En ressortant une double édition DVD et Blu-Ray de La Tour du Diable (Jim O’Connolly, 1972), Rimini Éditions déterre pour nous une série B devenue un classique underground du cinéma d’horreur britannique. Notamment prisé pour sa scène d’ouverture qui hante les esprits et son habileté à jouer avec la linéarité du récit, le film peine cependant à surprendre les spectateur.trices, s’enlise parfois dans les clichés du genre, et manque finalement d’un je-ne-sais-quoi pour réellement nous ensorceler…

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Sea, sex and fog
Si les années 70 marquent le déclin de la Hammer – célèbre société de production made in UK qui a dominé le cinéma d’horreur des années 50 et 60 et à qui l’on doit notamment les illustres Frankenstein s’est échappé (Terence Fisher, 1957) et Le cauchemar de Dracula (Terence Fisher, 1958) – elles marquent aussi le début d’une nouvelle ère pour le cinéma d’horreur britannique. Bien que La Tour du Diable (Jim O’Connolly, 1972) s’inscrive toujours dans le registre du film d’horreur gothique, celui qui a fait le succès des productions Hammer avec ses monstres et ses atmosphères lugubres, on constate tout de même une évolution vers le slasher, plus sexy et plus gore. Au diable les habits modestes et les mœurs du 19e siècle, place à la nudité et aux effusions de sang ! Les mentalités sont en train de changer et le 7e art doit prendre le train en marche. L’un des premiers à avoir compris cela au Royaume-Uni est le producteur Richard Gordon, qui est derrière l’idée de La Tour du Diable. On lui doit également Le chat et le canari (Radley Metzger, 1978), aussi récemment réédité par Rimini Éditions.

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Les premières images de La Tour du Diable nous offrent une vue aérienne à 360° de la fameuse tour, qui est en réalité un phare se dressant au beau milieu d’un paysage désolé : le décor est planté. Deux marins fendent l’épais brouillard qui les sépare de Snape Island avec leur navire, le “Sea Ghost” – un nom plutôt fort gai. L’un des deux semble inquiet quant à leur présence sur l’île. Son inquiétude sera rapidement justifiée lorsque les deux hommes se retrouveront nez à nez avec non pas un, ni deux, mais bien trois cadavres de jeunes personnes nues présentant de belles mutilations telles que des têtes et des mains coupées… Pas le temps de reprendre ses esprits car une jeune fille complètement nue sort d’un placard et poignarde le plus vieux des deux marins, avant de se mettre à courir le couteau à la main, en hurlant de terreur. Cette scène d’ouverture est très efficace dans son installation de l’ambiance lugubre qui enveloppera le reste du film, et encore plus dans sa manière de nous mettre directement face aux éléments qui constituent l’identité du nouveau genre auquel appartient l’œuvre : horreur, nudité, et gore.

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Le synopsis du reste du récit, quant à lui, peut être rapidement décrit en ces termes : quatre adolescents en chaleur trouvent un phare abandonné et trois d’entre eux meurent dans d’étranges circonstances. Les visions de la survivante mentionnent des rituels macabres à la gloire de la divinité Baal. Un détective part alors enquêter sur l’île pour tenter d’innocenter la jeune fille, accompagné par quatre scientifiques à la recherche d’un trésor phénicien. Il s’agit d’un scénario plutôt standard dont l’originalité vient de la déconstruction de la linéarité où l’on navigue entre passé et présent au gré des flashbacks et autres visions traumatiques de l’adolescente. Par contre, quoi qu’on en dise, le personnage principal de cette histoire reste malgré tout la tour. Le potentiel horrifique des phares et des tours n’est plus à prouver – citons le récent The Lighthouse (Robert Eggers, 2019) – et celle-ci, cette fameuse tour du “diable” inquiète par son lien avec un culte aux origines obscures. En revêtant les attributs de la maison hantée, le phare permet de transposer une histoire relativement classique à de nouveaux horizons, ce qui apporte un peu de fraîcheur.
Parmi les éléments qui pourront séduire les spectateurs.trices, j’ai cité plus haut la scène d’ouverture qui offre un magnifique coup d’envoi, mais je me dois aussi de mentionner le travail de la direction artistique et de la musique qui parviennent à donner au long-métrage son atmosphère lugubre. La photographie est également soignée, nous offrant son lot d’images dérangeantes. En résumé, tout ce qui relève du visuel est relativement maîtrisé et attrayant. Que ce soit par les scènes de violence, le style ABBA-esque des protagonistes, ou encore l’imposante explosion finale, le regard est inévitablement attiré par ce qui se passe à l’écran. Cependant, cela ne suffit pas forcément à contrebalancer la platitude du scénario, dont le plot twist est visible comme un phare dans la nuit. À l’exception de Penny, la jeune fille rescapée, la vie des personnages m’intéressait peu et les intrigues relationnelles entre les deux couples de scientifiques n’ont servi qu’à ajouter une nouvelle lourdeur au récit. Je n’ai pas pu m’empêcher de soupirer quand le générique ne s’est pas lancé après ce qui semblait être l’affrontement final, découvrant avec stupeur qu’il restait encore une dizaine de minutes au compteur… Malgré tout, cette nouvelle réédition Blu Ray + DVD que nous propose Rimini Éditions reste un bel objet qui ne peinera pas à trouver sa place dans les bibliothèques des collectionneurs.euses et fanatiques du genre ! Pour ma part, je préfère me replonger dans l’histoire d’une autre tour démoniaque, l’iconique Tour Montparnasse infernale (Charles Nemes, 2001), où absolument tout peut arriver.


