Un très mauvais pressentiment • Saison 1   Mise à jour récente !


Sortie de nulle part sur Netflix et produite par les frères Duffer, la série Un très mauvais pressentiment (Haley Z. Boston, 2026) est ce que l’on appelle communément une très bonne surprise. Un choc d’épouvante dont on devrait se rappeler pendant longtemps et qui n’oublie pas de raconter quelque chose sur cette institution qu’est le mariage.

Une mariée apparaît en plan rapproché ; elle porte une robe blanche et un voile blanc translucide est rabattu sur son visage ; la pièce est sombre autour d'elle et l'on peine à reconnaître l'environnement ; plan de la Saison 1 de UN TRES MAUVAIS PRESSENTIMENT, série Netflix.

© Tous droits réservés

La mariée était en rouge

Quand on se représente une soirée à chiller dans les tréfonds du catalogue Netflix en espérant trouver chaussure à son pied, il y a de fortes chances que des souvenirs douloureux de productions maisons viennent nous hanter. On pense à toi, Agent Stone (Tom Harper, 2023) et aux deux heures que nous ne retrouverons jamais. Et puis… parfois le miracle opère. Une pépite sort du lot. C’était le cas avec Adolescence (Jack Thorne & Stephen Graham, 2025) l’année dernière, et c’est encore le cas avec Un très mauvais pressentiment. Dévoilée en catimini à la fin du mois de mars, la série n’a guère bénéficié d’un effort promotionnel de la part de la plateforme au N rouge. Tant et si bien qu’il nous aura fallu presque un mois pour finalement tomber dessus, lors de l’une de ces fameuses soirées de détresse à racler les fonds du répertoire à l’aide de notre télécommande. Pourtant, la série est produite par Matt et Ross Duffer, à qui l’on doit l’un des titres les plus illustres de Netflix, Stranger Things (2016-2026). On s’étonne alors que l’œuvre n’ait pas été davantage mise en avant et on avance avec crainte.

Trois personnages, deux femmes et un homme, sont autour d'une table et tournés vers la caméra ; l'une des femmes est brune et assise, elle a le menton posé sur le poing ; l'autre femme est blonde et porte un vêtement en fourrure ; l'homme est vêtu d'un peignoir gris ; sur la table, on aperçoit des verres de vin, ainsi que deux plateaux avec de la nourriture ; la pièce est plongé dans l'obscurité, à l'exception d'un plafonnier éclairant la table et l'apéro en cours ; plan de la Saison 1 de UN TRES MAUVAIS PRESSENTIMENT, série Netflix.

© Tous droits réservés

Mais dès les premières minutes, les appréhensions s’envolent pour nous laisser scotchés à nos sièges de pauvres spectateurs qui n’en demandaient pas tant. En effet, la série de Haley Z. Boston pose très rapidement son ambiance malaisante et nous emporte. L’histoire ? Rachel et Nicky ont décidé de se marier et se rendent chez les parents de ce dernier pour qu’il présente sa fiancée à sa famille et pour qu’ensemble ils célèbrent les noces comme il se doit, dans un luxueux chalet de campagne. Sauf que Rachel, dont on épouse les moindres faits et gestes, a comme qui dirait un mauvais pressentiment concernant le grand jour – ce qui est amplifié par des évènements tous plus troublants les uns que les autres et par une belle-famille pour le moins inquiétante. Voilà pour le décor. Et il faut dire qu’Un très mauvais pressentiment soigne son entrée avec une menace qui, si elle n’est pas tout de suite identifiable, devient multiple et évidemment terrorisante. On se plaint souvent du manque de peur et d’épouvante pures de la production cinématographique ou sérielle actuelle, mais il faut savoir reconnaitre quand cela fonctionne. Et dans Un très mauvais pressentiment, cela marche du tonnerre.

Est-ce un récit de croquemitaine ? Une histoire de possession ? Ou tout ça à la fois ? La série y répond à sa moitié et perd forcément en puissance horrifique, mais en déplaçant son enjeu, elle parvient justement à élargir son spectre et à appuyer son propos. Ainsi, les considérations de la créatrice, réalisatrice de Beach Logs Kill (2024), se développent pour questionner la notion de sincérité en amour et pour demander en quoi le poids de l’héritage familial peut la déterminer à long terme. C’est finement écrit et, inévitablement, cela résonne en chaque spectateur. Plus proche de It Follows (David Robert Mitchell, 2014) que de Wedding Nightmare (Matt Bettinelli-Olpin & Tyler Gillett, 2019) en somme. Et c’est là que l’on comprend que l’on s’est fait berner ; du choc horrifique où tous les outils y passent – du jump scare légèrement amélioré au found footage que l’on n’avait vu aussi pertinent et réussi depuis des lustres – au drame intelligent et puissant, il n’y a qu’un pas que nous avons franchi sans nous en rendre compte. Dans une œuvre où la notion de manipulation est portée au pinacle, on peut dire que la scénariste a joint la forme au propos.

