The White Lotus • Saison 3


Après une première saison quasi parfaite et une deuxième un peu décevante, The White Lotus (Mike White, depuis 2021) revient continuer son étude de la décadence des riches bourgeois du monde entier. Exit Hawaï et la Sicile, place à la Thaïlande et sa spiritualité teintée de fièvre incandescente. Renouveau salvateur ou ronflement mortifère ?

Quatre employés de l'hôtel de la saison 3 de White Lotus, vêtu en tenue d'iliens, saluent les nouveaux arrivants sur la plage.

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Le charme bien trop discret de la bourgeoisie

La première saison de The White Lotus avait posé des bases solides à la série anthologique de Mike White : des riches venus des quatre coins du globe pour se payer un bain de soleil, trouver un sens à leur vie ou réparer leurs couples. En faisant de chaque saison une nouvelle destination dans les luxueux hôtels White Lotus, le showrunneur prenait le risque de renouveler tout – ou presque – son casting. Seuls Jennifer Coolidge et Jon Gries servaient de fil conducteur entre les deux premières saisons, avec la fin dramatique que l’on connait pour le personnage de la première. Cette troisième salve d’épisodes doit composer avec l’après-Coolidge : comment perpétuer la série après que son visage le plus iconique en soit évacuer ? Cela commence comme d’habitude, un flashforward où une fusillade éclate. Nous revenons une semaine plus tôt tandis qu’arrivent les clients de l’hôtel : Chelsea et Rick, qui cherche visiblement à régler un problème de son passé, la famille richissime Ratliff, qui s’apprête à tout perdre, et trois amies d’enfance venues ressourcer leur amitié. Belinda, la masseuse contrariée de la première saison, arrive également pour commencer son stage et aperçoit Greg, le responsable de la disparition de Tanya. Une multitude de personnages complétée par les employés de l’hôtel et quelques locaux.

Walton Goggins et sa compagne Aimee Lou Wood accueillent, tout sourire, des clients, en tenue de vacanciers, collier de fleurs dans les mains, tout sourire ; scène de la saison 3 de The white Lotus.

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Comme pour les deux premières années, cette saison parvient d’emblée à nous faire aimer/détester ces individus autocentrés et mal aimables. Par l’humour, comme d’habitude, The White Lotus saison 3 arrive à rendre jouissives les pertes de repères – et de fortunes – des uns et des autres. Il y a un effet quasi cathartique à voir les puissants se débattre et ça, l’auteur l’a bien compris. Le père de famille Ratliff en est, à ce titre, la plus parfaite illustration. Joué avec brio par Jason Isaacs, on prend un mal en plaisir à le voir se déliter à mesure que la série progresse. Pour autant, et plus qu’habituellement, The White Lotus propose des personnages plus proches de nous, pauvres mortels, avec Belinda, toujours campée par Natasha Rothwell, et surtout Chelsea et Rick formant le couple le plus sincère du show, toute saison confondue. Aimee Lou Wood et Walton Goggins sont tout bonnement remarquables dans ces rôles qui font office de petites respirations. Car la noirceur guette toujours dans cette série, et cette année, c’est bien le toxique Saxon Ratliff, fils de, qui remporte la palme du personnage le plus détestable. Interprété par Patrick Schwarzenegger, fils de, il est indéniablement le ver dans le fruit. 

Pour autant même si nous sommes en terrain connu, que la mise en scène est toujours exemplaire, des éléments viennent traduire une légère lassitude. On ne critiquera pas le rythme lancinant de la série qui a toujours été l’une des marques de fabrique de The White Lotus, quoiqu’en disent les mécontents, mais plutôt son manque de sens dans le cas présent. On le pressent, beaucoup des ralentis, des fameux plans de coupe, viennent trop souvent combler un sentiment de surplace épuisant à la longue. Il faut dire que des six épisodes de la première saison, nous en sommes désormais à huit, ce qui est regrettable quand on a moins à raconter. La série prend trop le temps pour gérer ses effets, comme la tension autour du retour de Greg finalement résolue de façon assez expéditive dans le dernier épisode. De plus, commençant à connaitre les codes de la série, les différents rebondissements à venir deviennent assez clairs dès le second épisode : c’est à la fois la qualité de la série – être en terrain familier et rassurant d’office – et un défaut en devenir – peut-on encore garder le plaisir intact indéfiniment pour les deux prochaines saisons d’ores et déjà annoncées

Natasha Rothwell, cliente de l'hôtel, attend pour son massage dans le hall de l'établissement.

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Alors cette saison 3 de The White Lotus comble. Beaucoup. On pense par exemple à ce trio d’amies, joué par Carrie Coon, Leslie Bibb et Michelle Monaghan, qui, au départ, est plutôt intéressant sur le papier, démontrant les faux semblants et traitant de l’amitié sur le long terme malgré les divergences d’opinions. Malheureusement, pour une allusion à Trump, on devra se farcir d’interminables histoires de cœur dignes d’un teen movie des années 90. De façon assez inhabituelle, Mike White manque le coche d’un sujet qu’il aurait pu mieux développer. C’est le cas également – et c’est ici davantage inexcusable – sur le traitement du personnage de Saxon. Dès les premières minutes, on nous le présente comme un pervers narcissique quasi ouvertement incestuel. Ce que viendra confirmer un épisode clé de la saison – Full Moon Party – sans que jamais le sujet ne soit remis sur la table avec le sérieux qu’imposerait la situation. Ces erreurs sont réellement inédites dans un show qui aura su brasser des thématiques importantes avec une certaine rigueur par le passé. C’est peut-être là le signe que quelque chose commence à dérailler avec la série. Si elle continue de nous intéresser quand elle se repose sur ses acquis, elle commence à lasser et à perdre de sa verve dans les moments clés.  

On espère beaucoup que Mike White se réinventera pour la future quatrième saison qui devrait se dérouler en France selon les rumeurs, et qu’il retrouve pleinement la formule. Aligner les grands noms – Scott Glenn (de retour dans une série après Daredevil), Sam Rockwell ou Charlotte Le Bon viennent tous passer une tête – ne suffira pas sur le long terme pour faire de The White Lotus une grande série HBO. On ne lui souhaite pas un destin à la Desperate Housewives (Marc Cherry, 2004-2012), autre fameuse étude de mœurs qui avait fini par perdre de son mordant au fil des saisons quitte à devenir sa propre caricature et lasser l’audience. Les dernières minutes de cette saison de White Lotus, toujours plus acerbes, restent encourageantes – l’argent pourrit toujours tous les cœurs. Allez, on y croit !          


A propos de Kévin Robic

Kevin a décidé de ne plus se laver la main depuis qu’il lui a serré celle de son idole Martin Scorsese, un beau matin d’août 2010. Spectateur compulsif de nouveautés comme de vieux films, sa vie est rythmée autour de ces sessions de visionnage. Et de ses enfants, accessoirement. Retrouvez la liste de ses articles sur letterboxd : https://boxd.it/rNJuC

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