The Acolyte • Saison 1


Leslie Headland, la réalisatrice de Bachelorette (2012) et showrunneuse de Poupée Russe (2019-2022), est à la tête de la nouvelle série estampillée Star Wars : The Acolyte (2024), qui se situe à la fin de période dite de « la Haute République », soit cent ans avant La Menace Fantôme (George Lucas, 1999). Une ère encore non explorée par les films et les séries, sans Skywalker à l’horizon, et qui promettait un renouveau pour la franchise…

Une jeune femme, fascinée fait face à un Sith casqué, un sabre laser rouge entre eux ; photo promotionnelle de la série Star Wars The Acolyte.

© Disney / LucasFilm

Fallen Order

Évacuons le problème tout de go : puisque la série subit un bashing sans précédent de la part d’une partie des internautes agacés de voir une femme noire à sa tête, tout ce que vous avez pu lire sur la série risque d’être déformé par ces biais réactionnaires. Non pas que The Acolyte soit exempt de défauts, on y reviendra, mais la plupart des reproches qui ressortent se concentrant majoritairement sur le genre ou la couleur des personnages ou de la showrunneuse, autant s’essayer à une critique construite et argumentée. Ceci étant dit, here we go ! Leslie Headland a donc la lourde charge d’explorer, enfin, une période sans la famille Skywalker en live action : l’ère de la Haute République, réinvention de l’univers dit « Légende ». On y retrouve un Ordre Jedi alors à son apogée qui doit régler quelques petites querelles à travers la galaxie dont il cartographie les contours de la Bordure extérieure. Les Siths, à cette époque, ont disparu depuis mille ans et mis à part quelques petits groupes de malandrins à mater, nos Jedis ne sont que très peu dérangés. C’est dans ce contexte qu’une série de meurtres de Jedis commence, ce qui va mettre le Maitre Sol sur la piste d’une mystérieuse assassine et réveiller quelques souvenirs douloureux.

Amandla Stenberg prête au combat, tient un sabre laser entre ses mains, au pied d'une montagne dans la série The Acolyte.

© Disney / LucasFilm

Ce qui frappe d’emblée lors du visionnage de The Acolyte, c’est son ambition formelle. En effet, la série ne se contente ni de faire évoluer ses acteurs dans le fameux Volume – un écran LED géant qui projette les décors en direct – ni de se reposer sur les acquis esthétiques de la saga. Ici une grande majorité des séquences est tournée en décors naturels ou en dur, et cela se sent à l’image : la série devient alors palpable comme pouvait l’être Andor (Tony Gilroy, depuis 2022) et comme ne l’était pas Obi-Wan Kenobi (Hossein Amini & Joby Harold, 2022). Aussi, cette manière d’embrasser les racines asiatiques de Star Wars, avec des combats se rapprochant parfois du kung-fu, permet de renouveler l’imagerie chevaleresque des Jedis. George Lucas ne s’étant jamais caché d’avoir emprunté au code des samouraïs ou au cinéma de Kurosawa, cela ne dénature absolument pas la licence. Enfin, la période de la Haute République offre la possibilité d’explorer un âge où les Jedis ont d’autres préoccupations que les Siths et où le contexte politique est différent que dans les neufs volets de la saga principale. Du côté des qualités indéniables de la série, on peut également relever que la mise en scène est d’une qualité constante, alternant entre plans d’ensemble et plans serrés bien composés, entre l’infiniment grand de l’espace et le petit de la faune et de la flore de Star Wars.

