De Palma 2


Alors que le bonhomme a été aux honneurs pour la sortie de son premier effort en tant que romancier, Carlotta édite un documentaire tourné en 2015 mais resté inédit jusqu’ici, alors que tous les fans savaient qu’il existait. Critique du De Palma de Noah Baumbach et Jake Paltrow.

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Tu prends De Palma et tu filmes

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C’est avec un titre à la Philip K. Dick – auteur de Les Androïdes rêvent-ils de moutons électriques ?, base de Blade Runner (Ridley Scott, 1982) – que Brian De Palma est revenu en 2018 sur la scène culturelle. Les serpents sont-ils nécessaires ? n’est pas une œuvre de cinéma mais un roman, écrit à quatre mains avec Susan Lehman. Selon De Palma, le livre se situe tout à fait dans la continuité de son travail filmique, dans la droite lignée de ses obsessions. A la rédaction, on ne l’a pas lu (je sais pas ce qu’on avait de mieux à faire pourtant) mais ce qu’on a bien vu, avec vous lecteur, c’est que dans le cadre de la sortie du bouquin Brian n’a pas lésiné sur la promotion. Quitte à vraiment se frotter au marathon que ferait un écrivain français – dédicace à la FNAC et passage sur C’est à vous compris – et à montrer là peut-être l’humilité qui le caractérise ponctuellement, du moins, un refus des convenances et d’une certaine arrogance hollywoodienne. L’animal sait se faire médiatique, d’autant plus qu’il a désormais un lien privilégié avec la France qui a tout de même co-produit deux de ses longs-métrages, Femme Fatale (2002) et Passion (2012). Par sa volonté d’accepter d’être le sujet unique d’un documentaire, puis d’un livre entretien très conséquent que nous avions décortiqué ici Brian De Palma semble d’ailleurs être passé à un moment de sa carrière où il aide les autres à voir ses films, où il s’engage de plus en plus personnellement dans la réflexion que l’on peut avoir sur son cinéma.

C’est donc durant près de 1h50 que le documentaire De Palma, proposé par Carlotta en Blu-Ray ou combo DVD/Blu-Ray, revient sur la carrière du cinéaste. Ce de manière assez minutieuse puisque le parti est pris de se lancer du premier choc fondateur – la vision de Sueurs Froides (Alfred Hitchcock, 1958) dont la première séquence ouvre le film – pour aller à la jeunesse et s’arrêter sur chacune des réalisations du gars, courts-métrages étudiants voire l’unique clip musical qu’il a tourné (pour Bruce Springsteen) compris. Ceux qui ne connaissent rien ou peu du parcours, de la vie, de la filmographie de Brian De Palma pourront peut-être être séduits par l’approche exhaustive qui en dévoile in extenso sur la préparation, l’intention, le tournage et la réception des longs-métrages. Le jugement que porte De Palma sur ses propres travaux rétrospectivement ne manque pas de piment et d’honnêteté : au passage, il trouve que Scarface (1982) est un bon film, mais pas « grand » alors que c’est un des plus grands films sur le capitalisme-libéralisme qui n’a jamais été fait, puisqu’on vous dit qu’il est humble mine de rien…Cependant il faut avouer que pour quiconque est fan, ou ne serait-ce amateur éclairé du réalisateur de Carrie au bal du diable, le documentaire perd de son attrait. La lecture du livre d’entretiens pré-cité, republié justement par Carlotta il y a quelques mois, joue clairement en la défaveur du long-métrage en comparaison, tant la liberté de ton y est totale, l’espace plus grand, la réflexion plus large, le personnage de Brian De Palma plus riche.

Car là est le souci majeur de De Palma, comme pouvait l’être celui d’un Janis (Amy Berg, 2015) : un échec à retranscrire la vraie personnalité de leur sujet, à le rendre attachant dans leurs défauts autant que dans leurs qualités, intéressant, en fait. La faute à une approche foncièrement soporifique d’exhaustivité ou wikipediesque, qui se contente d’accumuler les images d’archive et de les alterner avec des entretiens. Le cas De Palma pousse le vice de la paresse encore plus loin que l’entretien est unique (un seul intervenant, De Palma), et de plus tourné avec un plan à échelle fixe (Brian De Palma en rapproché-épaule, c’est tout). Aucune excuse n’est à accorder aux pourtant cinéastes Noah Baumbach et Jake Paltrow pour leur façon de prendre l’exercice. Ce n’est pas parce qu’on fait un documentaire, donc qu’on travaille avec le réel, que la réflexion doit s’y limiter, auquel cas en effet il suffit de lire un article d’encyclopédie. Quiconque prend la caméra ou la station de montage pour mettre en forme un parcours de vie, une sensibilité, ou des idées, se doit de le faire avec créativité, se doit de penser la matière cinématographique avec la même exigence que sur de la fiction. Une volonté d’écriture, de construction, d’intention, de sens ! Tout à fait absente de ce De Palma qui se résume à une plate évocation linéaire, chronologique, un objet audiovisuel d’une platitude confondante. Hélas, on a là, de loin, un des plus mauvais documentaires vus ces dernières années, pourtant sur un des cinéastes américains les plus marquants de la deuxième moitié du XXème siècle aux Etats-Unis.

Carlotta compense comme l’éditeur le peut en soignant une édition haute définition, particulièrement le combo nommé Edition Prestige Limitée. Il contient le DVD du documentaire, le Blu-Ray, des bandes annonces, mais aussi l’affiche du film (esthétique et conforme à l’esprit du cinéma de Brian De Palma), des cartes postales, et, bonus pour le vrai fan boy vintage, des fac-similés des dossiers de presse d’époque de Furie (1978) et Blow Out (1981). Faute de grives, on mange des merles ?


A propos de Alexandre Santos

En parallèle d'écrire des scénarios et des pièces de théâtre, Alexandre prend aussi la plume pour dire du mal (et du bien parfois) de ce que font les autres. Considérant "Cannibal Holocaust", Annie Girardot et Yasujiro Ozu comme trois des plus beaux cadeaux offerts par les Dieux du Cinéma, il a un certain mal à avoir des goûts cohérents mais suit pour ça un traitement à l'Institut Gérard Jugnot de Jouy-le-Moutiers. Spécialiste des westerns et films noirs des années 50, il peut parfois surprendre son monde en défendant un cinéma "indéfendable" et trash.


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