Le train sifflera trois fois


Classique du cinéma américain, Le train sifflera trois fois ressort dans un sublime mediabook, édité par Sidonis. Porté par Gary Cooper et Grace Kelly dans les rôles principaux, ce long-métrage de Fred Zinneman marquera son époque, en allant à contre-courant de ce qui se fait à Hollywood et en proposant, de fait, un western avant-gardiste.

Gary Gooper marche vers ses ennemis dans le village désert du Train sifflera trois fois.

                                        © Tous droits réservés

« C’est Gary Cooper, connard ! »

Un soir de réveillon de Noël, en 1988, Hans Gruber s’exclame à John McClane que « Cette fois-ci, John Wayne ne s’éloignera pas vers le soleil couchant avec Grace Kelly ! », ce à quoi l’intéressé répond « C’est Gary Cooper, connard ! ». Dialogue ô combien culte, pour un long-métrage ô combien sacré dans la courte liste des monuments du cinéma américain. Référence à Le train sifflera trois fois, monument à posséder son adresse sur le boulevard du culte depuis 1952, le dialogue entre Hans Gruber et John McClane dans Piège de Cristal (John McTiernan, 1988) trouve deux résonances comiques. La première étant que le méchant se trompe de cow-boy, confondant John Wayne avec Gary Cooper, mais la deuxième plus fine repose sur le fait que John Wayne détestait, profondément, le long-métrage de Fred Zinneman – au point de créer, avec Howard Hawks, Rio Bravo (Howard Hawks, 1959) une réponse à ce western considéré comme « unamerican » par l’acteur. Pourquoi ce rejet de la part d’un acteur pourtant amoureux de western et tête de proue du genre ? Et bien, il est vrai que Le train sifflera trois fois ne ressemble à aucune production que l’on a l’habitude de voir alors à Hollywood. On peut le considérer comme avant-gardiste, certains parleront « d’anti-westerns ». Dans notre cas, on préféra parler de proposition différente, mais qui s’inscrit dans une logique du genre, une logique d’aller plus loin encore dans la réflexion de l’image du shérif, tout en créant un objet qui deviendra intemporel dans ces thématiques.

Le shérif Will Kane (Gary Cooper) lors de sa cérémonie de mariage, près d'Amy Fowler (Grace Kelly), sa future femme, scène du film Le train sifflera trois fois.

                                 © Tous droits réservés

Alors qu’il s’apprête à quitter ses fonctions pour aller vivre paisiblement avec sa femme fraîchement épousée, le shérif d’une petite bourgade apprend qu’un bandit, qu’il avait envoyé en prison, arrive avec le train de midi pour en découdre avec lui. Histoire simple donc, mais les coups de fusils et autres bagarres en tout genre arriveront dans les dernières minutes seulement : on se trouve face à un western presque psychologique où la dureté et les épreuves se trouvent dans le fait de convaincre les habitants de soutenir le shérif. Autre élément important pour comprendre le scénario, l’histoire prend place dans un laps de temps égal à la durée du film. On suit le personnage de Gary Cooper, en direct live donc, durant les quatre-vingt minutes entre le début du long-métrage et l’arrivée du train dans la petite ville. Si la thématique fondamentale du scénario se trouve dans le questionnement de justice et de la solidarité des habitants avec le shérif, la thématique esthétique est belle et bien celle du temps. Le train sifflera trois fois marque les esprits par ces plans sur des horloges, le temps qui passe annonce une sentence inévitable, qui, fatalement, ne cesse de se rapprocher à mesure que la narration avance. Ces mêmes plans prennent d’ailleurs une place prépondérante au fur et à mesure, passant d’un cadrage très large avec une horloge, à un très gros plan sur les aiguilles qui avancent à petits pas, symbolisant une action qui ne peut être empêchée et qui finira par arriver… L’emblème du shérif n’aura jamais été aussi maltraité par le genre également, Gary Cooper incarne un shérif non pas peureux, mais qui n’est pas aveugle quant à sa propre peur, qui n’hésite pas à demander de l’aide et qui finira par jeter son étoile de shérif, pour marquer sa désapprobation et son Blu-Ray collector silver du Train sifflera trois fois édité par Sidonis Calysta.dégoût de la fonction. C’est, en partie, cela qui a fait lever de son siège John Wayne en 1952. Pour toutes ces raisons, il est vrai que Le train sifflera trois fois peut surprendre, voire étonner par son approche inédite des grandes figures fondatrice du western. Il n’en reste pas moins un formidable morceau de cinéma, et qui forgera tout un pan du western dans les années à venir, un western plus intimiste que spectaculaire mais tout aussi mémorable.

Du côté de l’édition, Sidonis Calysta offre un mediabook, déjà très joli, mais surtout riche en contenus et suppléments. En plus d’un petit livret sur la production du film, on découvre, dans les bonus, deux présentations : l’une de Patrick Brion et l‘autre de Bertrand Tavernier, qui sont à regarder après avoir visionné le film, tant ils abordent l’histoire avec détails et spoilers, mais proposant une réelle analyse et remise en contexte. De plus, un documentaire, plus général, sur le western de Fred Zinneman est présent. Quant à la restauration du long-métrage, issue d’un master 4K, le travail accompli est tout simplement prodigieux. On le répète souvent dans les articles concernés, mais chez Fais pas Genre ! on aime les beaux objets, les objets “ultimes” – où si l’on possède le long-métrage dans cette version, c’est avoir dans ces mains la plus belle copie qui soit. Le train sifflera trois fois est de cette trempe et on ne saura que vous conseiller de vous procurer ce mediabook… Avant que le train ne reparte.


A propos de William Tessier

Si vous demandez à William ce qu'il préfère dans le cinéma, il ne saura répondre qu'avec une seule et simple réponse. Le cinéma qu'il aime est celui qu'il n'a pas encore vu, celui qui ne l'a pas encore touché, ému, fait rire. Le teen-movie est son éternel compagnon, le film de genre son nouvel ami. Et dans ses rêves les plus fous, il dine avec Gégé.

Laisser un commentaire