Heart Eyes


Comédie romantique et slasher à la fois, Heart Eyes (Josh Ruben, 2025) avançait avec de solides arguments pour titiller nos fibres sensibles et nos plus bas instincts de spectateurs ! Des couples, un maniaque lâché dans les rues un soir de Saint-Valentin… Restait à savoir si nous n’allions finir écœurés par tant de bécots sur fond de tripailles…

Plan rapproché-épaule sur le tueur au masque avec des coeurs dans les yeux du film Heart Eyes.

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In The Blood for Love

Ce qu’il y a de bien avec le bon vieux slasher à l’ancienne, quand on est amateur de whodunit et de mises à mort graphiques, c’est que la formule peut être déclinée à toutes les sauces sans entamer notre enthousiasme. Bon, certes il peut y avoir quelques limites, mais dans le cas de Heart Eyes (Josh Ruben, 2025) par exemple, seul l’argument d’un tueur masqué déboulant dans les rues un soir de Saint-Valentin pour réguler la surpopulation américaine a suffi à nous mettre l’eau à la bouche. Jugez plutôt… Depuis quelques années, HEK – Heart Eyes Killer – un tueur affublé d’un masque aux yeux en cœur, sillonne les grandes métropoles pour assassiner des couples dégoulinant d’amour. Alors qu’Ally et Jay, deux collègues d’une agence de publicité, font des heures supplémentaires, ils sont pistés par HEK qui les prend pour deux amoureux. S’en suivent les inéluctables courses poursuites entre le prédateur et ses proies et les inévitables questionnements sur qui peut bien se cacher derrière ce masque… Après Thanksgiving (Eli Roth, 2023) – produit par le même studio que Heart Eyes – c’est donc à une autre fête emblématique que nous sommes conviés !

Le Heart Eyes Killer debout, seul, dans un commissariat désert, aux lumières éteintes.

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Il faut se rappeler que la fête des amoureux a déjà servi de cadre à quelques slashers tels que Meurtres à la Saint-Valentin (George Mihalka, 1981) et son remake de 2009 réalisé par Patrick Lussier, ou encore Mortelle Saint-Valentin (Jamie Blanks, 2001), donc question originalité, on repassera. Heart Eyes se distingue plutôt par sa tonalité quasi parodique du genre. Comme Scream (Wes Craven, 1996) en son temps, le film de Josh Ruben se prend à répertorier les différents poncifs du slasher pour mieux leur tordre le cou. La scène d’introduction est à ce titre un petit précis de ce qui nous attendra dans le reste du long-métrage : des personnages clichés à souhait, une mécanique de prédation bien huilée et un meurtre iconique à base de presse à raisins. Ce qui impressionne dans cette première séquence, c’est la façon dont Ruben utilise tous les aspects les plus clichés – le décor de la vigne – et les plus mercantiles – le photographe qui met en scène la demande en mariage – pour les mêler au massacre à venir. Le scénario de Christopher Landon, qui devait mettre en scène et écrire le prochain Scream 7 (2026), rappelle à cet égard la malice et la générosité avec lesquelles Kevin Williamson usait des références cinématographiques dans les premiers méfaits de Ghostface. Le même Williamson qui a repris le flambeau sur le septième volet de Scream. CQFD.

Dommage alors que la suite du long-métrage peine à retrouver cette même recette. En effet, si la scène d’intro brillait et surprenait, le reste des meurtres a du mal à maintenir cette originalité et le suspens que tout bon film de serial killer se doit de préserver. On a bien le droit à quelques forfaits à la clé à molette ou à la machette, mais jamais on ne retrouve l’équilibre entre le propos et le spectaculaire des homicides. Pourtant la mise en image de Josh Ruben est plutôt efficace, la photographie de Stephen Murphy rappelle les grandes heures du genre avec son scope élégant et le réalisateur arrive à rendre son filmage fluide et cohérent tout en proposant quelques idées en forme de clins d’œil à Sam Raimi et son Mort ou vif (1995). De plus, Heart Eyes parvient à proposer des personnages assez consistants pour que notre intérêt y trouve son compte. Car entre les élans gores, le film reprend également tous les codes de la bonne comédie romantique américaine. Pour peu qu’on soit sensible à cet autre genre, l’histoire d’amour entre Ally et Jay fonctionne plutôt bien, de la rencontre initiale stéréotypée au « Je t’aime » final en passant par tous les quiproquos inhérents à la rom com de base.

Heart Eyes Killer debout devant un manège à carrousel ; scène de nuit dans le film Heart Eyes.

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Pour donner corps à ces personnages clichés en diable, Josh Ruben peut compter sur un solide casting mêlant nouvelles têtes et vieilles gloires. Mason Gooding, qui joue Jay et qui était de Scream 5 (Matt Bettinelli-Olpin & Tyler Gillett, 2022) en victime increvable, vient jouer le joli cœur à prendre tandis qu’Olivia Holt, que l’on avait pu voir dans Totally Killer (Nahnatchka Khan, 2023), s’en donne à cœur joie dans un rôle plus nuancé de final girl sentimentalement blessée. Pour accompagner cette jeune garde, on retrouve Devon Sawa, tête d’affiche de La Main qui tue (Rodman Flender, 1999) ou de Destination finale (James Wong, 2000), et Jordana Brewster, vue dans The Faculty (Robert Rodriguez, 1998). Un mélange qui nous laisse à penser que le cinéaste ait souhaité raviver la flamme d’une époque bénie – pour tous les jeunes ados de la fin des années 90, début 2000, comme l’était votre serviteur – où la production de slashers, sous l’impulsion de Kevin Williamson et du succès de Scream s’enchainait à un rythme effréné. Heart Eyes aurait tout à fait pu s’inscrire dans cette mouvance et faire de son tueur masqué l’égal, peut-être pas de Michael Myers et Ghostface, mais tout au moins de Ben Willis le tueur au crochet de Souviens-toi l’été dernier (Jim Gillespie, 1997) ou de l’assassin d’Urban Legend (Jamie Blanks, 1998).

Heart Eyes nous ramène donc à cette période de cinéma où les films de tueurs en série s’en prenant à des adolescents ou jeunes adultes teintaient la noirceur des actes sordides d’une forme de légèreté meta. Comme tous les vingt ou trente ans depuis Halloween (John Carpenter, 1978), le slasher semble trouver un nouvel âge d’or sous l’impulsion des membres de Radio Silence, de Christopher Landon et du studio Spyglass qui a bien compris qu’il tenait là une nouvelle poule aux œufs d’or. On ne saurait que vous encourager à aller voir Heart Eyes qui, dans le sillage de Thanksgiving, Killer Game (Patrick Brice, 2021) ou In A Violent Nature (Chris Nash, 2025), n’a pas à rougir ! On aurait aimé plus de mordant dans les meurtres, mais qu’importe, le plaisir est présent jusqu’à une révélation finale grandiloquente dans la plus pure tradition du genre : grotesque, prévisible et jouissive de ridicule assumé. Si le succès le lui permet, sûr qu’on sera prêt à retourner voir HEK lancer ses couteaux sur de jeunes amoureux tel Cupidon décochant ses flèches.


A propos de Kévin Robic

Kevin a décidé de ne plus se laver la main depuis qu’il lui a serré celle de son idole Martin Scorsese, un beau matin d’août 2010. Spectateur compulsif de nouveautés comme de vieux films, sa vie est rythmée autour de ces sessions de visionnage. Et de ses enfants, accessoirement. Retrouvez la liste de ses articles sur letterboxd : https://boxd.it/rNJuC

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