Police Fédérale Los Angeles 4


Ayant visiblement la côte, William Friedkin fait l’objet d’une nouvelle ressortie, après celles de French Connection et de Sorcerer l’année dernière. En janvier 2017, c’est Police Fédérale Los Angeles qui revient dans nos salles obscures, et Fais Pas Genre qui est allé le mater sur grand écran.

To live and let die

En 1985, ce n’est pas vraiment la joie pour William Friedkin. A la période bénie des 70’s où il a enchaîné les chef-d’œuvres et succès publics French Connection (1971) et L’exorciste (1973), a succédé de violents revers dont Sorcerer (1979) et l’injustement raillé La chasse (1980). En d’autres termes, il avait fort à faire pour renouer avec la critique, l’audience, et montrer à tous ce qu’il avait encore dans le pantalon. Police Fédérale Los Angeles, adapté d’un livre de Gerald Walker (comme l’était La chasse) était a priori le retour à la recette gagnante de French Connection, qui l’avait rendu célèbre et adulé. Le plus grand tort du spectateur, et on lui pardonne puisque j’ai eu le même, est exactement d’envisager To live and die in LA (titre original) comme un jumeau du film de 1971, en espérant y retrouver la même âpreté ou sécheresse propres à un certain cinéma du Nouvel Hollywood.

Dès les premières instants, Friedkin ne nous trompe pas : ses personnages principaux sont caricaturaux, avec un vieux à la retraite puis un inspecteur pondéré (une fois que ce dernier crève) en opposition avec un personnage musclé, beau gosse, tête brûlée, mâchant bruyamment son chewing-gum, la bande originale est pétaradante et so eighties, la typographie du générique digne de GTA Vice City (qui s’en souviendra, et nous fait penser que l’influence des créateurs du jeu est tout autant Police Fédérale Los Angeles que le Scarface de Brian De Palma). Le film est mené tambour battant, autour d’une enquête à la poursuite d’un boss de la contre-façon de billets (interpreté par Willem Dafoe, qui fait le méchant comme quasiment tout le temps), sous les lueurs vives des néons de la ville de Los Angeles, ou du soleil plombant de la Californie et de ses terrains vagues. Pour un admirateur de la patte réaliste des 70’s comme on peut l’apprécier dans French Connection donc, mais aussi dans l’immense Conversation Secrète (Francis Ford Coppola, 1972) ou Les Hommes du Président (Alan J Pakula, 1976), pas vraiment fan des exubérances des années 80, le choc est rude. « Excusez-moi, c’est bien William Friedkin le réalisateur, ou je suis entré dans la salle où ils diffusent l’intégralité de Deux flics à Miami ? ». Pourtant, en grattant, en saisissant les perches, bref, en voyant le film pour ce qu’il est uniquement, la patte de son réalisateur et son talent n’en sont pas amoindries.

Police Fédérale Los Angeles, c’est Friedkin qui met les années 80 dans leur propre merde en lui mettant du parfum. Loin d’avoir renié son style, le cinéaste l’a juste travesti dans le clinquant caractéristique de la décennie, aussi bien visuel que sonore. Mais la violence est toujours aussi brutale, les personnages toujours aussi ambigus (le dénouement est à ce titre surprenant et caractéristique du mépris réel de Friedkin pour les règles hollywoodiennes), les notions de justice toujours aussi floues ; comme le contenu et les conséquences de la séquence de la poursuite en sont l’illustration éloquente. Les flics de To live and die in LA ont des méthodes douteuses, pour ne pas dire de voyous, et sont dépourvus par exemple de la culture qui habite leur némesis, peintre torturé au charisme indéniable. La caricature est du côté des « bons » qui paraissent aussi antipathiques que n’importe quel méchant à coffrer, et aussi injustes. Et ce, même pas au nom d’une loi, d’un ordre, qu’ils sont les premiers à transgresser, mais, dans le cas d’un des personnages principaux, uniquement pour un besoin personnel ou d’adrénaline, ou de vengeance. Il est clair, que la fin pour un tel flic ne peut pas être de rentrer chez lui dire bonsoir à femme et enfants, ni que la conclusion d’un tel film pourra rassurer tout le monde sur le monde dans lequel il vit, aussi bling-bling et sexy qu’il nous est présenté.


A propos de Alexandre Santos

En parallèle d'écrire des scénarios et des pièces de théâtre, Alexandre prend aussi la plume pour dire du mal (et du bien parfois) de ce que font les autres. Considérant "Cannibal Holocaust", Annie Girardot et Yasujiro Ozu comme trois des plus beaux cadeaux offerts par les Dieux du Cinéma, il a un certain mal à avoir des goûts cohérents mais suit pour ça un traitement à l'Institut Gérard Jugnot de Jouy-le-Moutiers. Spécialiste des westerns et films noirs des années 50, il peut parfois surprendre son monde en défendant un cinéma "indéfendable" et trash.


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