10 scènes d’horreur dans les films Disney (partie 2) 1


Deuxième partie de notre article collectif tentant de vous prouver que tonton Walt et ses successeurs n’ont pas fait de Disney qu’un havre de paix où l’on chante la paix et la joie de vivre, mais aussi une véritable usine à traumatismes d’enfance. Voici donc cinq autres séquences pour démontrer que Walt Disney fut lui aussi, à sa manière, un Master of Horror.


NB : Cliquez sur les miniatures pour avoir accès à une version plus grande, et sur les titres pour voir l’extrait sur Youtube.

 

En plein engrenageBASILE1
(Basil, Détective Privé – 1986 )

 

A bord de son adorable dirigeable, Ratigan cherche à s’enfuir avec Olivia en guise d’otage, le pauvre a vu son magnifique plan de méchant de dessin animé réduit à néant par Basil qui le poursuit à bord d’une montgolfière de fortune. Celui-ci le rattrape alors et nos trois rongeurs traversent la vitre de l’horloge de Big Ben. Ouverture en fondu, Basil rassemble ses esprits et contemple le merdier dans lequel il vient de se fourrer, en effet il est entouré des 5 tonnes de mécanismes composant la célèbre horloge, chaque engrenage lui semblant plus hostile l’un que l’autre. Ratigan n’a, lui, pas perdu le nord, et vient s’en prendre à notre mulot à peine réveillé, l’affrontement reprend et chacun de nos trois personnages se retrouve à son tour propulsé, menacé puis piégé par les terribles engrenages qui n’ont que faire de ces trois souris qu’ils pourraient écraser à tout moment. C’est à ce moment que Ratigan, apercevant Basil et Olivia s’enfuir, pète son câble et franchit la limite le séparant du dangereux scélérat d’un rat aux yeux injectés de sang qui prendra le dessus sur Basil dans un duel sur les aiguilles de l’horloge, l’écrasant d’une force qui ferait passer la bête pour un bébé octodon.

Cette séquence est l’assemblage de tous les éléments d’épouvante disséminés dans le film jusqu’alors. Dès la première minute, le film introduit ses deux thèmes : les automates et l’épouvante. En effet, le film se justifie d’une rare cohérence dans un Disney grâce à cette imagerie dotée d’un potentiel glauque parfaitement exploité au cours de la séquence de nuit dans le magasin de jouets, du piège tendu par Ratigan ou de l’exécution du plan de celui-ci visant à remplacer la Reine des Souris par un automate. Ce final au centre d’un décor composé uniquement d’engrenages n’est que la finalité logique de ce à quoi nous prépare le film. De plus, Ratigan y est constamment représenté comme un personnage vraiment dangereux (du genre à faire bouffer ses sbires inutiles par son chat), donc quand on le voit renier toutes ses bonnes manières pour devenir une bête assoiffée de sang dans cette séquence, la notion de climax prend tout son sens. La fin de ce film est un aboutissement logique, le pinacle d’une ambiance déjà suffisamment dérangeante comme ça durant sa première heure.

Ce qui est fort également, c’est que la séquence est déjà impressionnante visuellement et comme si tous ces engrenages et la bande son étaient plus que suffisants, le sound design y est presque inexistant. C’est à dire qu’en dehors des grincements et de la musique, on assiste limite dans le silence à tous ces événements : Quelques bruitages parsèment cette séquence, mais très étrangement, ils sont presque en retrait quand on les oppose à la force des événements. Et puis je ne sais pas, mais déjà que je n’étais pas spécialement à l’aise lors de certains jump scares (l’irruption de Midget, l’arrivée de Basil en costume traditionnel chinois, le kidnapping d’Olivia, etc) mais alors le jump cut qui nous rapproche du regard de Ratigan en train de brusquement se transformer en une bête assoiffée de sang, j’ai longtemps refusé de le voir. Le regard sombre, les sourcils froncés et les yeux injectés de sang dans un plan qui frôle le subliminal, il est là le plan qui marque la séquence, en lui conférant toute son ampleur, marquant la scission entre la course poursuite héroïque et une séquence dont le désespoir se lit jusque dans le regard de Basil. Une impressionnante conclusion à l’un des films les plus sombres des studios Disney.

