La bête de la caverne hantée (Monte Hellman, 1959) a longtemps été disponible uniquement en DVD chez Bach Films dans une version brute et non restaurée. Elephant Films offre enfin la haute définition sur blu-ray à cette production horrifique très fauchée, typique d’une époque où les frissons bon marché se vivaient au drive-in du coin.

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Casse de neige
Au début des années cinquante, une quantité impressionnante de films à petit budget surfent sur la vague de l’anticommunisme paranoïaque engendrée par le maccarthysme. Science-fiction et horreur se partagent le créneau de la métaphore du péril rouge, comme l’atteste l’impressionnant ouvrage de référence en deux volumes Keep Watching The Skies de Bill Warren. Quelques chefs d’œuvres échappent à la caricature en proposant des nuances thématiques, un budget honnête ou simplement une mise en scène efficace : on pense à Le jour où la terre s’arrêta (Robert Wise, 1951), Le météore de la nuit (Jack Arnold, 1953) ou encore L’invasion des profanateurs de sépulture (Don Siegel, 1956). Mais la plupart exploite sans subtilité la peur irraisonnée des Américains envers une « menace communiste » venue d’ailleurs ou, pire, de l’intérieur. Roger Corman débute dans le métier à cette époque et tire naturellement profit du genre avec quelques films très désargentés comme The Beast with a Million Eyes (1955) ou It Conquered the World (1956). En 1959, il part dans le Dakota du Sud pour mettre en chantier deux longs métrages, avec les mêmes acteurs et les mêmes décors, comme il était d’usage de le faire pour limiter les frais : le premier, celui qui nous intéresse, est produit par Gene, le frère de Roger, et réalisé par Monte Hellman, dont c’est le premier film, sous le titre passablement ronflant de La bête de la caverne hantée, tant les susnommées « bête » et « caverne » sont très anecdotiques dans cette histoire de gangsters des neiges. Le quartette des truands est formé de trois hommes – Alexander, le boss (Frank Wolff), Marty (Richard Sinatra) le beau gosse de service, Byron (Wally Campo), un side-kick « humoristique » à la Joe Pesci – et d’une femme, Gipsy (Sheila Noonan), une blonde désabusée et alcoolique que le patron du gang a sorti de la mouise par le passé. La bande planifie le braquage d’une chambre forte près d’une station de sports d’hiver et prévoit à cette fin de détourner l’attention en faisant sauter une mine abandonnée, puis de quitter les lieux à ski avec Gil, un guide (Michael Forest) dans l’attente d’un complice qui viendra les récupérer en avion. Marty se rend à la mine la veille du forfait avec sa dernière conquête, Natalie (Linné Ahlstrand), la serveuse du bar de l’hôtel, et en profite pour placer la bombe. Mais la caverne est habitée par une horrible chose à tentacules qui s’en prend à la jeune femme.

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Racoleuse à souhait (et plutôt réussie dans le genre) l’affiche d’époque (non reprise par Elephant Films, quel dommage) est censée annoncer la couleur, si on peut dire cela d’une œuvre en noir et blanc. La réalité est beaucoup plus prosaïque : pas de scream queen à moitié dénudée (la charmante Linné Ahlstrand a beau avoir posé dans Playboy, c’est l’hiver et elle est vêtue en conséquence !) ni de monstre géant aux multiples appendices. On a le sentiment que ce dernier, qu’on ne voit entièrement que lors de la confrontation finale, a été bricolé avec les moyens du bord pour un résultat qui s’apparente au croisement entre une araignée estropiée et une taupe zombifiée qui maintient en vie ses victimes pour se nourrir. Les scènes où on les découvre prisonnières de leurs cocons de toile sont d’ailleurs les seules qu’on peut vraiment qualifier d’horrifiques. Le moment où Natalie, enveloppée dans une camisole tissée par la créature, ouvre brusquement les yeux n’est d’ailleurs pas sans rappeler Aliens (James Cameron, 1986), qui contient une scène à peu près similaire. De là à conclure que son réalisateur s’est inspiré de ce très anecdotique La bête de la caverne hantée, il y a un pas gigantesque qu’on ne franchira évidemment pas (même si Cameron a travaillé pour Corman, rappelons-le). Dans la première moitié du film, la créature semble être une métaphore de la culpabilité qu’éprouve Marty envers Natalie et incarne ensuite la psychose collective qui saisit le groupe dans ce chalet isolé où il est coincé. Cette ficelle du huis clos est souvent utilisée dans l’horreur ou la science-fiction sans-le-sou de cette période : on peut citer par exemple Day the World Ended (1955) de Roger Corman lui-même ou encore L’Incroyable créature de l’espace (Robert Clarke, 1957). C’est pratique et peu coûteux. Malgré la pauvreté du budget, la psychologie de certains personnages est creusée de façon plutôt convaincante et quelques acteurs sortent du lot, en particulier Sheila Noonan, en Gypsy prématurément vieillie par ses excès et par une vie passée aux côtés d’un bandit macho et violent. Richard Sinatra (le fils de Ray, chef d’orchestre et cousin de Frank) s’en sort également avec les honneurs en jeune truand sûr de lui qui va devoir porter son fardeau jusqu’au bout. Pour autant, La bête de la caverne hantée ne restera pas parmi les classiques du genre, loin s’en faut.
La version présentée ici comporte 7 minutes de plus que celle que l’on connaissait précédemment, sans que les scènes additionnelles (un repérage photo par les braqueurs au début du film, par exemple) apportent grand-chose à l’ensemble. La restauration a permis de corriger certaines imperfections et retirer un peu de poussière mais n’a pu faire de miracle : il s’agit quand même d’une série Z de la fin des années 50 ! Côté bonus, Stéphane Du Mesnildot voit dans cette production un mélange de film noir, de fantastique et de western, et en profite pour parler longuement de Monte Hellman, un réalisateur qui selon lui a toujours été en marge. Ski Trop Attack (1960), réalisé comme complément de programme dans la foulée avec la même équipe par Corman, est également offert en supplément. Il s’agit d’un petit film de guerre, l’histoire d’une patrouille de reconnaissance américaine, composée de quatre hommes très différents, quelque part dans les montagnes allemandes durant l’hiver 1944. On y trouve des stockshots, quelques escarmouches mollassonnes avec des patrouilles nazies, des stockshots, la rencontre avec une Allemande esseulée dans une cabane (Sheila Noonan), des stockshots et une course-poursuite sur fond de mission de sabotage d’un pont (avec une jolie maquette de train). On y croise aussi Corman lui-même en officier allemand ! Tout ça n’est ni très réaliste ni très crédible, mais amusant à regarder dans la foulée de La bête de la caverne hantée, ne serait-ce que pour les rôles très différents joués par chacun des acteurs.



