Sorti en catimini fin d’année dernière, Le Choix (Gilles Bourdos, 2024) pourrait vivre une seconde vie en vidéo – il vient de paraitre chez UGC – tant son concept de thriller en huis clos pourrait draguer de nouveaux spectateurs à domicile. Un seul en scène taillé sur mesure pour Vincent Lindon et sublimé par une photographie exceptionnelle.

© Tous Droits Réservés
Panic Route

© Tous Droits Réservés
À l’origine de ce nouveau long-métrage de Gilles Bourdos – Et après (2008), Renoir (2012), etc. – il y a un film de Steven Knight. Oui, oui, l’auteur de Peaky Blinders (depuis 2013) qui, avec Locke (2013), définissait l’intrigue de ce travailleur, père de famille, prenant une décision un soir dans sa voiture. Dans Le Choix, son remake français donc – fait assez rare puisque ce sont souvent les anglosaxons qui refont nos productions hexagonales ! – Vincent Lindon remplace Tom Hardy dans un concept qui reste le même. Lindon les affectionne ces rôles où il peut exprimer une large palette d’émotions brutes, et ça tombe bien puisqu’il est le seul acteur visible du film. Les autres intervenants ne s’exprimeront que par téléphone avec lui, relançant à chaque fois l’intrigue et le stress qui va avec. L’acteur de Titane (Julia Ducournau, 2021) interprète Joseph Cross, un homme au volant de voiture, chef de chantier et père responsable, qui abandonne tout après un appel téléphonique. Tout en conduisant, il multiplie les coups de fil, devant faire face à son choix et ses conséquences sur sa vie professionnelle et personnelle. Une histoire dépouillée, à l’os, qui induit que tout devra reposer sur l’interprétation et la mise en scène pour rendre le long-métrage palpitant.
Alors il faut d’abord évoquer le point le plus visible du long-métrage : Vincent Lindon. Littéralement de tous les plans, il impose dès les premières secondes les contours de son personnage – sérieux, droit et solide. Il est possible que la crédibilité de son interprétation soit liée aux différents rôles précédents de l’acteur : lui qui a joué tant de personnages où le métier est une donnée essentielle, que ce soit dans La Loi du marché (Stéphane Brizé, 2015) ou dans le récent Jouer avec le feu (Delphine & Muriel Coulin, 2025), porte tout de suite une évidence et draine une sorte de passif dans le monde du travail tel que le cinéma aime à le retranscrire. De même, sa relation avec sa femme, jouée vocalement par Emmanuelle Devos, renvoie inconsciemment au couple qu’ils formaient dans La Moustache (Emmanuel Carrère, 2004). Une façon intelligente de gérer le hors-champ du film, en convoquant notre mémoire de cinéphile. Lindon n’a alors plus qu’à dérouler une sérénité inquiétante et une partition taillée sur mesure. On notera les interprétations vocales d’un casting plus que solide – Micha Lescot, Pascale Arbillot, Grégory Gadebois ou encore Cédric Kahn remplacent Olivia Colman, Andrew Scott ou Tom Holland du film original – sur lequel Vincent Lindon peut s’appuyer.
Pour le reste, et pas des moindres, Gilles Bourdos doit constamment proposer du cinéma depuis l’habitacle de la voiture servant de seul décor. En 76 minutes, il filme son seul comédien sous toutes les coutures et par une science habile du montage parvient à partager toute la tension. Le pari est radical mais parfaitement maitrisé et jamais redondant. Il faut saluer à tout prix la photographie sublime du Choix. Pendant toute la durée du visionnage, une chose éblouie encore plus que la performance toujours impeccable de Vincent Lindon : la magnifique image rendant les éclairages urbains tapant sur les vitres de la voiture comme autant de lumières informes, soulignant le brouillard dans lequel Joseph Cross se débat. Et pour cause, le directeur de la photographie n’est ni plus ni moins que le taïwanais Mark Lee Ping Bin, à qui l’on doit la
mythique lumière d’In the Mood for Love (Wong Kar-wai, 2000) ou celle de Millennium Mambo (Hou Hsiao-hsien, 2001). On retrouve cet onirisme surnaturel, quasi divin, à mesure que le film s’enfonce dans le non-retour du personnage. Une esthétique qui distingue Le Choix de son modèle original qui, lui, était emballé de façon plus brute, pour ne pas dire conventionnelle. Une autre proposition justifiant l’existence de ce remake.
On aurait aimé en apprendre davantage sur les coulisses de cet exercice de style, hélas l’édition DVD d’UGC est à l’image du film, épurée. Aucun bonus ne viendra expliquer les choix du réalisateur ou ceux de l’acteur unique et principal. On peut le regretter ou se dire que cela ajoute à l’aura mystérieuse du Choix de Gilles Bourdos. De même, on espère qu’une édition Blu-Ray du film viendra un jour mettre en valeur la photographie. En attendant, il faudra se contenter du DVD en se disant que l’image n’a pas à rougir, rendant compte du travail effectué par un directeur photo habité au moins autant que Vincent Lindon.



