Dire qu’on attendait beaucoup de Banger (So Me, 2025), sorti sur Netflix, serait exagéré, mais on pouvait tout de même s’attendre à une partie de rigolade à la mode de chez nous, avec un Vincent Cassel des grands jours. Que nenni, le néo-cinéaste s’employant, minute après minute, à rendre son film le plus soporifique possible…

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Un moment d’égarement 2

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C’est bien souvent l’heure de vérité pour les artistes ayant fait les grandes heures du clip, la réalisation du premier long-métrage. Certains s’en sont tiré avec les honneurs comme David Fincher, Michel Gondry ou Spike Jonze, d’autres s’y sont cassé méchamment les dents comme Steve Barron ou Laurent Boutonnat. So Me, qui nous intéresse aujourd’hui, est encore plus qu’un réalisateur de clips puisqu’il est aussi graphiste et animateur. Au moment de passer au long-métrage de cinéma avec Banger, on pouvait raisonnablement penser qu’il allait mettre à profit toutes ses expériences pour insuffler une imagerie bien particulière. Or mis à part un générique final visuellement soigné, il faudra se contenter de plans à peine composés et d’un montage que Jean-Marie Poiré n’aurait pas renié. Le pitch était pourtant prometteur – pour une comédie franchouillarde hein – avec cette histoire de DJ has been, Scorpex, recruté par la DGSI pour s’infiltrer auprès de Vestax pour démanteler un réseau de trafic de drogues. Plus proche de Family Business (Igor Gotesman, 2019-2021) que de la comédie à la papa type Christian Clavier, Banger ne prétendait pas réinventer l’eau tiède, mais même en partant de ce postulat pourtant pas bien haut, nous arrivons à être déçus…
La promesse reposait sur trois points : Laura Felpin et Mister V qui nous amusent dès qu’ils apparaissent à l’écran et Vincent Cassel qui, entre deux projets plus sérieux et internationaux – en l’occurrence Les Linceuls (David Cronenberg, 2025) et Sacrifice (Romain Gavras, 2025) – aime à nous régaler en cassant son image. On espérait retrouver sa fougue et son verbe de Mesrine : L’Ennemi public n°1 (Jean-François Richet, 2008) et un meilleur sens du ridicule que dans Astérix : L’Empire du milieu (Guillaume Canet, 2023). C’est la plus grande déception du film : Cassel est à côté de la plaque. On perçoit que le réalisateur ait voulu traiter, en sous-sous-sous-texte, du fossé générationnel entre deux artistes et entre un père et sa fille, mais le résultat est qu’à force de mauvaises blagues sur le veganisme, l’art contemporain ou le féminisme, on finit par reconnaitre davantage le Vincent Cassel en guise de tonton gênant des dernières sorties médiatiques – sur MeToo, Andrew Tate ou lors de la promo de Gauguin : Voyage de Tahiti (Édouard Deluc, 2017). Ce qui aurait pu souligner la place du DJ dans ce nouveau monde finit par convoquer tout l’extra-septième art autour du comédien, ce qui est bien dommage.
Au final, le cabotinage de Vincent Cassel est vain et empiète sur les tentatives humoristiques de Laura Felpin qui est inhabituellement limitée dans la construction de son personnage – son point fort d’ordinaire – et de Mister V qui se contente de rejouer certaines de ses partitions YouTube. Ce ne sont pas les présences des excellents Alexis Manenti, Nicolas Maury ou Déborah Lukumuena qui pourront rattraper quoique ce soit tant leurs fonctions dans le récit sont courues d’avance. Les caméos de Philippe Katerine, Manu Payet ou Kavinsky finissent par agacer tandis que le népotisme, toujours bien portant en France comme ailleurs, merci pour lui, continue de faire des ravages à l’écran quand il est mal pensé… Là où d’autres productions françaises de chez Netflix comme la série Fiasco (Igor Gotesman & Pierre Niney, 2024) avaient su équilibrer entre trip entre potes et une certaine rigueur artistique, Banger, lui, enfile les noms comme si cela pouvait suffire à en faire un objet d’intérêt. Et c’est d’autant plus regrettable qu’en choisissant des comédien.nes ayant de près ou de loin un lien avec la musique – Vincent Cassel est lui-même le frère de Rockin’ Squat, du mythique groupe de rap Assassin – la forme aurait pu s’accorder avec le fond…

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La forme, parlons-en. La mise en scène de So Me est tout bonnement inexistante. À croire que le réalisateur ait souhaité se contenter d’appliquer un étalonnage « à la Netflix » pour « faire cinéma ». Les plans se succèdent sans logique aucune, sans aucune envergure ni même sens de la grammaire cinématographique. Des plans tous plus insignifiants les uns que les autres que peine à assembler le monteur, Cyril Nakache, pourtant nommé aux César pour son travail sur Marguerite (Xavier Giannoli, 2015) ou Illusions perdues (X. Giannoli, 2021) et qui accélère péniblement le rythme à coups de cuts mal fichus, rappelant, on le disait, les grandes heures des Visiteurs 2 : Les Couloirs du temps (J.M. Poiré, 1997) et son découpage à la hache et sous cocaïne. Reste, pour gratter quelques points positifs à ce film que vous pourrez retrouver sur Netflix si vous ne savez vraiment pas comment combler le vide, une bande-originale signée par les belges de Soulwax, déjà derrière la musique de Belgica (Felix Van Groeningen, 2016). Ce sont bien peu de choses, mais que voulez-vous ?



