28 ans plus tard : Le temple des morts


Tout à la fois continuité du précédent volet et nouvelle remise en question des règles établies depuis presque vingt-cinq ans, 28 ans plus tard : Le temple des morts (Nia DaCosta, 2026) est d’ores et déjà l’une des premières claques genresque de l’année !

Ralph Fiennes chauve, en tenue de guide spirituel ésotérique tout en noir, devant un autel de crânes humains, seulement éclairé par des bougies dans 28 ans plus tard : le temple des morts.

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Memento Mori

Si l’on considère que 28 ans plus tard : Le Temple des morts (Nia DaCosta, 2026) est le second volet d’une trilogie au sein d’une franchise entamée en 2002, alors il avait fort à faire tant les « épisodes du milieu », comme on les appelle souvent, peuvent vite tomber dans le piège du remplissage avant la conclusion en bonne et due forme des trois chapitres. Pour quelques contre-exemples plus que réussis – au hasard L’Empire contre-attaque (Irvin Kershner, 1980), Le Parrain 2 (Francis Ford Coppola, 1974) ou Terminator 2 : Le Jugement dernier (James Cameron, 1991) – nous pouvons opposer une tripotée de deuxième opus n’ayant que cette fonction de filler. L’année dernière, Danny Boyle avait donc ressuscité sa franchise entamée en 2002 avec 28 jours plus tard, en redéfinissant allègrement, c’est le moins que l’on puisse dire, aussi bien son lore que son esthétique. Exit la caméra DV du film originel ou le 16mm de 28 semaines plus tard (Juan Carlos Fresnadillo, 2007) et place à l’iPhone comme nouvel outil d’expérimentations visuelles pour un 28 ans plus tard (Danny Boyle, 2025) longtemps fantasmé par les fans. Le Temple des morts, tourné dans la foulée, avait donc pour mission de continuer les arcs narratifs du film de 2025 et d’ouvrir sur une potentielle conclusion – en cas de succès.

Cinq hommes sont assis face caméra sur un banc, cagoulés et portant un masque à gaz.

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L’histoire reprend donc quelques minutes après que le jeune Spike a fait la rencontre des Jimmys, la secte menée par le sataniste Sir Lord Jimmy Cristal. L’adolescent réussit miraculeusement son rite de passage et est désormais prisonnier et complice du groupe. Pendant ce temps, le médecin Ian Kelson continue son grand œuvre : le Temple des morts, sorte de mémorial aux personnes tuées durant l’infection de la fureur. Il fait la rencontre d’un contaminé alpha – concept établi dans 28 ans plus tard – qu’il va surnommer Samson et sur lequel il va mener des expériences médicamenteuses qui pourraient le guérir de sa psychose. Les Jimmys continuent leur périple meurtrier jusqu’à faire la rencontre de Kelson qui pourrait s’avérer, selon eux, être le diable en personne. Pour cette première suite de la saga reprenant les mêmes personnages que le volet précédent – traditionnellement, chaque film est une histoire bouclée – on entame donc le visionnage en terrain connu, avec des visages plus familiers, mais avec un sentiment étrange. Si Le Temple des morts est une suite directe, elle fait le choix radical de ne s’intéresser aux répercussions que d’un pan de 28 ans plus tard. Ainsi, tout ce qui concernait la communauté insulaire est évacué pour ne se concentrer que sur Spike, le docteur Kelson et les Jimmys.

Cela renforce évidemment l’idée que Spike, en deuil et prisonnier, est désormais livré à lui-même, loin de son père toxique, et cela permet de faire de cet épisode un focus à part entière sur les dérives religieuses des Jimmys. Dans le premier 28 ans plus tard, Kelson apparaissait comme un ermite aux confins de la folie, or Le Temple de morts choisit d’opposer clairement deux « remèdes » aux maux de ce monde. Le premier est la voie empruntée par la secte sataniste qui décide de châtier, de punir et d’offrir des sacrifices à une entité supérieure. Le second est la médecine, finalement employée par Kelson sur Samson. Alex Garland, toujours à l’écriture, continue donc son portrait d’une humanité sans cesse rattrapée, y compris au beau milieu d’une apocalypse, par ses démons intérieurs. Dans le long-métrage de 2025, Garland et Danny Boyle insistaient beaucoup sur l’idée de patriarcat, mais ici, ils mettent les pieds dans le plat en traitant de fanatisme religieux. C’est un motif récurrent dans les œuvres post-apos comme en témoignent The Last of Us (Neil Druckmann & Craig Mazin, depuis 2023) ou The Mist (Frank Darabont, 2007), et les auteurs du Temple des morts poussent ici tous curseurs quitte à frôler la surenchère visuelle avec des mises à mort particulièrement graphiques.

