


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4 commentaires sur “Frankenweenie