Star Wars : Andor • Saison 2


Après une première saison unanimement considérée comme étant ce qui est arrivé de mieux à Star Wars depuis des lustres, Andor (Tony Gilroy, 2022-2025) est de retour sur Disney+ pour une saison 2, conclure ses nombreux arcs narratifs et raccrocher les wagons avec Rogue One (Gareth Edwards, 2016). Et purée que ça fait du bien de voir une franchise si malmenée revenir à ce niveau de qualité…

Des Stormtroopers vus de dos s'apprêtent à massacer une foule d'opposants dans la saison 2 de la série Andor.

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Rebel with a cause

Nous sommes récemment revenus sur les semi-déceptions que furent The Acolyte (Leslye Headland, 2024) ou Skeleton Crew (Jon Watts & Christopher Ford, 2024), ainsi que sur l’impasse créative dans laquelle se trouve la licence Star Wars qui, à force d’avoir précipité les productions sans cohérence aucune, doit impérativement se réinventer pour survivre. Un constat alarmant qui nous oblige à regarder chaque nouvelle sortie d’un œil méfiant. Pourtant s’il y a bien un film et une série qui ont pu faire consensus au sein de la communauté des fans, c’est bien Rogue One : A Star Wars Story et son préquel feuilletonnant Andor. Le film de Gareth Edwards était parvenu, en 2016, à surclasser les épisodes de la postlogie grâce à un parti pris de s’inscrire dans le genre de l’espionnage guerrier, racontant, en gros, le vol des plans de l’Étoile de la mort évoqués dans Un Nouvel Espoir (George Lucas, 1977). Une œuvre sans Skywalker ni sabres laser – ou presque – qui montrait le potentiel de la saga quand elle cherche à s’éloigner de ses acquis. Andor a logiquement prolongé et amplifié cette approche en revenant sur l’engagement de Cassian Andor et, plus largement, sur la structuration de la Rébellion et les glissements totalitaires de l’Empire.

Un pilote d'un large vaisseu spatial actionne un bouton en regardant sur sa droite ; plan issu de la saison 2 de la série Andor.

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Un ton résolument politique et « adulte » au sein d’une franchise imaginée pour les enfants par Lucas mais qui s’inscrit dans les pas de la prélogie qui, dès La Menace Fantôme (G. Lucas, 1999), montrait les rouages politiciens et autres complots contre la démocratie sur Coruscant. En fait la dimension politique de Star Wars a toujours existé : la trilogie originale était imprégnée de la Guerre du Vietnam et la prélogie de celle en Irak – Anakin dit « If you’re not with me, then you’re my enemy » dans La Revanche des Sith (G. Lucas, 2005), renvoyant au « You’re either with us, or against us » de Bush suite aux attentats du 11 septembre de façon très consciente. Tandis que la postlogie n’avait rien à dire sur notre époque et que des séries comme The Mandalorian (Jon Favreau, depuis 2019) préféraient jouer sur la fibre fun et décomplexée de la saga, c’est bien Andor qui allait tisser un propos politique pertinent, adapté aux dérives démocratiques et guerrières que l’on connait actuellement. Dans le prolongement de sa première saison, la série raconte le parcours de Cassian dans une Rébellion qui s’organise face à la tyrannie de l’Empire : la sénatrice Mon Mothma tente de résister dans les arcanes du pouvoir, l’espion Luthen Rael, de plus en plus radical, est prêt à tous les sacrifices pour vaincre le totalitarisme et notre héros Andor de devoir jongler entre la cause et ses sentiments pour Bix.   

Un vaste programme dont l’équilibre s’avère très délicat. La première saison avait réussi le pari audacieux de nous présenter une galerie composée de nombreux personnages, de différents horizons et plus ou moins connus des spectateurs sans que notre intérêt s’en retrouve dilué et amoindri. D’abord parce que l’écriture et la caractérisation des personnages étaient extrêmement pointues, mais surtout car cette multiplication de protagonistes répondait à une logique voulant que la Résistance ne puisse s’organiser seule et que toutes les strates de la société doivent s’investir pour prétendre renverser une dictature. Cette saison 2, se déroulant en quatre arcs de trois épisodes chacun, continue dans ce sens tout en resserrant inexorablement l’étau autour de tous, les forçant à converger vers une Alliance Rebelle telle qu’on la connait depuis 1977. L’écriture de Tony et Dan Gilroy est toujours aussi fine, pour ne pas dire exceptionnelle dans sa façon de poser des enjeux que l’on pourrait tout aussi bien décalquer sur n’importe quel narratif de guerre voire sur notre réalité. Comment, par exemple, ne pas voir un parallèle entre ce qui se passe sur la planète Ghorman et les images quotidiennes venues de la bande de Gaza ou d’Ukraine, ou entre les désinformations de l’Empire et celles des dirigeants oppresseurs israéliens ou russes ? Star Wars n’a jamais paru aussi direct et en phase avec son temps et jamais l’Empire, dépourvu de Darth Vader ou Palpatine à l’image, n’a semblé si dangereux…

Denise Cough en gradé de l'Empire, se tient droite, la main dans la poche, en uniforme, dans le couloir vert d'un de ses vaisseaux ; plan issu de la saison 2 de la série Andor.

