Mort ou Vif 1


Fort du succès de la trilogie Evil Dead (Sam Raimi, 1981-1992), et adoubé par Sharon Stone elle-même – actrice principale et coproductrice – Sam Raimi se voit confier la réalisation de Mort ou vif, et sort le long-métrage durant l’été 1995. Après le genre du film d’horreur, le futur réalisateur de Spider-Man (2002) s’attaque au western, et comme à son habitude, cela donne un résultat plus que singulier… qui fait clairement pas genre !

Sharon Stone dans Mort ou vif de Sam Raimi (critique)

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Evil West

Quelque part à l’époque du Far West, le maire d’une petite bourgade organise un tournoi, où les colts les plus rapides de l’Ouest se font face dans des duels de rue. Bien entendu, une grosse somme d’argent est à gagner, en plus de pouvoir tuer son adversaire en toute impunité. Ainsi, Ellen, étrangère à la ville, vient régler un vieux contentieux avec Herod, le maire de la ville. Sur le papier, Mort ou vif a tout d’un Tekken-like – le jeu vidéo, pas le film où Liam Neeson menace des méchants par téléphone – rendant les premières minutes du long-métrage assez laborieuses. On nous présente les différents personnages, tous plus stigmatisés les uns que les autres, passant quelques minutes à les faire interagir entre eux et à leur créer un background, alors que nous savons pertinemment qu’ils ne dépasseront pas les vingt minutes de présence à l’écran. Cela pose une ambiance me direz-vous. Certes. Mais les seuls personnages qui nous intéresse ici sont Ellen, portée par Sharon Stone, le maire Herod, qui a pour traits ceux de Gene Hackman, et Cort, prêcheur interprété par un Russell Crowe en petite forme. Tout l’histoire, aussi fine soit-elle, gravite autour de ces trois protagonistes : Ellen et Cort se retrouvant l’un et l’autre dans leur vendetta contre le maire de la ville. Néanmoins, l’objet de la revanche reste un non-dit et donne lieu à des flashbacks « énigmatiques » – alors que n’importe quel spectateur légèrement instruit aura compris de quoi il en retourne en un quart de seconde. Cela ne donnera jamais de confrontation entre les personnages à propos de ce passé qui tourmente tant notre héroïne, et restera un souvenir flou, par bribes, tentant d’expliquer une motivation de tuer qui n’en aurait presque pas besoin…

Gene Hackman et Leonardo Di Caprio dans Mort ou vif de Sam Raimi (critique)

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Vous l’aurez compris, le scénario de Mort ou vif n’est pas la qualité principale de cette œuvre, pourtant honnête dans ce qu’elle propose. Car oui, si le scénario est aussi simple et efficace, c’est pour mieux servir la forme que souhaite donner Sam Raimi à son long-métrage. Et une chose est sûre : vous n’avez jamais vu un western réalisé comme celui-là. Fidèle à lui-même, les quelques gimmicks habituels du réalisateur sont bien présents notamment ces plans où deux échelles se dessinent, une très proche et une autre plus lointaine, avec un effet écrasé – rapprochant ainsi deux espaces qui ne le sont pas dans le réel. Ces quelques plans, présents dans les temps de pause entre les duels, fonctionnent très bien en miroir des séquences d’affrontements, créant une « proximité lointaine », là où la distance sera davantage mise en avant lors des face-à-face armés. Par tradition, les westerns sont, souvent, des œuvres plus posées où l’on prend son temps, et où la caméra fixe l’horizon. Les montages de séquences avec des grands mouvements de caméra à toutes les secondes étant plus rares. Dans ce sens, Sam Raimi va exactement à l’inverse de la tradition. En plus d’enchainer les travellings avant à une vitesse folle dramatisant les réactions de ses personnages en les rapprochant des spectateurs, il vient également casser l’angle de la caméra, en la basculant d’un côté ou de l’autre, perdant le spectateur dans l’espace. Mort ou vif n’a rien d’une grande chevauchée sauvage, et, au contraire, se veut comme un rollercoaster humain, à petite échelle, où l’unique rue de la ville sera l’espace le plus grand que l’on aura à voir. Un espace qui deviendra rapidement une arène de gladiateurs, où le sang doit couler impérativement.

Sharon Stone en cow-boy dans Mort ou vif de Sam Raimi (critique)

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Ce qui caractérise sûrement le mieux Sam Raimi à l’époque, c’est son goût pour les cinémas de genres, d’horreur et les imageries légèrement gores. Après quatre productions horrifiques, et une production super-héroïque qui viendra titiller les codes du genre horrifique – superbe Darkman (1990) – il est normal que Mort ou vif trouve une résonance dans l’approche du travail du réalisateur. Sans être foncièrement gore ou horrifique, ce western trouve une identité dans une imagerie entre effet gore et cartoonesque. Lorsque l’un des participants se fait tirer une balle dans le crâne, Sam Raimi cadre le tueur par l’arrière du crâne de la victime, par le trou de balle (pardonnez moi ce bon mot), un trou plus gros que ce qu’il ne devrait être et qui laisse apparaître l’intérieur du crâne du défunt. Dans son acte final, lorsque le maire de la ville se prend à son tour une balle, il fait un bond de trois mètres. Le ton trouve alors une place étrange entre le cartoon et l’horreur, se créant une identité qui lui est propre et qui est indéniablement celle de son réalisateur. C’est ainsi que d’un scénario assez basique et manichéen Sam Raimi parvient à faire de Mort ou Vif un espace pour expérimenter formellement et s’amuser. De fait, on est peut-être plus proche d’un exercice de style assez réussi plutôt que d’un réel long-métrage introspectif et aux personnages sur-écrits. Sam Raimi propose une dose d’adrénaline où l’important n’est pas tant dans la moralité – après tout, les « gentils » finissent par gagner – mais davantage le voyage proposé. En selle, cowboy !


A propos de William Tessier

Si vous demandez à William ce qu'il préfère dans le cinéma, il ne saura répondre qu'avec une seule et simple réponse. Le cinéma qu'il aime est celui qu'il n'a pas encore vu, celui qui ne l'a pas encore touché, ému, fait rire. Le teen-movie est son éternel compagnon, le film de genre son nouvel ami. Et dans ses rêves les plus fous, il dine avec Gégé.


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