Pour autant The Acolyte n’évite pas les écueils dans lesquels chaque série Star Wars est tombée – à l’exception d’Andor – à savoir un format franchement déséquilibré dans lequel des épisodes d’une durée discutable de trente minutes font parfois office de remplissage forcé. Huit épisodes calqués sur la formule d’Obi-Wan Kenobi ou d’Ashoka (Dave Filoni, depuis 2023) : deux premiers épisodes prometteurs, un ronflement lors des deux suivants, un petit sursaut au milieu pour se rendormir après, et une conclusion en apothéose pour faire oublier toute notre frustration. Un constat que l’on peut appliquer plus largement aux séries Disney+ qu’elles soient estampillées Marvel ou LucasFilm, et qui nous fait penser que The Acolyte aurait gagné à être resserrée en quatre épisodes voire en long-métrage. Ce rythme décousu est impardonnable pour une franchise aussi rodée que celle-ci ! C’est d’autant plus dommage qu’elle met au second plan tous les beaux efforts de mise en scène des différents réalisateurs. Aussi, et c’est là le plus surprenant, la direction d’acteurs est par moments aux fraises puisque chaque comédien.ne joue sur une partition différente. Le coréen Lee Jung-jae avait expliqué sa difficulté de jouer en langue anglaise, et on peut, de fait, ressentir une intensité parfois exagérée de sa part en comparaison de la retenue de Carrie-Anne Moss ou de Manny Jacinto.

Un inquiétant Sith portant un casque sans yeux set tient debout au cœur d'une forêt angoissante, plongée dans le brouillard, avec de rares arbres fins ; plan issu de la série Star Wars The Acolyte sur Disney +.

© Disney / LucasFilm

Si l’on met de côté ces importants défauts de The Acolyte, il est tout de même permis de passer un agréable moment devant le show. Leslie Headland a affirmé à maintes reprises son amour de la prélogie, et on sent effectivement qu’elle cherche à lui rendre hommage à plusieurs endroits. La quiétude du conseil Jedi renvoie forcément aux débuts de La Menace Fantôme où la bande à Yoda est quelque peu aveuglée par sa suffisance. Et, pour la première fois de manière si claire, Headland questionne même le statut de Jedi. Si dans la prélogie, on pouvait déjà ressentir une forme d’arrogance chez les défenseurs aux sabres laser, et que les différentes séries avaient appuyé cela, The Acolyte montre frontalement l’ambivalence d’une institution où l’on arrache des enfants à leurs familles et où, au nom d’un idéal, on se permet d’écraser les autres. Ainsi, le personnage masqué, qui est franchement stylé et qui renvoie à d’autres pans de la mythologie Star Wars, illustre même mieux que Darth Vader ou Kylo Ren un certain rejet de ces dogmes. Sans embrasser totalement le point de vue du côté obscur de la Force, cette nouvelle série adopte a minima une position moins univoque sur le bien et le mal.

Ce double ressenti devant The Acolyte renvoie à nos questionnements sur l’avenir de la saga. En se refusant toujours d’aller explorer le futur, l’après-Ascension de Skywalker (J.J. Abrams, 2019) – et ce même si la Haute République n’avait été, jusque-là, que le contexte de contenus littéraires – Star Wars est condamné à faire du surplace. Car au final, les seules interrogations que l’on a devant la série c’est de savoir comment cela va raccorder avec l’ignorance des Jedis dans La Menace Fantôme et quand Darth Plagueis – le maitre de Palpatine cité dans La Revanche des Sith (G. Lucas, 2005) – sortira de sa tanière… En somme, nous sommes tellement au courant de ce qui se passe dans la suite des évènements que cela tue dans l’œuf le moindre enjeu dramatique. Alors tout ceci flatte les fans de Star Wars que nous sommes – les deux apparitions du dernier épisode ou un respect assez saisissant du lore de la saga – mais est-ce que ça suffit pour créer une œuvre artistique ? Ce The Acolyte qui cristallise toute la haine des xénophobes de tous poils symbolise surtout toutes les impasses dans lesquelles se trouve la saga, même avec un saut dans le passé aussi important et des qualités aussi évidentes que ses défauts.


A propos de Kévin Robic

Kevin a décidé de ne plus se laver la main depuis qu’il lui a serré celle de son idole Martin Scorsese, un beau matin d’août 2010. Spectateur compulsif de nouveautés comme de vieux films, sa vie est rythmée autour de ces sessions de visionnage. Et de ses enfants, accessoirement. Retrouvez la liste de ses articles sur letterboxd : https://boxd.it/rNJuC

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