Les films qui font pas genre de 2018 selon…


Cette année, si la rédaction donne à nouveau son avis (voir ICI) et que les lecteurs sont invités à le donner sur notre page Facebook tout au long du mois de janvier, on a aussi décidé d’inviter des cinéastes qui font pas genre dans le paysage du cinéma français pour leur demander quels ont été leurs films de l’année 2018. Yann Gonzalez, Alain Della Negra, Dominique Rocher, Thierry De Peretti, Bertrand Mandico, William Laboury et Hubert Charuel se sont livrés pour nous au petit jeu des TOP (ou presque).


Yann Gonzalez

© Eleonore Hermier

Son second long-métrage Un couteau dans le coeur figure dans le TOP 10 de la rédaction de Fais pas Genre, un film autour duquel nous avions longuement discuté avec son auteur, le généreux Yann Gonzalez. Parce qu’il a largement marqué notre année nous avons sollicité Yann pour participer à cet article un peu spécial, le grand cinéphile qu’il est nous a fourni une liste richement commentée.

Ultra Pulpe de Bertrand Mandico
Comment une cinéaste retient une actrice dont elle est amoureuse ? En élaborant des fictions pour continuer de jouer et jouir ensemble, rêver de mille et une nuits humides où les reliquats sulfureux d’images VHS réactiveraient les fantasmes bouleversés de l’enfant Mandico. Un Amarcord des temps modernes, dont les pulsions sentimentales se déploient davantage à chaque vision. LE chef-d’œuvre éblouissant de 2018.

Heart of Hunger de Bernardo Zanotta
Découvert au dernier festival de Locarno, un moyen-métrage en forme de poème discrépant dans lequel un homme et une femme défient la mort en explorant les limites du corps, du visage, de la parole. Chaque séquence devient ici une sorte de catharsis inouïe où l’art vidéo, les tableaux à la Werner Schroeter, les mots de Rilke et la musique pop forment une partouze queer et cannibale, traversée par une vitalité fulgurante, belle à pleurer. Bernardo Zanotta n’a que 22 ans et porte déjà l’étendard enflammé du cinéma du futur.

Violence Voyager d’Ujicha et Shinegori Shogase
Pas un grand film, mais sans doute l’objet le plus étrange visionné cette année : une animation en forme de conte déviant où des enfants prisonniers d’un parc d’attraction sont livrés en pâture à des mutants barbares. La grammaire rudimentaire de la chose (des figurines en carton déplacées « à la main ») renforce l’impression malaisante d’un petit théâtre cauchemardesque placé sous l’égide sexuée de Dennis Cooper, Shinya Tsukamoto et David Cronenberg. On rêve que les distributeurs et les exploitants français aient un jour assez d’audace pour sortir une dinguerie pareille.

 


Dominique Rocher

                                         © Charles Crié/CCAS

Il a signé en 2018 l’un des films français qui fait pas genre, La Nuit a dévoré le monde autour duquel nous avions pu discuter le temps d’un passionnant entretien, incontestablement, Dominique Rocher a marqué l’année de Fais pas Genre. Il était tout naturel de le convoquer sur cet article. Il a été le premier a répondre présent et à nous livrer un TOP éclectique, qui s’il se permet de contourner un peu les règles, répare par la même, l’une des grandes injustices des TOP de 2017 : l’absence de A Ghost Story sortie en fin d’année.

Burning de Lee Chang-Dong
Film brillant en deux parties qui passe du triangle amoureux type cinéma de la nouvelle vague, à un polar d’une grande subtilité. C’est un film qui joue en permanence avec le spectateur et sa compréhension de l’intrigue. La mise en scène est très élégante, et la performance de l’acteur principal est pour moi une des meilleures de ces dernières années.

A Ghost Story de David Lowery
Mon expérience avec ce film est assez particulière car j’ai eu beaucoup de mal à le regarder lors de la projection. La scène de la tarte aux pommes est quasi-insupportable pour moi. Pourtant le film m’est resté en tête toute l’année. Je l’ai gardé avec moi et n’ai cessé d’y penser. Je pense que c’est le film qui m’a le plus influencé en 2018.

Brawl in Cell Block 99 de S. Craig Zahler
C’est impossible de ne pas parler de S. Craig Zahler en 2018. Je l’ai découvert cet été, un peu tard je l’avoue. Le film est sorti en direct to VOD puis en vidéo et est passé un peu inaperçu. C’est la présence de son prochain long à Venise,Dragged Accross Concrete, qui m’a incité à rattraper mon retard, et quelle claque ! A voir avec son précédent film, Bone Tomahawk, tout aussi intéressant. Le traitement de la violence est inédit et rappelle certain travaux de Friedkin (To Live and Die in LA par exemple). Moralement et éthiquement, c’est sulfureux, c’est un regard unique sur les USA. Des films comme Hollywood ne sait presque plus les faire.


Alain Della Negra

                                          © DR – eccefilms

Co-réalisateur avec sa compagne Kaori Kinoshita de deux documentaires hybrides qui font vraiment pas genre – The Cat, The Reverend and the Slave (2009) et Bonheur Académie (2017) – Alain Della Negra est un habitué de nos pages puisqu’il nous a déjà donné deux longs entretiens. Il nous a fait le plaisir d’accepter de nous livrer ses coups de cœurs de l’année dont le dénominateur commun – et cela ne nous étonne pas – est un goût prononcé pour la science-fiction.

