Coincé entre le statut culte de son prédécesseur et la fin d’un certain âge d’or du cinéma d’horreur américain, Vampire, vous avez dit vampire ? 2 (Tommy Lee Wallace, 1988) mérite d’être redécouvert. Derrière ses excès et ses déséquilibres apparents, le film témoigne de la mutation du mythe vampirique de la fin des années 80 et apporte une réflexion mélancolique sur l’héritage du cinéma fantastique…

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La Reine des Damnées
Sorti en 1988, Vampire, vous avez dit vampire ? 2 arrive à un moment charnière du cinéma fantastique américain. Les années 80 touchent à leur fin, l’horreur a déjà digéré la révolution du slasher, et la figure du vampire, jadis aristocratique et romantique, s’est métamorphosée en créature urbaine et sexualisée. Dans ce contexte, la suite du film de Tom Holland (1985) – pas le Spider-Man du MCU – part avec un sérieux handicap : succéder à une œuvre instantanément culte sans en trahir l’esprit tout en évitant la redite. L’intrigue est située quelques années après le premier volet et Charley Brewster a suivi une thérapie suite à son combat contre son voisin vampire. Il ne croit plus aux vampires, mais sa rencontre avec Regine va bousculer ses barrières mentales. Celle-ci est la sœur de Jerry Dandridge – le méchant du volet précédent – et va pousser le jeune héros alors étudiant à l’université, à reprendre le combat contre ces forces démoniaques. Un scénario et un film qui n’ont pas convaincu les critiques de l’époque, accusant l’objet d’outrances en tous genres, qui pourtant, à distance, permettent de contempler ce cinéma en transition.

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Contrairement à une idée répandue par la presse de l’époque, Vampire, vous avez dit vampire ? 2 ne renie pas ses fondations – Charlie Brewster et Peter Vincent sont toujours là – mais Tommy Lee Wallace choisit de filmer non pas la découverte de l’horreur, d’un monde comme le faisait le premier épisode, mais son après-coup, ses conséquences, notamment psychologiques. Le mal a déjà été vu, affronté et digéré. Cette prise de conscience change la donne. Le personnage de Peter Vincent, toujours interprété par Roddy McDowall, est à cet égard central : là où Tom Holland le filmait comme une figure paternelle à la recherche de sa dignité passée, Wallace le présente comme un survivant désenchanté. De même, la figure du mal n’est plus la même : en remplaçant le vampire aristo incarné par Chris Sarandon par Regine, jouée par Julie Carmen, le film opère un déplacement radical. Regine n’est pas une menace feutrée mais une figure quasi punk, outrageusement sexuelle. Là où Jerry usait d’une séduction insidieuse, nous sommes là dans une conquête agressive s’inscrivant davantage dans l’imagerie des années 80, où le vampire devient une figure de surface, presque de mode – que l’on retrouvait dans Génération perdue (Joel Schumacher, 1987) ou Aux frontières de l’aube (Kathryn Bigelow, 1987). Les vampires ne se cachent plus, ils occupent l’espace et, d’une certaine façon, la lumière.
Vampire, vous avez dit vampire ? 2 est finalement assez logique dans l’œuvre de son réalisateur. Monteur d’Halloween, la nuit des masques (John Carpenter, 1978) et de Fog (John Carpenter, 1980), Tommy Lee Wallace est souvent considéré comme le faiseur de suites à Carpenter – il a effectivement réalisé Halloween 3 : Le Sang du sorcier (1982) et Vampires 2 : Los Muertos (2002) – or ce serait réduire son travail à peu de choses. On peut le voir comme un cinéaste de la dissonance ; son volet d’Halloween est le seul à se passer de Michael Myers pour explorer d’autres pistes horrifiques. C’est ce parti pris de rupture qu’il met encore en œuvre dans Vampire, vous avez dit vampire ? 2. Et il ne faut pas oublier que Tommy Lee Wallace est celui à qui l’on doit la première adaptation de Ça de Stephen King avec
Il est revenu (1990) et ses images marquantes et traumatisantes pour toute une génération ! Dans sa suite du long-métrage de Tom Holland, Wallace fait appel à de solides artisans de l’époque dont Mark Irwin, le directeur de la photographie qui s’était illustré chez David Cronenberg dans Chromosome 3 (1979), Scanners (1981) ou Videodrome (1983), ou chez Wes Craven avec le sous-estimé Freddy sort de la nuit (1994) ou Scream (1996).
On peut également citer la belle bande-originale de Brad Fiedel, compositeur du thème légendaire de Terminator (James Cameron, 1984), accompagnant le film de belle manière et lui confère cette patine eighties faite de synthé et d’accentuations musicales. Vampire, vous avez dit vampire ? 2 bénéficie donc d’une solide facture à bien des niveaux, et se regarde sans déplaisir. La nouvelle édition de chez Sidonis Calysta rend d’ailleurs joliment compte des qualités visuelles et sonores du long-métrage, grâce à un travail de restauration savamment dosé. Cela permet de contempler les effets spéciaux toujours inventifs qui poussent également tous les potards, dans la même logique de tendre vers le grotesque. Malgré ses défauts évidents d’interprétations, de mauvais goût ou autres, cette nouveau combo DVD/Blu-Ray permet de se rendre compte à quel point il s’agit-là d’un vestige d’une autre époque et d’un marqueur clé de la représentation du vampire au cinéma. Quelques années avant un retour du gothique chic avec Dracula (Francis Ford Coppola, 1992), nous sommes plongés dans une imagerie toute autre qui n’est pas dénuée de charme et qui raconte beaucoup des années 80 reaganiennes. Un vestige d’un autre temps qui mérite d’être redécouvert…



