Retour à rebours sur l’un des succès estivaux de l’année : Spider-Man : Brand New Day (Destin Daniel Cretton, 2026), et le moins que l’on puisse dire c’est que derrière la renaissance du personnage qui nous était promise se cache en vérité un remake (à peine) déguisé.

© Marvel / Sony
Spider-Man : Brand New Reboot

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Dans l’histoire des adaptations cinématographiques du très célèbre personnage qu’est Spider-Man, aucune n’avait jusqu’alors outrepassé le cap de la trilogie. Cette nouvelle version incarnée par Tom Holland semble donc briser la malédiction qui pesait jusqu’alors sur la mise à l’écran des aventures de l’homme-araignée. Et pour sûr, Spider-Man : Brand New Day aura su miser sur son attente. Outre le changement radical de réalisateur – puisque Jon Watts a été remercié pour sa gestion jugée discutable de la première trilogie – et la volonté affichée des producteurs du MCU (Marvel Cinematic Universe) de repartir de zéro, c’est surtout la montagne de projets qui précédèrent ce nouveau film qui ont fait monter la sauce pour le retour de l’homme-araignée. Destin Daniel Cretton, déjà à l’œuvre sur Shang-Chi et la Légende des Dix Anneaux (Destin Daniel Cretton, 2021) du même Marvel Studios, est alors appelé pour reprendre le mantra complexe du personnage et revenir à la base. Cette révolution va même jusqu’à déconstruire toute la continuité créée dans la trilogie originelle de Jon Watts en usant du postulat du dernier film, Spider-Man : No Way Home (Jon Watts, 2021) : tout le monde a oublié que Peter Parker est Spider-Man. L’occasion rêvée, pour Kevin Feige et ses équipes, de relancer la machine depuis le début et de s’offrir habilement une sorte de reboot du personnage. Exit donc la dépendance maladive à tel ou tel personnage « adulte » : cette fois-ci Peter Parker doit s’en sortir seul, avec ses nouvelles responsabilités de grand garçon. Le point de départ narratif est donc simple : le jeune Parker doit se refaire seul, sans la technologie de Tony Stark, sans la présence de Tante May, sans la magie de Doctor Strange et sans le soutien indéfectible de ses amis les plus proches. Il est presque fauché, reclus dans un appartement en solitaire pour éviter d’attirer trop les soupçons sur son identité. Si Spider-Man est bel et bien connu et reconnu de tous les New-Yorkais, en travaillant étroitement avec la police notamment, Peter Parker n’est quant à lui plus qu’un fantôme, condamné à vivre une double vie. Et pour couronner le tout, progressivement, il s’aperçoit que son corps est en proie à une violente métamorphose. Autrement dit, Peter vit un passage à l’âge adulte à la vitesse de l’éclair, alors même que les trois précédents films peinaient à le faire sortir des salles de classe.

