Parmi les nombreux plaisirs coupables dont peut jouir l’amateur de bis, il y a les films où Jacinto Molina Álvarez, alias Paul Naschy, tient le haut de l’affiche. S’ils ne sont pas tous mémorables et sont souvent réalisés avec des bouts de ficelle, ils contiennent toujours ce qu’il faut d’action, de sang et d’érotisme. La furie des vampires (León Klimovsky, 1971), proposé ici en deux versions par Rimini Éditions, ne déroge pas à la règle et nous rappelle ce qu’était le cinéma d’horreur espagnol au début des années soixante-dix.

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Quand y’en a marre, y’a Waldermar
Lorsqu’un médecin légiste procède à l’autopsie de Waldemar Daninsky, il découvre que le cadavre porte la marque des loups-garous. En extrayant les balles en argent qui l’ont tué, il ramène la créature à la vie… Sans qu’il y ait une quelconque cohérence dans les intrigues, La furie des vampires est le troisième volet des aventures du lycanthrope incarné par Paul Naschy, après Les Vampires du docteur Dracula (Enrique López Eguiluz, 1968) et Dracula contre Frankenstein (Tulio Demicheli et Hugo Fregonese, 1970). Ces titres français quelque peu racoleurs n’ont en réalité que peu de rapport avec le contenu des films : pas de Dracula ni de Frankenstein, mais seulement de vagues ersatz. Ainsi, cette nouvelle aventure du loup-garou est nommée La noche de Walpurgis dans son pays natal, le sabbat des sorcières où les suceurs de sang et autres morts-vivants se réveillent pour prendre possession du monde, ce qui est bien plus conforme au scénario.

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Pour passer un bon moment, il convient tout d’abord de ne pas chercher la moindre trace de plausibilité à ce qui se trame sous nos yeux. Deux magnifiques jeunes étudiantes – Elvire (Gaby Fuchs) et son amie Geneviève (Barbara Capell) – travaillent sur une thèse dont le sujet est la magie noire et les rites occultes ? Pourquoi pas. Elles partent, seules et court-vêtues, dans un village isolé à la recherche de la tombe ancestrale de Davula de Nadasdy, une comtesse hongroise adoratrice de Satan ? Admettons. Elles manquent de carburant alors qu’elles arrivent près de la demeure de Waldemar Daninsky, soi-disant écrivain en recherche d’inspiration, et acceptent son hospitalité ? Soit. Tout devrait les faire fuir – Geneviève découvre des entraves et des murs tachés de sang dans une remise puis est violemment agressée par la sœur à moitié folle de Waldemar – mais elles décident de rester ? A la limite. Si on est parvenu à ce stade du film, c‘est qu’on privilégie à une quelconque cohérence ou prétention artistique le divertissement simple de cette pure œuvre d’exploitation.
De la violence, du sang bien écarlate, des créatures infernales, des jeunes filles à la poitrine occasionnellement dénudée, une romance impossible, un soupçon de « transgression » sexuelle… tous les ingrédients sont conçus à l’époque pour apporter au spectateur essentiellement mâle une heure trente de distraction, y compris des moments involontairement drôles comme le bistrot « français », son coq tricolore qui trône sur le zinc, et la plaque « aqui Ricard » en arrière-plan ! Car dans l’Espagne franquiste, il n’est pas question que des loups-garous et autres vampires se promènent en terre catholique. C’est pourquoi l’action si situe dans « le nord de la France »… qui ressemble à s’y méprendre à la campagne espagnole. Et la Citroën 2CV break de « Pierre » ne donne pas vraiment le change. Il faut rappeler qu’à l’époque, les producteurs utilisent toutes sortes de stratagèmes pour contourner une censure féroce (voir notre chronique de La Résidence, Narciso Ibáñez Serrador, 1969). Pour s’attirer ses faveurs, ils n’hésitent pas à mettre également en avant la puissance de la religion, triomphant toujours du Mal. Ainsi, les engeances sataniques finissent invariablement par être vaincues, y compris Waldermar lui-même, atteint en plein cœur par la croix de Mayence, un crucifix en argent.
Le Blu-ray comporte deux montages du film dont une version courte doublée en français et disponible également en VOST, expurgée non pas comme on pourrait s’y attendre des scènes érotiques, mais de quelques moments inutiles comme l’enquête de Marcel, le petit ami policier d’Elvire. La version longue est en espagnol sous-titré. En supplément, Paul Daknin raconte, avec enthousiasme et indulgence, l’histoire du cinéma d’horreur ibérique et en particulier les films où apparaît Paul Naschy, cet ancien champion d’haltérophilie reconverti dans le bis. Ses interventions alternent avec un entretien du principal intéressé (décédé en 2009) qui évoque ses débuts dans le genre– on y apprend notamment l’origine de son nom de scène. Cette grosse demi-heure s’avère être plutôt instructive et plaisante, ce qui est loin d’être le cas de tous les bonus en général. On espère que cette belle réédition – un coffret comprenant un Blu-ray assorti de deux DVD et d’un livret de 24 pages – sera suivie d’autres aventures de Waldemar Daninsky, et notamment bien sûr celles qui n’ont jamais connu de sortie en France.