Un homme et une femme sont proches et sourient ; la femme est brune et a le bras droit autour du cou sur l'épaule de l'homme, qui doit être son compagnon ; derrière eux, on devine une assemblée de convives ; plan de la Saison 1 de UN TRES MAUVAIS PRESSENTIMENT, série Netflix.

© Tous droits réservés

Si la série fonctionne autant, c’est aussi en raison de la force de ses images. Et les trois réalisatrices qui se succèdent à la barre des épisodes ont eu un rôle crucial pour imposer cette tension permanente. En premier lieu Weronika Tofilska, la réalisatrice polonaise déjà à l’œuvre sur la mini-série Mon petit renne (Richard Gadd, 2024), autre étude délicieuse des caractères humains sur Netflix. Les deux premiers épisodes qu’elle signe sont en tout point remarquables, proches de la perfection. Un très mauvais pressentiment repose sur des choix de mise en scène radicaux, presque à contre-courant de la mode et des procédés horrifiques actuels. C’est aussi de cette façon d’aborder la réalisation que la série fait naitre l’inconfort permanent et l’idée que tout peut arriver à la seconde qui suit. Jamais accessoires ou gratuits, les effets de ces huit épisodes sont clairement une petite révolution dans la façon de représenter l’horreur sur écran, grand ou petit, tout étant dans la citation actualisée à des œuvres comme Twin Peaks (Mark Frost & David Lynch, 1990-2017) ou Je veux juste en finir (Charlie Kaufman, 2020). Reste alors des images perturbantes qui pourraient entrer au panthéon du genre.

Il y a fort à parier que le casting, composé de visages inconnus ou presque, prenne du grade dans les années à venir. En effet, à part la grande et angoissante Jennifer Jason Leigh, héroïne de eXistenZ (David Cronenberg, 1999) ou des Huit Salopards (Quentin Tarantino, 2015), et le génial Ted Levine, éternel Buffalo Bill du Silence des agneaux (Jonathan Demme, 1991) ou directeur flippant de l’asile de Shutter Island (Martin Scorsese, 2010), tous les acteurices de la série sont quasiment novices ou d’éternels seconds couteaux. À commencer par Camila Morrone, interprétant Rachel, qui porte littéralement toute l’œuvre sur ses épaules. Passant de l’effroi à la détermination, du questionnement à la certitude, elle impressionne par la multitude de facettes qu’elle offre à voir. Elle est bien servie par des partenaires, tous impeccables, tels que Adam DiMarco, vu dans la deuxième saison de The White Lotus (Mike White, depuis 2021), Karla Crome, aperçue dans Misfits (Howard Overman, 2009-2013) ou encore la très étrange Gus Birney, qui accapare l’attention dans chaque scène qu’elle traverse. Mais celui qui incarne peut-être le mieux cette bascule opérée par la série en son milieu, c’est Jeff Wilbusch, touchant dans son rôle de frère torturé.

Le visage d'une femme apparaît en gros plan ; elle a les yeux écarquillés et portent les mains sur ses joues ; ses ongles sont couverts de vernis noir et elle porte plusieurs bagues aux doigts ; l'arrière-plan est flou, mais surtout plongé dans l'obscurité ; plan de la Saison 1 de UN TRES MAUVAIS PRESSENTIMENT, série Netflix.

© Tous droits réservés

Un très mauvais pressentiment reste donc une très bonne surprise qui devrait gagner à être vue et disséquée. Une œuvre d’une grande richesse, qui frappe d’abord par sa portée horrifique et ténébreuse, avant de toucher et de parler au cœur. Le final divisera, tout comme ce changement surprenant de ton ; mais pour une production Netflix que personne n’attendait au tournant, la série ose et réussit beaucoup. On prie très fort pour qu’il n’y ait pas de saison 2, car, en l’état, Un très mauvais pressentiment est une œuvre achevée mais ouverte, de laquelle on ne souhaite guère plus de réponses. On a aimé être pris au jeu de ce train fantôme et l’expérience se suffit à elle-même. Alors, on s’en retourne à continuer de fouiller dans les bas-fonds du catalogue Netflix à la recherche de la future pépite du genre. On vous fera signe pour vous éviter le désagrément de tomber sur un fruit pourri.


A propos de Kévin Robic

Kevin a décidé de ne plus se laver la main depuis qu’il lui a serré celle de son idole Martin Scorsese, un beau matin d’août 2010. Spectateur compulsif de nouveautés comme de vieux films, sa vie est rythmée autour de ces sessions de visionnage. Et de ses enfants, accessoirement. Retrouvez la liste de ses articles sur letterboxd : https://boxd.it/rNJuC

Laissez un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

trois × 4 =

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.