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Si Brand New Day décide de mettre la vitesse supérieure quant au développement du personnage, on est en droit de se demander à quel prix. La nouvelle tentative de Cretton, souffre d’un rythme indigeste : s’il est trop long pour ce qu’il veut raconter – les trop nombreuses intrigues ont tendance à se noyer les unes dans les autres sans jamais être pleinement traitées –, il reste aussi trop souvent en surface quand il s’agit de développer la psychologie en mouvement de Peter. Le but véritable du film étant moins de développer le personnage de Spider-Man que d’intégrer progressivement les mutants (ou fameux X-Men) dans l’univers du MCU. À force d’introductions forcées de mutants et super-héros secondaires (Le Punisher, Black Widow, Hulk et même Jean Grey), Spider-Man semble parfois un peu étranger au sein de son propre film. Mais à vrai dire, tout connaisseur.se de comics sait que ce genre de chose n’est pas étonnant : il arrive souvent que les crossovers soient un vomi de références, et ce même sur le papier. Il faut avouer que sur le principe, la présence mal dissimulée (même pendant la promotion de l’opus) de Jean Grey n’est pas si surprenante, étant donné le passif de l’homme-araignée dans les comics, où il a souvent été aperçu aux cotés des X-Men. Néanmoins l’intégration de la mutante dans le film ne semble servir, de façon ostentatoire, qu’à installer un tremplin pour le personnage qui devrait avoir une place de choix dans les prochains projets du studio, dans un futur proche. Elle justifie sa présence par une évolution du personnage qui nous a arraché une petite larme. Le personnage de Jean Grey a toujours été chouchouté dans les adaptations, tous studios confondus, au point d’être ressuscité constamment. Dans Brand New Day, pourtant complètement inconnue au bataillon par le public du MCU, elle parvient à apporter quelque chose de sensible à la mise en scène : être rejetée pour sa différence par les personnes envers lesquels on a le plus confiance… La dureté de cette thématique nous amène à toujours douter de l’antagonisation de la jeune mutante dans le film, et c’est clairement un des points forts de cet opus. Nous ne pouvons pas non plus être totalement insensibles aux difficultés que traverse Peter Parker : c’est un personnage qui est brisé et qui tente d’aider au maximum d’autres âmes en colère. Un sous-texte qu’apprécieront beaucoup d’adolescents et jeunes adultes vivant de dures épreuves à devoir s’assumer, au prix de devoir, parfois, claquer la porte derrière eux sans se retourner. L’excellente idée du film est d’enclencher la métamorphose de Peter au pire moment : lorsqu’il est acculé, qu’il ne peut plus compter sur qui que ce soit et qu’il se rend bien compte que même s’il voulait renouer avec MJ, cette dernière s’est déjà construite en dehors de son radar – en atteste le moment où elle embrasse un autre homme devant Peter. Mais le problème, c’est que cette métamorphose, bien qu’étant un élément scénaristique intéressant et pertinent, n’est traité qu’en surface – comme un power-up – n’arrivant donc pas à aller jusqu’au bout de son propos sur les transformations corporelles, contrairement aux théories qui voulaient que « Man-Spider » – Peter Parker qui, dans les comics, aurait subi une métamorphose violente au point de devenir une araignée humanoïde – en soit sa finalité. La métamorphose est une conséquence logique de son état émotionnel, mais elle apporte surtout avec elle son lot d’interprétations sur le contrôle médical des corps. Le film le dit lui-même : il est nécessaire de faire attention à ce qu’on souhaite contrôler dans son corps car on pourrait en perdre ce qui fait de nous ce que nous sommes. À l’instant même où le film est sorti, une grande partie des fans de la franchise, majoritairement de la communauté LGBTQIA+, s’est emparée de ce ressort narratif et est parvenue à analyser la probabilité que Peter Parker transitionne – et au même moment, de nombreux fan-arts le représentant en tant que femme trans (Petra Parker), ont refait surface. Si la métamorphose permet aux fans de faire chauffer leurs claviers, il est tout de même bien dommage que le film n’assume pas autant cette question, alors même que d’autres la traitent à l’intérieur même de sa mise en scène (Spider-Man : Across The Spider-Verse, par exemple, avec le personnage de Spider-Gwen), laissant plutôt son public effectuer le travail.