par Nicolas Dewit

 


ROGER RABBITTrempette de chocottes géantes
(Qui veut la peau de Roger Rabbit ?, 1988)

 

Je vous pose la question : y a-t-il réellement eu une séquence plus flippante que celle de la transformation en toon du Juge DeMort ? Soyons francs. C’est à partir du milieu des années 1980 que le cinéma d’horreur pointe son nez çà et là dans les genres et les films les plus familiaux – Gremlins (Joe Dante, 1984) et Indiana Jones et le temple maudit (Steven Spielberg, 1984) étant les chefs de file de cette mode qui durera encore plus de dix ans – et il était tout normal que chez Disney, faiseurs de films familiaux par excellence, on finisse par s’y mettre aussi. Vous comme moi, nous avons tous lâché quelques gouttes dans la culotte en voyant, après un suspense insoutenable – écrasé par le rouleau compresseur, il se relève, complètement plat, parle avec une voix beaucoup plus aiguë puis se regonfle, le plan des yeux qui tombent par terre n’annonce alors rien de très rassurant pour la suite –, le juge révéler sa vraie identité : le grand méchant du film est un toon.

Là où le film de Robert Zemeckis réussit son coup, c’est qu’il a l’originalité de créer de toutes pièces un personnage ignoble, un vrai méchant à 100%, qui n’a aucun trait sympathique et qui inspire la peur la plus profonde. On ne voit pas venir ce retournement de situation, et pourtant, Eddie Valiant nous avait prévenus plus tôt dans le film, lorsqu’il parlait du toon qui a tué son frère : une voix stridente, deux yeux « rouges comme le sang »… Le masque est finalement tombé, et le résultat est horrifiant. Avant de se regonfler, DeMort dit à Eddie qu’il n’est « pas n’importe quel toon » : en effet, les toons, selon les dires du lapin et l’expérience qu’en a le spectateur depuis le début du film, « sont faits pour faire rire les gens », mais l’envie de rire ne prend pas une seule seconde, alors que même les fouines, toons de main du juge, étaient hilarantes.

Ce qui est le plus terrifiant chez ce personnage, c’est son apparence atypique : il est le seul personnage du film à avoir une apparence humaine mais en représentant le mal absolu, il est peu étonnant qu’il ait eu recours à cette fausse peau – sous laquelle il partage d’ailleurs une troublante ressemblance avec La Mort des Trois Lumières de Fritz Lang (1921). Son statut de toon le rend pourtant bien plus dangereux, et il le prouve en transformant ses yeux en couteaux ou encore en transformant sa main droite en de nombreux objets qui appellent à la peur, la souffrance ou la mort, comme cette scie circulaire qu’il agite comme une menace envers le héros pendant que des spirales rouges et blanches se forment à l’intérieur de ses yeux et que sa bouche forme un affreux rictus. Une image qui a hanté le soussigné pendant des années.

Valiant, à terre et à la merci du juge et de sa scie circulaire, va néanmoins réussir, par une astuce (de toon), à déclencher la machine à trempette, le fameux acide vert mis au point par le juge lui-même qui est le seul moyen de tuer un toon, et l’antagoniste est ainsi… liquidé. La fin du personnage, qui a lieu à l’endroit précis où on l’a rencontré pour la première fois, n’est, elle non plus, pas rassurante : la détresse dans le regard du juge est presque aussi terrible que la menace, et l’on entendra une dernière fois sa voix stridente crier « Je fonds ! » alors que son corps s’affaisse dans la trempette – une autre image marquante de l’imaginaire horrifique du film – pour que finalement, il n’y ait plus que ses vêtements et un affreux masque de caoutchouc qui subsistent. Après la dernière frayeur de ce cauchemar éveillé – car l’apparition et la disparition du personnage relèvent clairement du domaine du cauchemar – Toonville peut continuer à vivre tranquillement et à « faire rire les gens ».

