Ticks


Prêt pour une balade en forêt ? Vous avez pris vos insecticides ? Parce que vous allez en avoir besoin… Ticks (Tony Randel, 1993) débarque sur Shadowz pour le plaisir de tous les amateurs de séries B. Mais sous ses airs de film popcorn et ses créatures ragoutantes se cache quelque chose de bien plus angoissant…

Une femme tient devant elle, intriguée, un gros insecte gluant dans le film Ticks.

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Tiques sous stéroïdes

Il fait beau, c’est l’été, on est en 1993 et le week-end pointe enfin le bout de son nez. On va pouvoir se ruer au vidéoclub du coin pour chercher la perle rare. Jaquette accrocheuse et synopsis alléchant, Ticks (Tony Randel, 1993) trouve sa place au rayon VHS horreur parmi les meilleurs du genre. On y retrouve d’ailleurs Tony Randel à la réalisation, Brian Yuzna à la production et Doug Beswick aux effets spéciaux (Terminator, Darkman, Aliens)… C’est déjà trop alléchant, c’est parti, on va la louer cette VHS ! Tony Randel c’est tout d’abord un monteur d’effets spéciaux. Sous la coupe de Roger Corman chez New World Pictures, il travaille sur Les mercenaires de l’espace (Jimmy T. Murakami, 1980) et enchaîne l’année d’après avec New-York 1997 (John Carpenter, 1981) en tant que coordinateur des effets spéciaux. Il passe ensuite à la réalisation avec Hellraiser 2 : Les écorchés (1988) et le pardonnable Amityville 1993 (1992). On connaît bien le goût des monstres géants de Monsieur Corman et il semblerait que Tony en ait quelque peu hérité…

Une jeune femme observe, bouche bée, un mur fait de grosses larves ; la lumière est bleutée, comme s'il faisait nuit ; plan issu du film Ticks.

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A l’instar d’Arachnophobie (Frank Marshall, 1990) sorti deux ans plus tôt, Ticks (1993) joue la carte des animaux tueurs ou plutôt des insectes tueurs. C’est l’histoire d’une bande de jeunes adolescents partis en week-end à la campagne pour se mettre au vert. S’efforçant tant bien que mal de s’acclimater avec la nature, ils vont bientôt se rendre compte que la tâche n’est pas aussi aisée. L’escapade se transforme en cauchemar lorsque des tiques mutantes débarquent avec pour seul objectif de sucer leur sang. Simple, efficace, véritable produit du marché vidéo, le film assume pleinement ses allures de série B. On sort de nouveau la recette et la sauce prend instantanément ! Oui, les personnages stéréotypés sont bel et bien présents : la bimbo, la weirdo, le macho, le geek, le redneck de la station-service et même le chien sobrement appelé Brutus… On transpose tout ça dans un chalet miteux au bord d’un lac façon Vendredi 13 (Sean S. Cunningham, 1980) et c’est parti ! Mais comme évoqué plus haut, cette fois, pas de tueur sournois ni de boogeyman, ce sont les tiques qui se chargent de dézinguer cette bande de jeunes ingrats. On retrouve d’ailleurs au casting quelques têtes qui font plaisir. Tout d’abord, le jeune Seth Green, célèbre pour son rôle de Oz dans Buffy contre les vampires (Joss Whedon, 1997-2001) ou encore Alfonso Ribeiro le fameux Carlton du Prince de Bel Air (Andy & Susan Borowitz, 1990 – 1996) dans sa version loubard. Dans un autre registre, c’est la famille Howard qui s’invite en “méchants de la campagne”, avec Rance et Clint Howard, père et frère respectifs du célèbre réalisateur, acteur et producteur Ron Howard. Un sacré cocktail qui contrairement à ce que l’on attendait, se trouve enrichi par l’écriture des personnages. Malgré leurs traits dépeints assez lourdement au début, nombre d’entre eux possèdent des faiblesses et un passif plus ou moins lourd que l’on découvre au fur et à mesure du récit, permettant ainsi de dépasser la simple représentation archétypale. On regrettera cependant leur évolution bien trop simpliste, laissant ainsi l’impression de vouloir combler un vide plutôt que de servir le sujet.

