Zombie Strippers 1


Entre ersatz inavoué de Une Nuit en Enfer et film hommage aux exploitation movie façon Grindhouse, Zombie Strippers ne parvient pas à se placer, à choisir son camp. En voulant parodier le cinéma de Robert Rodriguez, le réalisateur oublie que le mexicain était déjà lui même dans une forme de parodie, une erreur de jugement qui fait passer ce film de strip-teaseuse Zombie de la case “grindhouse” à la case “nanar”. Pour notre plus grand plaisir ? Oui. Pour notre plus grand plaisir.

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« Je vais devoir me déshabiller devant des hommes,
et tant pis pour ma virginité, tant que je peut payer une poche à caca à ma grand-mère »

Réalisé par Jay Lee, un illustre inconnu, le film surfe en 2008 sur la sortie du diptyque Grindhouse réalisé par Quentin Tarantino et son acolyte Robert Rodriguez. Après les sorties de Boulevard de la Mort et Planète Terreur, d’innombrables films estampillés hommages aux films d’exploitation ont déferlé sur le marché américain, certains en salles, d’autres dans le circuit surprenant du direct-to-dvd. En redorant l’image d’un autre cinéma, les deux brillants réalisateurs ont permis à d’autres aficionados de réaliser, eux aussi, leurs délires gores avec des jolies filles, des flingues, du gore et de la pellicule faussement usagée. Sous couvert d’un budget pas si petit que cela, les ingénieux réalisateurs sortent des hommages aux films fauchés des 70’s, une recette que Zombie Strippers applique à la lettre.

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Le film démarre par un étonnant montage d’images de news télé, on nous y apprend que George W. Bush vient d’être à nouveau élu, pour son quatrième mandat, et qu’il a choisit comme vice président Arnold Schwarzenegger. Tous les deux, ils se livrent à d’innombrables guerres. En Irak, Afghanistan, Iran, Lybie, mais aussi au Canada, en France et même en Alaska. Pour pouvoir livrer cette guerre, les Etats Unis d’Amérique n’ont pas d’autre choix que de ramener à la vie leurs soldats morts, pour créer une armée de morts vivants. Tiens donc. Volontairement “politiquement incorrect”, le film étonne au premier regard par son caractère provocateur et délibérément fun, un bon point qui sera conservé scrupuleusement par le réalisateur tout au long de son film. Si le pitch de base annonce un film plein de gun fights, l’histoire va très vite dériver vers un bar à strip tease dans lesquels des belles naïades complètement refaites (dont la porno star Jenna Jameson) travaillent pour un patron peu scrupuleux, interprété par le mythique Robert “Freddy Krueger” Englund. A ce moment de l’histoire, vous ne pouvez pas ne pas penser à Une Nuit en Enfer, tant le scénario est quasiment le même. Remplacez les strip-teaseuses vampires par des zombies, et le tour est joué.

Mais voilà, trainant sur la longueur, le film n’arrive pas, dans sa première moitié, à choisir sur quel sentier se lancer. Alors que d’autres essais voisins comme le  Planète Terreur de Robert Rodriguez lançait assez rapidement les zombies dans le feu de l’action, on a le droit avec Zombie Strippers  à une première partie qui n’a pour intérêt que de dresser le portrait d’une tribu de strip teaseuses sans charisme, siliconées jusqu’à la moelle, qui enchaînent les show sexy sous le regard attentif de leur patron avide, de leur meneuse de revue – une ex strip teaseuse avec un accent de l’est – et du meilleur personnage du film, l’homme à tout faire, qui est bien sûr mexicain. A cet instant, on se demande où le scénario veut nous mener. On a commencé par une ambiance de guerre, très breaking news comique, puis nous voilà plonger dans un mauvais soap sur le milieu du strip tease, et pourtant, dans le titre, il y’a bien le terme Zombie non ? Patience.

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Finalement, la transformation va s’opérer. Le brûlot politique raté, qui avait laissé place à un brulot social et comique, lui aussi raté – n’est pas Matt Stone et Trey Parker qui veut – finit par se laisser déborder par l’univers Grindhouse enfin assumé. De la même manière que Une Nuit en Enfer  bascule complétement d’univers dès la transformation de Salma Hayek en vampire, la transformation de Jena Jameson en zombie va faire basculer le film dans un trip gore plutôt réussi. Dès lors, les victimes s’enchaînent, les clients à moustaches espérant le lap dance du siècle vont repartir démembrés de leur membre le plus précieux, et les effets gores de très très bonne facture, provoquent des crises de fous rires, car l’horreur est utilisée à des fins comiques avec brio. Si le film assumerait la prolifération d’effets gores gratuits dont il tire parfois des séquences mémorables, et oublierait un temps soit peu de longues et inutiles séances de danses sexy, pas tellement sexy – encore moins quand elles sont pratiquées par des strip-teaseuses dont la peau rappelle celle de Jeanne Moreau en 2011 – on pourrait finalement apprécier le caractère complétement fun du film, s’il s’accorderait à privilégier la surenchère. S’il y parvient aux détours de scènes hilarantes, comme une séquence durant laquelle deux strip-teaseuses en lambeaux utilisent leurs vagins comme mitraillettes à… boules de billard… Zombie Strippers rate le coche d’être un réel gros film Grindhouse.

Au final, des bonnes idées, il y’en a pléthore dans ce film, mais bien qu’il réutilise les codes du genre, essaye désespérément ne pas tomber dans le remake inavoué de Une Nuit en Enfer en ajoutant, ci et là, des scènes de lap dance mettant en avant la plastique retouchée de ses actrices, des choix qui le font plus se tourner du côté d’un Russ Meyer du pauvre que d’un Romero aux allures fun. Dommage.


A propos de Joris Laquittant

Sorti diplômé du département Montage de la Fémis en 2017, Joris monte et réalise des films en parallèle de son activité de Rédacteur en Chef tyrannique sur Fais pas Genre (ou inversement). A noter aussi qu'il détient le record européen du plus jeune détenteur du diplôme d'éleveur de Mogwaï (il avait cinq ans et trois jours) et qu'il a été témoin du Rayon Bleu. Ses spécialités sont le cinéma de genre populaire des années 80/90 et tout spécialement la filmographie de Joe Dante, le cinéma de genre français et les films de monstres.


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