Suite du petit succès inespéré de 2022, Sisu – le chemin de la vengeance (Jalmari Helander, 2025), disponible sur Amazon Prime Video, n’est clairement pas sorti pour rivaliser avec le dernier Arnaud Desplechin mais pour montrer à quel point il en a encore dans les tripes. Et ça tombe bien puisque, amateurs de bisseries en tous genres, on aime ce genre d’initiatives…

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The house that Aatami built
Jalmari Helander a donc décidé de nous raconter la grande Histoire de son pays, mais à sa façon. Après Sisu : de l’or et du sang (2022) qui voyait les Nazis commencer à déguerpir du territoire finlandais à la fin de la Seconde Guerre mondiale, c’est maintenant Sisu : le chemin de la vengeance (2025) qui vient nous narrer comment les Soviétiques ont pris leur place sur le territoire après la déroute allemande. Mais quand certains prendraient des pincettes pour relater ces faits historiques avec finesse – la veille de mon visionnage du film d’Helander, j’avais vu La Chambre de Mariana (Emmanuel Finkel, 2025) qui raconte cette même alternance de l’occupant, en Ukraine cette fois – le cinéaste finlandais décide de revisiter l’Histoire à coups de giclées de sang et de viande crue. En 2022, nous disions que le personnage principal de Sisu, Aatami Korpi, était en quelque sorte le rejeton illégitime et nordique de John Rambo et de Michael Myers, pour vous donner une idée du niveau de subtilité de notre héros. La violence, c’est son dada et il nous revient donc pour une nouvelle aventure…

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Après le carnage de l’épisode précédent, Aatami Korpi est de retour dans sa Carélie natale toujours occupée par l’URSS. Il décide de démonter sa maison où fut tuée toute sa famille pendant la guerre et de la reconstruire ailleurs, dans un endroit plus sûr. En leur honneur donc, il charge ses planches de bois à l’arrière de son camion et commence son périple. C’est là que l’Armée rouge et notamment Igor Draganov, l’assassin de sa femme et de son fils, découvrent son retour et décident de finir le travail. Les sacs d’or du premier volet ont donc été troqués par des poutres et des planches, mais le nœud dramatique est le même : survivre et transporter la cargaison à bon port. Un argument narratif tenant sur une feuille de papier toilette qui suffira toutefois à un déluge d’action. Simplement, le film est conçu comme une sorte de Mad Max : Fury Road (George Miller, 2015) où l’idée est de partir d’un point A pour arriver à un point B. Une épure qui permet de se concentrer sur la mise en scène pour raconter. Et si Jalmari Helander n’a pas le génie de George Miller, on peut lui reconnaitre d’essayer, encore et encore, et d’être plutôt généreux.
Sisu : le chemin de la vengeance est conçu comme un roller coaster – avec interdiction de descendre en cours de route – dans lequel tous les coups sont permis. Défier les lois de la gravité ou brûler tous nos cahiers de SVT devant de telles représentations de la survie, ce n’est pas un souci, Helander se concentre sur la sensation. Et il faut dire que depuis le dernier volet, il n’a pas perdu la main. Certes, il est limité par son budget – douze millions de dollars, le double du premier film – et quelques effets spéciaux numériques se voient, mais il y a là de vrais élans de cinéma d’action que ne renieraient pas beaucoup de cinéastes spécialisés dans l’action des années 80 et une générosité à toute épreuve. La caméra est frénétique et la chorégraphie des combats en met plein la vue. Helander impressionne même lors de la séquence finale, à bord d’un train lancé à toute allure. Ayant retenu la leçon de l’introduction d’Indiana Jones et la dernière croisade (Steven Spielberg, 1989) ou de Snowpiercer (Bong Joon-ho, 2013), il arrive à restituer une véritable cartographie de ce lieu étiré et compartimenté. Un petit tour de force de réalisation.

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Surtout, pour incarner à la fois la violence et la physicalité de son Sisu : le chemin de la vengeance, Jalmari Helander peut toujours compter sur son acteur fétiche – de quasiment tous ses films – Jorma Tommila. Ce grand comédien de théâtre est ici mis à contribution pour dézinguer tout ce qui est rouge et fait montre d’une grande générosité. On n’avait plus vu de corps aussi abimé depuis La Passion du Christ (Mel Gibson, 2004) et Tommila donne de sa personne : flagellation à coups de barre à mine chauffée à blanc, lame cachée dans la cuisse ou tonneaux dans un char militaire soviétique, tout y passe et l’acteur est impressionnant de carrure. On est même touché par la fin où celui-ci montre, pour la première véritable fois, une sincère émotion désarmante. Tout bon film d’action se doit d’avoir un méchant à la hauteur et après Aksel Hennie du premier épisode, c’est cette fois-ci Stephen Lang, le Colonel Quaritch d’Avatar (James Cameron, 2009), qui s’y colle. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’avec son accent tout droit sorti d’un James Bond des années 60 et son bagage de méchants iconiques, il fait largement l’affaire !
On passera sur le message concis du long-métrage – « qu’il fait bon d’être chez soi » – mais il faut reconnaitre que le plaisir est intact même si l’effet de surprise de Sisu : de l’or et du sang s’est fait la malle. Reste que nous avons été assez visionnaires en établissant la filiation entre Aatami Korpi et Rambo puisque c’est Jalmari Helander qui est en train de mettre en boite le prochain volet de John Rambo (2027) où il sera question de revenir sur les origines des traumatismes du béret vert. Des plaines froides de la Finlande à la jungle vietnamienne, il n’y a qu’un pas que Helander s’apprête à franchir pour réécrire une nouvelle Histoire, celle des États-Unis cette fois. Gageons qu’il saura garder cette brutalité sèche et son goût du délire bien sale dans son excursion américaine.


