McWalter


Mister V, aidé de Simon Astier à la réalisation, fait revivre l’esprit ZAZ dans le cinéma hexagonal avec McWalter (2025), suite des aventures de l’inspecteur le plus con depuis Frank Drebin, entamées depuis dix ans sur YouTube et maintenant disponible sur Amazon Prime. Le passage des youtubeurs au cinéma : est-ce que cette fois c’est la bonne ?

Mister V prêt à tirer avec deux pistolets dans McWalter sur Amazon Prime.

© Amazon Prime Video

Funny Movie

Difficile de faire une critique équitable d’un film pensé par et pour l’un des humoristes me faisant le plus rire sur le YouTube français. Même dans ses sketchs les moins inspirés, Mister V m’amuse dans sa façon de revendiquer fièrement un humour gras et bas du front. Ce n’est pas fin, mais c’est diablement efficace. À ce titre, le personnage de McWalter, qui a eu le droit à plusieurs vidéos depuis 2015, est un parfait exemple de ce qui fait le sel de l’écriture absurde d’Yvick Letexier – le vrai patronyme de Mister V. Un parfait concentré d’idiotie référencée et décomplexée. Le garçon n’a pas le même rendement sur YouTube que Squeezie, Michou ou Inoxtag ; et pour cause, il rappe, vend des pizzas et joue occasionnellement dans des films tels que Camping 3 (Fabien Onteniente, 2016) ou Banger (So Me, 2025). Pas que des chefs-d’œuvre, ce qu’il reconnait volontiers. Aujourd’hui, le voilà dans un projet qu’il a co-écrit avec ses compères Freddy Gladieux et Vincent Tirel, sous la tutelle de Simon Astier pour structurer toutes ces conneries en scénario. Se faisant, McWalter (2025) évite d’office le syndrome Le Manoir (Tony T. Datis, 2017), sorte de vidéo YouTube interminable sortie sur grand écran, n’ayant aucune construction cinématographique.

Plan en contre-plongée sur Mister V, dans la rue de nuit, sur ses gardes, issu du film McWalter.

© Amazon Prime Video

Alors entendons-nous, Mister V et Simon Astier ne viennent pas de nous livrer un pur chef-d’œuvre du septième art, mais McWalter en a assez sous le capot pour justifier sa seule existence. Héritier du spoof movie – ces films parodiant les succès passés tels que Hot Shots (Jim Abrahams, 1991) ou Scary Movie (Keenen Ivory Wayans, 2000) – le film raconte donc les mésaventures de McWalter, un flic complètement décalé, qui fait le deuil de Tracy, sa femme. Une vague d’attentats partout dans le monde l’accuse ; des traces de son ADN ont été retrouvées sur chaque site touché. McWalter va alors tenter de prouver son innocence en coinçant les véritables coupables tout en échappant à ses anciens collègues. Un scénario classique du film d’espionnage/policier dont les auteurs ont véritablement compris les mécaniques et digéré les grands classiques. On pense évidemment à Y a-t-il un flic pour sauver la reine ? (David Zucker, 1988) ou The Mask (Chuck Russell, 1994) dans son rythme effréné de blagues en tous genre ou sa gestion des gags en arrière-plan. Mais aussi à Piège de cristal (John McTiernan, 1988), L’Arme Fatale (Richard Donner, 1987) ou encore à Mission : Impossible (Brian De Palma, 1996), bref tout ce que le cinéma d’action US a fait de mieux dans les années 80/90.