Quant au scénario, on ne s’éloigne pas non plus des codes du genre. Ne vous attendez pas à de grandes surprises, encore une fois, la recette fonctionne. Et avouons-le, ça fait toujours plaisir de déguster un bon vieux plat d’enfance et Doug Beswick, responsable en charge des effets spéciaux, en est pour beaucoup. Déjà, c’est lui l’initiateur du projet : s’étant fait piquer par une tique lors d’une escapade champêtre dans les années 70, l’idée a fini par éclore pour nous pondre 20 ans plus tard ce pitch. Alors le monsieur sait de quoi il parle et le résultat est incroyable ! A coup d’animatroniques et de stop-motion, ces tiques mutantes marchent, courent, sautent avec un réalisme redoutable. Elles dégoûtent autant qu’elles terrorisent et la dose de gore plutôt jouissive participe largement au plaisir coupable procuré par le film. D’autant que Tony Randel y amène un second degré, tant dans ses effets grotesques, qu’avec de bonnes vieilles vannes 90’s, donnant naissance à des situations assez drôles. On l’a déjà vu à l’œuvre Tony et l’on est forcé de constater qu’il cherche et tâtonne toujours entre différents styles. Avec ses caméras au ras du sol, ses grands angles déformant les visages, certaines scènes rendent plus hommage à Sam Raimi qu’elles procurent de réelles envolées cinématographiques. Les références se font par ailleurs nombreuses, on pense notamment à The Thing (John Carpenter, 1982) sur la séquence finale, poussant le genre et la métamorphose à son paroxysme. Alors oui, certaines scènes relèvent du kitsch, des décors qui bougent, des gueuses dans le champ pour bloquer les véhicules, mais on passe sur ce genre de détails tant le film relève d’une prouesse pour un budget d’1,5 Millions de dollars et 20 jours de tournage… Effectivement, on est bel et bien loin d’un Jurassic Park (Steven Spielberg, 1993) sorti la même année, c’est bien ce qui fait son charme !

Un insecte géant attaque le visage d'un homme portant une casquette et ne barbe grise de trois jours dans le film Ticks.

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Au-delà d’une série B bien matelassée, certains y trouveront leur compte sur un autre plan. En effet ce qui est d’autant plus intéressant c’est la manière dont le scénariste Brent V. Friedman nous livre une ode à la nature. Ici elle devient le véritable antagoniste. Loin du béton et des gratte-ciels de Los Angeles, la nature a des airs hostiles dans les yeux de ces jeunes. Elle est omniprésente, elle encercle, elle isole, elle est la véritable incarnation de tout ce qui peut faire peur et de tout ce qu’ils ignorent. L’étau se resserre petit à petit, d’abord avec ces tiques mutantes qui se reproduisent en masse, puis c’est le feu qui ravage les hectares de forêt et enfin la gigantesque créature mère dans tous ses états. Toutefois ces créatures, cette nature, ne fonctionnent que sur un système de survie, au détriment des humains devenus dorénavant leurs proies. On notera d’ailleurs que la mutation de ces insectes est la conséquence de l’utilisation de stéroïdes par des fermiers locaux pour améliorer les rendements de plantations de marijuana, gérées par une machine de métal dont la séquence d’introduction laisse le spectateur sans aucun entendement : elle tourne, elle broie, elle écrase et extrait violemment sa substance sans se soucier de ce qu’elle incombe. Elle est l’industrialisation de la nature, la surproduction rentable, au détriment de l’ordre des choses. Accident, certes, mais dont l’homme est clairement tenu pour responsable et en paye les conséquences. Sous ses airs de série B jouissive, Ticks nous livre finalement un véritable propos écologique et critique d’une société qui utilise et pollue tout ce que bon lui semble pour arriver à ses propres fins. Il est désolant d’admettre qu’en déjà presque 30 ans, cette profonde angoisse et l’ombre que projette un tel sujet soit toujours aussi présent…

Si vous n’avez pas connu l’époque des vidéoclubs parce que vous êtes trop jeune, ou si le film vous laisse un souvenir nostalgique pour les autres, il est encore temps de le visionner grâce à la plate-forme Shadowz. L’objet a d’ailleurs bénéficié d’une restauration qui permet de le redécouvrir comme il se doit. Sachez qu’à partir de maintenant, vos balades en forêt n’auront certainement plus le même goût…


A propos de Jean Stefanelli

Élevé dans une maison où l'on déguste des têtes de veaux sauce gribiche au doux son des bols tibétains, Jean a réussi à trouver son équilibre en matant 10 fois par semaine l'intégrale des contes de la crypte. Ses cheveux d'immigré italien se dressèrent sur sa tête le jour où il découvrit l'Enfer des Zombies de Fulci et c'est pourquoi aucune nouvelle histoire ne lui vient sans qu'il n'écoute Fabio Frizzi. Féru d'écriture et d'univers onirico-horrifiques, il réalise des films et emmerde son chef-op pour qu'il lui fasse une séquence à la De Palma dans Pulsions, mais bon, n'est pas Brian qui veut... Retrouvez la liste de ses articles sur letterboxd : https://boxd.it/riEIs

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