Occidental de Neil Beloufa
Un film policier de science-fiction qui se passe dans un décor d’hôtel où tout se tend car dehors une manifestation, peut-être de gilets jaunes, fait rage. Cette situation d’état d’urgence prémonitoire était aussi présente dans Gaz de France  de Benoit Forgeard sorti en 2015.

Harmonie de Bertrand Dezoteux
En compétition au prochain festival du court métrage de Clermont Ferrand, ce court-métrage d’animation est un film de science-fiction existentiel ou un représentant de l’espèce humaine, Jesus Pérez, essaye de  dialoguer avec des êtres binaires ne parlant qu’avec des oui et des non.

Diamantino de Gabriel Abrantes & Daniel Schmidt
Un conte de Grimm de science-fiction.

 


 Thierry De Peretti

                                      © Tous droits réservés

Son thriller corse racé Une Vie Violente avait marqué l’année cinéphile 2017 et nous l’avions naturellement invité à en discuter en début d’année 2018 à l’occasion de la sortie vidéo du film. Thierry De Peretti nous a envoyé non pas un TOP3 mais un TOP4, où se côtoient des films aussi différents que complémentaires, avec comme point commun un appétit particulier pour des longs-métrages aux gestes de mise en scène très prononcés. 

First Reformed de Paul Schrader.
Une hallucination. Scandaleusement non distribué en France.

Shéhérazade de Jean-Baptiste Marlin.
C’est une tragédie d’accord, mais surtout un grand film noir. 

High Life de Claire Denis.
Le film le film de SF le plus punk de l’histoire. 

Climax de Gaspard Noé.
Pour des raisons proches de celles qui m’ont sidéré dans le dernier Kechiche (Mektoub, My Love : Canto Uno). Des raisons de pure mise en scène. L’un et l’autre ont monté le game cette année.

 


Hubert Charuel

                                  © Yohan BONNET / AFP

L’an dernier son thriller fermier Petit Paysan nous avait particulièrement intéressés et nous en avions longtemps discuté avec lui autour d’un entretien, Hubert Charuel s’est prêté lui aussi au petit jeu des TOP.  Des choix qui semblent motivés par une recherche d’un certain éclectisme, et un petit pas de côté vers un film qui n’est pas un film de genre, qu’on lui pardonne pour le bon mot ! 

First Man de Damien Chazelle
Pour l’angoisse face aux vis qui tremblent.

Le Monde est à toi de Romain Gavras
Pour Karim Leklou et le film de casse de la loose.

Girl de Lukas Dhont
Parce que c’est beau un film de genre


William Laboury

                           © Tous droits réservés

Son court-métrage “Chose Mentale” était l’un des quatre segments du film 4 Histoires fantastiques sorti cette année, soit l’assemblage des quatre premiers courts-métrages produits dans le cadre des résidences SOFILM de Genre. qui entendent révéler les auteurs et cinéastes qui font pas genre de demain. On a donc invité William Laboury à nous donner aussi ses choix pour son TOP de 2018, où se côtoient tous les formats, long, court, sériel. 

Légion – saison 2 de Noah Hawley
Cette série est hallucinante dans sa façon de donner à voir des phénomènes mentaux qu’on croirait infilmables. L’intrigue se déroule entièrement sur le plan psychique, et la série s’acharne à en faire une expérience sensible et tangible. Alors que Inception s’inspirait de Paprika mais se faisait plomber par son sérieux, Legion parvient à retrouver la folie de l’anime de Satoshi Kon par sa mise en scène complètement décomplexée.

Les Garçons sauvages de Bertrand Mandico
Je l’ai découvert sur mon ordi pour en faire la bande-annonce, et ce fut un choc. Ensuite je l’ai forcément beaucoup revu et décortiqué sur le banc de montage. Pour moi c’est un film rêvé, qui parvient à se déconnecter de toute forme de réalité. Un rêve rempli de fantômes de cinéma et de littérature, donc très mental et pourtant totalement viscéral.

Daniel fait Face de Marine Atlan
Ce court-métrage est le plus beau que j’ai vu cette année. Une journée d’hiver à l’école primaire, à répéter la chorégraphie d’un spectacle de fin d’année. Tout y est familier, et pourtant légèrement étrange. Le fantastique y est partout, tapis, infime, quasi invisible. Alors on a l’impression de voir les choses pour la première fois, et quand l’émotion frappe, elle est foudroyante.

 


Bertrand Mandico

                             © Roberto Frankenberg

Son film Les Garçons sauvages est indéniablement l’un des films qui n’ont pas fait genre en 2018, il trône d’ailleurs à la quatrième place du TOP 10 de notre rédaction. Il était donc évident qu’il nous fallait inviter Bertrand Mandico à participer à cet article spécial. Sa réponse fut surprenante car n’étant pas à l’aise avec l’idée de classement, il souhaitait toutefois nous faire parvenir quelques choses à publier en son nom. C’est donc un petit cadeau, ou plutôt des petits cadeaux, qui concluent cet article, puisque Bertrand Mandico nous a fait parvenir plusieurs images d’inspirations, œuvres, collages, peintures de ce qui pourrait (peut-être) préfigurer l’univers visuel de son prochain film Paradis Sale qu’il devrait tourner au printemps 2019.

© Tous droits réservés – Bertrand Mandico

 

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