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Plus que jamais avec ces douze nouveaux épisodes, Andor s’éloigne du manichéisme qui faisait la marque et le sel de Star Wars, propre aux contes et mythes. La série déploie des nuances de gris où les rebelles usent de méthodes aussi cruelles que leurs ennemis et où les impériaux doutent du bien-fondé des actions menées par le régime autoritaire auquel ils obéissent. Non pas que la vérité se trouve entre une dictature malfaisante et sa résistance légitime, mais en se plaçant à hauteur de femmes et hommes, Tony Gilroy fait un pas de côté et nous montre à voir des personnages loin des figures héroïques, donc parfaites, de la saga. Loin de Luke Skywalker, arrivé sur le tard dans la Rébellion et qui fera figure de demi-dieu après avoir détruit l’Étoile de la mort, les petites mains ayant tout sacrifié avant lui sont mises à l’honneur dans une approche beaucoup plus réaliste des choses. Et dans cette saison plus que jamais, ces héros ordinaires, constamment en proie au doute, atteignent un point de non-retour dont on connait certes l’issue mais qui s’avère passionnant à suivre, arc après arc. Cela rappelle à la fois les thrillers paranoïaques des années 70 – que la réalisation appuie constamment – comme À cause d’un assassinat (Alan J. Pakula, 1974) ou Conversation secrète (Francis Ford Coppola, 1974), et les films d’espionnage en temps de guerre comme L’Armée des ombres (Jean-Pierre Melville, 1969).

Des références soulignées par la forme donc puisque les trois réalisateurs qui se succèdent à la barre des douze segments de cette saison 2 prennent un soin maniaque à inscrire Andor dans ces registres. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si ces trois cinéastes sont issus d’un cinéma politique et international : l’Australien Ariel Kleiman avait réalisé Partisan (2015), le Danois Janus Metz avait signé Armadillo (2010), un documentaire sur des soldats en Afghanistan, et le Mexicain Alonso Ruizpalacios avait dirigé lui aussi un reportage sur la corruption dans la police de son pays, Notre histoire policière (2021) et Museum (2018), une fiction sur des étudiants traqués par les forces de l’ordre récompensée à la Berlinale. Très loin des yes men souvent engagés par LucasFilm pour emballer des scénarios à la chaine, la démarche est pertinente et récompensée d’un succès artistique à tous les étages. Qu’il s’agisse des décors, des choix de cadrages hérités de Gareth Edwards ou du sens de l’action, tout est brillamment réalisé dans cette seconde saison. Il faut voir le génocide sur Ghorman pour se rendre compte de la maestria qui nous est offerte sur petit écran. Une séquence où l’émotion vient poindre, comme lorsque Bix, la compagne d’Andor, fait un choix douloureux pour eux deux, démontrant que Star Wars en a encore sous le pied quand il s’agit de nous cueillir.

Diego Luna et Adria Arjona front contre front, en amoureux, dans la série Andor saison 2.

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Il nous faut également saluer les performances des comédien.nes où chacun.e excelle dans une large palette de jeu. Diego Luna est toujours impressionnant sous les traits du rôle-titre qu’il porte depuis 2016, Stellan Skarsgard prouve encore et toujours le grand acteur qu’il est tandis que Denise Gough et Kyle Soller, dans les costumes impériaux de Dedra et Syril sont glaçants de bout en bout. Genevieve O’Reilly, qui interprète Mon Mothma depuis La Revanche des Sith – où elle n’était quasiment qu’une figurante – incarne à la perfection le lien entre la grande Histoire de la galaxie Star Wars et ses petites histoires avec majesté. Adria Arjona, dans le rôle de Bix, dévoile une nouvelle ampleur dans son jeu puisque son personnage se remet des traumatismes de la première saison ainsi que d’une tentative de viol – là encore, c’est une première dans la saga. On retrouve également quelques figures de Rogue One parmi lesquels Ben Mendelsohn qui reprend avec générosité les guêtres de l’impitoyable Orson Krennic, ou Alan Tudyk revenu prêter sa voix au drôle de droïde K-2SO. Seule petite ombre au tableau – pour la continuité de la saga – Jimmy Smith a dû laisser son rôle de Bail Organa qu’il tenait depuis L’Attaque des clones (G. Lucas, 2002) à Benjamin Bratt, plus autoritaire et implacable, à cause d’un souci de planning. Pour le reste, c’est bel et bien un sans-faute où se greffent quelques français comme Thierry Godard ou Anna Ruben pour incarner le peuple de Ghorman – planète où les architectures haussmanniennes et la langue rappellent notre pays – et un formidable acteur allemand, souvent trop cantonné aux rôles de méchants en France : Richard Sammel. Intense et émouvant, il synthétise beaucoup de ce que représente Andor.  

On s’était posé la question de savoir comment Star Wars allait bien pouvoir nous réintéresser à son cas, et Andor saison 2 vient de nous répondre brillamment. En proposant des univers singuliers, en travaillant son sujet et en s’entourant de réalisateurs en phase avec ce qu’ils sont censés raconter, la licence a peut-être encore une chance de s’offrir de nouveaux âges d’or capables de réconcilier plusieurs générations de fans. Toujours est-il qu’avec Andor, Tony Gilroy et tous ses collaborateurs ont concocté ce qui est arrivé de mieux à la licence depuis L’Empire contre-attaque (Irvin Kershner, 1980) – et c’est un fan y compris de la prélogie qui vous le dit ! – et, au-delà de la saga, une des meilleures séries « tout court » sorties ces dernières années. L’une des plus fascinantes dans sa façon de retranscrire les enjeux dans années 2020 – l’impérialisme, le capitalisme, les médias parfois complices du fascisme, et pleins de trucs en « -isme » qu’on entend tous les jours dans notre actualité – dans un univers aussi codifié que celui de Star Wars. De ce point de vue-là, la saga de George Lucas est redevenue grande…


A propos de Kévin Robic

Kevin a décidé de ne plus se laver la main depuis qu’il lui a serré celle de son idole Martin Scorsese, un beau matin d’août 2010. Spectateur compulsif de nouveautés comme de vieux films, sa vie est rythmée autour de ces sessions de visionnage. Et de ses enfants, accessoirement. Retrouvez la liste de ses articles sur letterboxd : https://boxd.it/rNJuC

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