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Plus généralement, le film reprend une formule largement éculée dans les différentes franchises mettant en scène le Tisseur, et cela de la manière la plus fade possible. Peut-être vous souvenez-vous de la longue descente aux enfers du personnage dans Spider-Man 2 (Sam Raimi, 2004) ? Le jeune Peter Parker n’arrivait pas à joindre les deux bouts : entre études, boulot et vie de super-héros, au point d’en délaisser son amour de toujours, Mary Jane Watson. Ses pouvoirs s’évanouissant petit à petit, il n’avait d’autres choix que de retrouver un équilibre mental, en renouant avec MJ et en renonçant à son costume. Brand New Day ne semble même pas vraiment s’en cacher, mais sa ressemblance avec la structure narrative du second volet de Raimi est frappante. Cette comparaison n’est pas pour servir le film et met en relief son principal défaut : c’est une copie peu ingénieuse et de surcroît peu innovante, uniquement faite pour attirer les fans du personnage. Toute la prouesse de Spider-Man 2 et de l’incarnation de Tobey Maguire était de démystifier le personnage et de lui permettre une évolution fluide vers la vie d’adulte. Sous le soleil de Brand New Day, cela fait bien moins sens, la faute à un produit bâtard qui se risque à l’exercice difficile d’entrer en profondeur dans la persona de Peter Parker, mais sans la raison pour laquelle Raimi le faisait : requestionner le sacrifice de soi-même au nom de ses responsabilités. En s’appliquant à reprendre une formule déjà utilisée, le film de Cretton se donne pour tâche de recoller les morceaux d’une trilogie malade. Là où il n’y avait que très peu de séquences montrant le super-héros en train de se balancer dans les airs précédemment, ce nouvel opus tente de mettre la main à la pâte, mais toujours avec une certaine amertume. Nous ressentons bien la volonté de reconvoquer ce qu’a pu faire Marc Webb avec les séquences de vol des deux volets de The Amazing Spider-Man (2012-2014), en calquant les balancements en format POV du Tisseur. S’il tente de rétablir l’iconicité du personnage, Cretton semble plutôt piller toutes les adaptations précédentes, de Raimi à Webb, en passant par les jeux vidéo iconiques, tant certains combats de ce nouveau film, notamment dans la séquence d’ouverture, reprennent des chorégraphies et des finish mouv directement hérités du gameplay du premier jeu sur PlayStation 4. En définitif, ce Brand New Day, projet ingrat, retombe dans les mêmes travers que l’odieux No Way Home qui l’a précédé. Alors que ce dernier a ramené de force les anciens acteurs, alliés comme ennemis, Brand New Day leur vole leurs enjeux scénaristiques et leurs esthétiques en y appliquant un filtre fade et amer. Poussons l’analyse à l’extrême : Tom Holland, bien que très convaincant dans son rôle de Peter Parker, ne parvient jamais à complètement s’émanciper de l’aura colossale de ses deux ainés. Et pour un film qui tente malgré tout de le faire évoluer, paradoxalement leurs ombres pèsent de plus en plus sur sa continuité…

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Si l’on s’en tient à l’exercice codifié du blockbuster estival, le produit en reste malgré tout appréciable, parfois même quelque peu émouvant. Notons d’ailleurs une très bonne prestation de Tom Holland et une alchimie admirable avec Zendaya, notamment dans leurs scènes en duo. Il est clair que leur alchimie est facilitée par leur relation amoureuse qui dépasse les plateaux de tournage, jusqu’à même l’annonce de leur mariage. Si ce petit écart « people » est important, c’est parce qu’il est clair que le film en joue. Il est tout à fait déchirant de comprendre que l’amour impossible entre les deux personnages rentre en contradiction avec ce qu’ils vivent en réalité. Prenant en grippe les attentes du public, ce jeu paradoxal entre les deux acteurs rend la chose d’autant plus poignante. Néanmoins, gardons un esprit nuancé, car même s’il y a une certaine beauté là-dedans, cela n’autorise pas Peter Parker a évolué en tant que personnage, alors même que c’est le propos du film. Nous ne pouvons nous permettre d’accepter le passable quand des relents nauséabonds se font tellement ressentir et que les défauts restent palpables lors de chaque scène. Il a toujours été honteux qu’un personnage aussi fort, autant par la place qu’il occupe dans la pop-culture que dans le cœur des fans, soit uniquement traité comme un tremplin pour d’autres figures historiques (ou secondaires) de Marvel. Son histoire a toujours été riche, émouvante et pleine d’espoir pour la jeunesse, qu’il n’aurait jamais dû être intégré dans cet univers partagé de la manière dont il l’a été. Symptomatique de la grande machine élaborée par cet homme à casquettes – à la fois producteur mais surtout grand chef – qu’est Kevin Feige, Brand New Day illustre parfaitement ce problème. Il est temps que Peter Parker puisse tisser son propre univers en paix !



