Hamburger Film Sandwich 3


Deuxième film de John Landis, Hamburger Film Sandwich (The Kentucky Fried Movie en version originale) est dans la lignée de son précédent, Schlock, une comédie satirique et parodique, un film matrice dans l’oeuvre de son auteur.

Hamburger Film Sandwich

Maxi Best-Of

Selon l’histoire officielle c’est en découvrant le trublion John Landis faire le show sur les plateaux télévisées où il était invité pour la promotion de Schlock (1973), son premier film, que le collectif des ZAZ – rien à voir avec notre immonde chanteuse vu que c’est en fait l’acronyme de David Zucker, Jim Abrahams et Jerry Zucker – eu l’idée de lui confier la réalisation de Hamburger Film Sandwich (The Kentucky Fried Movie, 1977) un film à sketchs, parodiant avec une fougue burlesque et irrévérencieuse films et programmes télévisées. Composé de vingt sketchs de durée – et qualité – inégale, le film est sans doute l’un des plus représentatifs de la filmographie de John Landis. Ce dossier que nous lui consacrons s’appelle John Landis, Le Cinéaste Pirate, sans l’explication de texte cela pourrait faire penser que notre ami porte le bandeau sur l’oeil où a hérité d’une jambe de bois après un accident de trottinette, mais c’est en réalité un choix beaucoup plus poétique que cela. Plus que d’autres, ce cinéaste-là nous semble avoir l’esprit corsaire parce qu’il a su aborder différents films comme autant de navires – j’espère que vous notez le champ lexical qui sent bon l’iode et le rhum – et littéralement pirater les genres. Le dénominateur commun à tous les films de John Landis est sans nul doute l’humour, plus encore peut-être, le pastiche. Qu’il joue avec le western, le film d’horreur ou la comédie romantique, Landis a toujours su tordre les codes, les réarranger à sa sauce pour livrer des pochades grinçantes. C’est à ce titre que Hamburger Film Sandwich est sans nul doute à la fois la suite logique de son précédent film, Schlock, mais aussi et surtout l’accomplissement de ce que l’on appellerait très vulgairement un style Car oui, il est difficile de parler de style lorsque l’on aborde la question de son cinéma, car comme l’a déjà dit Valentin dans son article sur Schlock, John Landis est un cinéaste qui s’efface derrière les codes. Le style de Landis, s’il faut le définir, est donc peut-être de ne pas en avoir, tout du moins de ne pas chercher à en avoir et de préférer s’amuser avec des codes pré-existants pour les détourner. L’art du détournement et de la parodie est donc le centre névralgique de la filmographie de John Landis dont Hamburger Film Sandwich est sans doute le manifeste, la porte d’entrée la plus évidente.

Hamburger Film SandwichImpossible de faire un pitch de ce film, il faudrait plutôt vous en faire vingt, et je ne vais pas me priver. Non pas par facilité, mais parce que j’ai l’impression qu’il s’agit là de la meilleure façon de vous parler de Hamburger Film Sandwich. Cela me permettra aussi d’éviter les jets de tomates en commentaires de ceux qui m’en voudraient à mort d’avoir oublié de parler de leur sketch préféré. Commençons par le début, si vous le voulez bien. Le patchwork de vignettes humoristiques commence par une parodie de journal télévisé, les journalistes balancent, bien évidemment, des informations plus ridicules les unes que les autres. Ce qui retient un peu plus l’attention, c’est la manière dont le journal télévisé se clôture. Brusquement, les journalistes se font attaquer par un énorme gorille qui décime le plateau avec rage. Sorte d’ersatz de Schlock – dont la créature est un évident clin d’œil – le monstre, par son action, donne le ton du film. Ce sera bête, certes, mais peut-être pas autant qu’on puisse le croire. Cet élan de rage contre les médias marque au fer rouge l’aspect politique et irrévérencieux du film, d’emblée, et jusqu’à la fin, John Landis et ses comparses des ZAZ vont tirer à boulets rouges sur tout le monde. La publicité en fait les frais, qu’il s’agisse du faux spot sur l’industrie du pétrole qui trouve d’autres sources de productions d’énergie avec le sébum collecté sur le visage des adolescents, le gras des peignes à cheveux à l’huile des fast-foods, ou bien encore d’un analgésique, un produit anti-ronflement , un jeu de société inspiré de l’assassinat de Kennedy ou un spot publicitaire vantant les mérites du Front Unifié pour les Décédés qui milite pour le maintien des cadavres dans leur milieu familial. Si l’absurdité épuisée sur la longueur est parfois le maître mot de certains sketchs – Hign Adventure par exemple, qui parodie une interview télévisée, se base sur le gag unique et récurrent du micro-perche entrant (toujours plus) dans le champ de la caméra – certaines pastilles humoristiques sont parfois aussi courtes qu’efficaces, des gags visuels et/ou sonores comme La Sirène, où un homme embêté par l’alarme récalcitrante de sa voiture finit par se rendre compte qu’il peut l’arrêter… En fermant sa braguette. Bien que la télévision soit largement ciblée par les parodies du film, le cinéma est lui aussi fortement épinglé. C’est le cas notamment avec la fausse bande-annonce de Lycéennes catholiques en chaleur, une parodie de film bis érotique que n’aurait pas reniée Roger Corman. Le cinéma bis en prend d’ailleurs pas mal pour son grade : quand le sketch Touchorama se moque des produits d’appels employés par certains cinémas d’exploitation des années cinquante jusqu’aux années soixante pour améliorer l’immersion du spectateur, d’autres détournent les codes des films pornos (Le Sexe dans la Joie, Hamburger Film SandwichEyewitness News, Courtroom) , des films catastrophes (That’s Armageddon) de la blaxploitation (Cleopatra Schwarz) ou, surement le meilleur moment du film, du film de kung-fu avec un ersatz d’une demie-heure du Opération Dragon (Robert Clouse, 1973) avec Bruce Lee sobrement intitulé Pour une poignée de Yens.