Plan rapproché-poitrine sur Alfie Williams, au sol terrorisé dans 28 ans plus tard : Le temple des morts.

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Car oui, Nia DaCosta, débarrassée de Marvel pour qui elle avait tourné le franchement pas terrible The Marvels (2023), fait ici une proposition radicale. Dépeçage en règle et décapitation à la Predator (John McTiernan, 1987), c’est peu de dire qu’elle est généreuse sur le plan du gore. Toutefois derrière ce déluge de tripes et de sang, c’est surtout l’inconfort des situations qui plonge le spectateur dans des abysses de malaise. C’est une tradition dans la saga : les personnages y vivent des tourments qu’on ne saurait imaginer dans nos pires cauchemars – du viol dans 28 jours plus tard à la mort de la mère dans 28 ans plus tard, en passant par l’acte de lâcheté ultime du père dans 28 semaines plus tard. Mais Le Temple des morts va encore un peu plus loin en montrant une humanité, celle des Jimmys en l’occurrence, qui s’est volatilisée. Un monde sans règles non sans rappeler celui en train de s’esquisser sous nos yeux dans la réalité et qui, par ce parallèle évident avec l’actualité, nous questionne sur notre propre morale. In fine, quand l’unique trace d’humanité du long-métrage survient de par un infecté, on peut se dire que le nihilisme connu et revendiqué d’Alex Garland est arrivé à maturation et dans sa forme définitive.

28 ans plus tard : Le Temple des morts est donc très riche en termes de thématiques et de vertiges sur l’humanité, mais n’en oublie pas de proposer du cinéma. Alors d’aucuns diront que le film est plus sage que ses prédécesseurs, qu’il ose moins. Ce nouvel opus est le premier à être tourné avec une caméra de cinéma, en l’occurrence la Arri Alexa 35, et à rompre avec cette tradition d’expérimentations esthétiques. Pour autant, on peut penser que ça y est, la franchise est arrivée à une sorte de maturité et que le format de captation n’est plus une donnée technique pertinente pour notre entrée dans ce monde. Ainsi, Nia DaCosta propose une réalisation plus « classique » mais pas moins percutante. Certaines séquences nous terrassent sur notre siège – on pense aux quelques attaques d’infectés n’ayant jamais autant surpris – et d’autres, comme celle de la grange, travaillent une atmosphère et un sentiment d’étouffement comme on en a rarement vécu dans la saga. La cinéaste propose donc une ambiance singulière et elle ose même quelques élans de bonté et d’espoir quand elle filme la relation entre l’alpha Samson et le docteur Kelson. Une première qui contrebalance le nihilisme ambiant et qui ouvre à de belles possibilités pour la conclusion que l’on espère faisable.

Un homme torse nu aux cheveux longs, semblant un sauvage, a un genou au terre au milieu d'un petit fleuve, dans la nature, et hurle de colère ; plan issu du film 28 ans plus tard : le temple des morts.

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Dans les points notables, on peut évoquer la musique de Hildur Guonadottir, compositrice de Joker (Todd Phillips, 2019) ou de Tar (Todd Field, 2022), livrant une bande-originale habitée et angoissante. La musicienne reprend même In the House, in a Hearbeat, le fameux thème de John Murphy quand le générique final tombe. On peut souligner aussi à quel point Ralph Fiennes est et restera un grand comédien. Il apporte tout son bagage d’acteur aussi touchant qu’inquiétant pour incarner le docteur Kelson et toute son ambiguïté. Jack O’Connell, lui, confirme tout le bien que l’on pensait de lui grâce à une prestation haute en couleurs de cette parodie de Jimmy Savile – voire de Trump à certains égards. Et Alfie Williams, sorte de repère moral dans tout ce chaos, incarne à merveille ce désespoir qui nous saisit au visionnage. Petit spoiler, même si cela avait été annoncé par Danny Boyle, la présence finale de Cillian Murphy reprenant son personnage de Jim, héros de 2002, est parfaite. Cela vient, en une petite séquence, englober toute la mythologie de la saga et promettre, alors que Spike et Jimmy Ink semblent vouloir rejoindre l’île, un final d’anthologie. Un troisième volet qui n’existera qu’en cas de succès puisque celui-ci n’a pas été tourné, mais dont la promesse ne dilue pas l’intérêt de ce Temple des morts qui se révèle être un excellent « épisode du milieu ».


A propos de Kévin Robic

Kevin a décidé de ne plus se laver la main depuis qu’il lui a serré celle de son idole Martin Scorsese, un beau matin d’août 2010. Spectateur compulsif de nouveautés comme de vieux films, sa vie est rythmée autour de ces sessions de visionnage. Et de ses enfants, accessoirement. Retrouvez la liste de ses articles sur letterboxd : https://boxd.it/rNJuC

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