On le sait notamment via son très drôle sketch sur Les Jones ou son amour de la NBA, Mister V est un fan des États-Unis, et son film transpire cet héritage. Il n’est pas le premier à s’être inspiré des ZAZ, Les Nuls l’avaient fait notamment dans La Cité de la peur (Alain Berberian, 1994) avec plus de maitrise, mais son absence d’ego ou de compromis face à l’absurde et au ridicule force le respect. Les blagues défilent sans toujours faire mouche, mais les auteurs ont révisé leurs classiques et ça se voit à chaque photogramme. Ce qui peut apparaitre comme chargé ou répétitif est en fait une vraie règle de David Zucker – comme cette séquence où McWalter essaye d’ouvrir plusieurs poignées de porte de voiture – consistant à alourdir au maximum un gag pour le rendre drôle dans l’absolu. Alors le rythme est tambour battant et on frôle parfois l’overdose, cependant, il y a là un geste assez généreux de la part de Mister V, conscient de la bêtise de l’ensemble, mais jamais pingre sur le dosage. On sent le numéro d’équilibriste entre l’héritage du format YouTube et celui du cinéma évoqué plus haut, notamment dans le dernier acte ultra prévisible, mais au fond, le plaisir l’emporte.

Vincent Dedienne en méchant chevelu avec grosses lunettes d'aviateur dans McWalter de Simon Astier.

© Amazon Prime Video

Si l’ensemble reste digeste, c’est incontestablement grâce à l’apport de Simon Astier qui n’est pas juste le « frère de » ou un yes man dans cette histoire. On rappelle que le réalisateur a signé une série culte, Hero Corp (2008-2017), une autre de science-fiction, Visitors (depuis 2022), et quelques épisodes et téléfilms pour la télévision. Et dans le fond, force est de constater qu’en termes de mise en scène, il s’en tire mieux que son demi-frère Alexandre Astier qui, sur Kaamelott : Premier Volet (2021) pêchait à vouloir occuper tous les postes. Ici, Simon Astier n’hésite pas à confier des postes clés à des artistes solides comme Antoine Roch à la photographie, qui s’était illustré sur Attila Marcel (Sylvain Chomet, 2013) ou Un Homme idéal (Yann Gozlan, 2015). Si narrativement, McWalter part parfois dans tous les sens, sa réalisation tient complètement la route grâce à une bonne gestion de l’action, des effets visuels – impressionnante scène de course poursuite entre un bateau et un cargo de conteneurs ! – et du tempo comique de sa tête d’affiche. Là où ce genre de productions, a fortiori lorsqu’elles sortent directement sur une plateforme comme Prime Video, peine à insuffler de l’ampleur à la mise en scène, Astier se joue et dépasse les attentes.

Dans ce genre de comédie déjantée, le casting est une donnée essentielle, et McWalter assure également de ce côté-là. Une ribambelle d’acteurices venus d’un cinéma plus sérieux ou d’internet viennent passer une tête et tirer leur épingle du jeu ; William Lebghil, François Berléand, Géraldine Nakache, Vincent Dedienne ou Vincent Tirel en tête. Si on peut déplorer que l’excellent Freddy Gladieux se cantonne à un petit caméo, tout ce beau monde semble s’éclater à rentrer le délire abscons de son auteur. Même le légendaire Richard Darbois vient incarner… un aigle. Mister V, quant à lui, s’amuse dans un rôle à la profondeur toute limitée. Cascades, combats mano à mano, répliques qui tuent : le comédien est comme un poisson dans l’eau. Tout juste regrette-t-on que sa palette de jeu l’empêche d’aborder McWalter avec un peu plus de sérieux, comme le faisais Leslie Nielsen avec Frank Drebin dans les Y a-t-il un flic… de sorte à faire ressortir encore plus le caractère absurde de certaines situations. On ne va pas chipoter. On n’a échappé et de loin au syndrome du Manoir, et pour une fois que l’on arrive à peu près à se mesurer aux américains sans paraitre trop ridicule, on ne va pas bouder notre plaisir. McWalter, c’est con, lourd parfois, mais c’est tout ce qu’on demandait… Je vous laisse, je file revoir Les Jones.


A propos de Kévin Robic

Kevin a décidé de ne plus se laver la main depuis qu’il lui a serré celle de son idole Martin Scorsese, un beau matin d’août 2010. Spectateur compulsif de nouveautés comme de vieux films, sa vie est rythmée autour de ces sessions de visionnage. Et de ses enfants, accessoirement. Retrouvez la liste de ses articles sur letterboxd : https://boxd.it/rNJuC

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