On ne s’étonnera pas que l’esprit de John Landis ait pu séduire le collectif des ZAZ qui deviendront eux-mêmes les fleurons de la parodie aux Etats-Unis avec des films aussi mythiques que la série des Y’a-t-il… débutée juste après Hamburger Film Sandwich avec Y’a-t-il un pilote dans l’avion ? (1980), ou d’autres films cultes comme Top Secret ! (Jim Abrahams, 1984) et Hot Shots ! (Jim Abrahams, 1991). Des films qui avaient presque tous comme concept de parodier des films à succès. L’influence que le groupe a pu avoir sur toute une génération de comiques, et notamment avec leur premier film réalisé par John Landis, n’est plus à prouver. Aux Etats-Unis, des sagas comme Scary Movie en sont les héritières naturelles – David Zucker en a d’ailleurs par la suite réalisé deux des meilleurs épisodes avec Scary Movie 3 (2003) et Scary Movie 4 (2006) – tandis qu’en France, l’univers déluré et parodique des Nuls leur doit beaucoup (la fameuse Carioca chantée et dansée dans La Cité de la Peur (Alain Berbérian,1994) est empruntée au générique de Hamburger Film Sandwich). Idem pour celui des Inconnus qui ont souvent réalisé des sketchs très proches de l’esprit de ceux du film, sans oublier le culte La Tour Montparnasse Infernale (Charles Nemes, 2001) porté par le duo Eric et Ramzy qui reprend la même vaine parodique et absurde. Devenu culte avec le temps, Hamburger Film Sandwich a eu une suite plus ou moins officielle, intitulée Amazon Women on the Moon (1987) – renommée Cheeseburger Film Sandwich chez nous, bah tient… – qui repose sur le même principe de sketchs parodiques mais réunissant cette fois plusieurs réalisateurs – dont John Landis – derrière la caméra. Quoi qu’il en soit, si vous ne connaissez pas ou peu, la filmographie de Landis, Hamburger Film Sandwich me semble une clé d’entrée idéale pour comprendre l’univers du bonhomme et aborder son cinéma au travers du bon prisme : celui du miroir déformant de la parodie des genres.


A propos de Joris Laquittant

Sorti diplômé du département Montage de la Fémis en 2017, Joris monte et réalise des films en parallèle de son activité de Rédacteur en Chef tyrannique sur Fais pas Genre (ou inversement). A noter aussi qu'il détient le record européen du plus jeune détenteur du diplôme d'éleveur de Mogwaï (il avait cinq ans et trois jours) et qu'il a été témoin du Rayon Bleu. Ses spécialités sont le cinéma de genre populaire des années 80/90 et tout spécialement la filmographie de Joe Dante, le cinéma de genre français et les films de monstres.


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