par Valentin Maniglia

 


Release the Kraken !Ursula2
(La Petite Sirène – 1989)

 

À deux doigts – ou deux tentacules – de conclure son mariage avec le beau prince Eric, l’affreuse Ursula, grimée pour l’occasion en séduisante brune – ersatz de Cruella D’Enfer – se fait damer le pion, dans la dernière ligne droite, par la plus belle rousse de l’océan. Il n’en faut pas moins pour déchaîner sa colère. Le bleu du ciel passe du rouge au violet et accompagne la transformation redoutable de la femme fatale en immonde monstre géant. Soulevant l’océan à la simple force de sa corpulence, la femme-poulpe devenue Titan lâche un rire démoniaque à vous en glacer le sang. L’océan lui-même tremble de peur, devant l’horreur absolue. Se terminant par la confrontation de l’hideuse pieuvre à un navire dirigé par le vaillant Eric, la séquence est une évidente référence de la figure mythologique du Kraken et des nombreux tableaux et gravures représentant des pieuvres géantes attaquant des navires esseulés. Le summum de l’épouvante est atteint lorsque la proue du navire vient s’empaler – en gros plan – dans l’abdomen gluant de la monstrueuse céphalopode avant de nous la dévoiler, transpercée de part en part, et achevée par une salve d’éclair la réduisant à l’état de surimi, s’en allant nourrir les poissons. En multipliant ces images choc, la séquence d’une grande violence visuelle et sonore constitue sans nul doute l’un des moments d’épouvante les plus puissants de l’univers Disney. Considérée par beaucoup comme l’une des méchantes les plus terrifiantes, Ursula tient en grande partie sa réputation de cette scène particulièrement impressionnante qui a terrorisé des milliers d’enfants à travers le monde – et les mers – mais aussi – et on le sait moins – à la star du septième art qui fut son modèle.

Si l’on sait que le modèle ayant inspiré aux animateurs Disney les traits de la méchante Ursula est le travesti Divine – star des films de John Waters – c’est dans cette séquence que l’inspiration prend tout son sens. Davantage féminine durant tout le début du film – malgré sa corpulence imposante et son maquillage un peu trop appuyé – la pieuvre récupère lors de sa transformation quelques attributs masculins, une voix roque et dissonante – qui résonna longtemps dans mes cauchemars d’enfant – et un faciès largement moins séducteur. Ursula apparaît plus que jamais comme un travesti, et l’influence du personnage de Divine, travesti trash parfois terrifiant, plane considérablement sur cette séquence.

par Joris Laquittant

 

 

 

 


toystoryv2Jeux d’enfants ?
(Toy Story, 1995)

 

Dans le premier long-métrage des studios Pixar, co-produit par Disney, on ne manque pas de se souvenir de la première apparition des jouets de Sid, le voisin d’Andy. Alors que Woody et Buzz sont bloqués dans la chambre du garçon, ils découvrent dans l’obscurité ambiante de la pièce les jouets mutants de ce dernier, déjà annoncés par la poupée à tête de ptérodactyle qu’il donne à sa sœur. Ainsi, les deux jouets d’Andy découvrent cette tête de bébé enfermée à l’intérieur d’une lampe à lave, les jambes de Barbie surmontées d’une canne à pêche verte en guise de corps, le buste de Big Jim à tête de canard, et bien sûr, le plus mémorable d’entre tous, l’araignée mécanique à tête de bébé aux cheveux arrachés.

Si la séquence n’est pas réellement destinée à faire peur au spectateur – preuve en est faite des différents gags qui parsèment ces quelques minutes –, il n’en apparaît pas moins évident que ces jouets sont un héritage du cinéma d’horreur classique. Sans qu’ils apparaissent comme des références explicites à telle ou telle œuvre, ils renvoient d’une manière ou d’une autre aux monstres qui ont écrit la légende du cinéma de genre, la créature de Frankenstein étant indirectement citée, tout comme la monstruosité physique du Fantôme de l’opéra interprété par Lon Chaney en 1925, Godzilla, ou encore la soif de sang de Dracula (« Ce sont des cannibales ! »). La main verte qui effraie Woody en jaillissant hors d’une boîte semble même profiter d’une référence, plus légère, à la Chose de la Famille Addams.

Mais en réalité, le vrai personnage qui semble tiré tout droit du cinéma d’horreur, c’est Sid lui-même, qui perpétue une certaine tradition du cinéma d’horreur classique qui a tendance à représenter des savants fous obsédés par la création et la modification. Ce qui rend effrayant tous les jouets de Sid, d’ailleurs, c’est leur particularité à posséder au moins un élément qui a une forme humaine – que ce soit les jambes, les bras, la tête, le buste ou la main, ils ont tous cette caractéristique déroutante. Le garçon est sans aucun doute plus âgé qu’Andy, mais le savant fou prend les traits d’un adolescent au look « skin des années 90 » et avec un appareil dentaire. La différence mentale et physique du personnage du savant est ainsi réadaptée en clef moderne ; ce n’est d’ailleurs pas par hasard que les mutants se révèlent être au final de gentils jouets qui vivent malheureux dans les profondeurs obscures de la chambre de Sid. Chez les jouets comme chez les toons de Qui veut la peau de Roger Rabbit ?, il ne peut y avoir de méchants chez les amis des enfants. Il suffit d’une exception…

 

 

par Valentin Maniglia

 


L’ombre du pendutarzanv2
(Tarzan – 1999)

 

Clayton, le méchant de Tarzan, n’est pas des plus charismatiques. Au contraire, sa petite moustache prête à sourire et son « changement de bord » est prévisible dès le début du film. C’est donc après que Tarzan se soit échappé du bateau où il était retenu en otage avec sa belle et son futur beau-père (enfin j’en sais rien, ils se sont mariés avec Jane ?), qu’a lieu la fameuse bataille entre le héros et le vilain, climax de tous les Disney. La plupart du temps, les méchants chutent accidentellement dans des profondeurs abyssales, le héros ne tue (presque) jamais. Et ce dessin animé ne déroge pas à la règle. Sauf que cette fois ci, le méchant ne chute pas, mais se pend en sabrant des lianes pour blesser l’homme singe. Si nous ne voyons pas le cou se briser, nous voyons, furtivement, l’ombre du pendu se dessiner sur le tronc des arbres entre deux éclairs. Et c’est là la première fois que nous apercevons un « cadavre humain ». Car dans les Disney, c’est comme au théâtre, on ne meurt pas sur scène, c’est vulgaire.

À vrai dire, il est rare, de base, de voir un corps mort dans un Disney, les méchants (souvent transformés en animaux) s’évanouissent en mettant fin à un sortilège, tombent si profondément qu’on ne voit pas leurs restes, et j’en passe. On aperçoit de temps à autre un cadavre animal – Mufasa dans Le Roi Lion (1994) – mais cela reste rare. Les seuls corps humains aperçus inanimés sont soit sous l’emprise d’un sortilège – Aurore dans, La Belle au Bois Dormant (1959) – ou sauvés in extremis – Megara dans Hercule (1997). Même si cela ne reste qu’une ombre, l’image du pendu reste gravée dans nos mémoires et nous sort de l’imaginaire d’un dessin animé pour nous rappeler à la réalité. La scène de bataille précédant la pendaison est aussi une scène d’une rare violence ou la folie défigure le méchant – rappelant le visage de Gaston dans La Belle et la Bête –, la plupart du temps ils restent assez stoïques, fiers de leur coup, mais plus pour longtemps.

Mais Tarzan est l’un des meilleurs films d’animation des dernières décennies. Un peu oublié au profit des princesses, il reste l’un des films les plus aboutis concluant l’âge d’or des années 90 des studios. Je ne reviendrai pas sur le traitement de l’intégralité des personnages, ni du dessin et encore moins de la fantastique BO proposée par Phil Collins.

par Angélique Haÿne


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