Rebelles 1


Belle petite surprise au sein de l’offre toujours plus médiocre de la comédie française, Rebelles (Allan Mauduit, 2019) s’aventure dans des contrées bien trop désertées où se mêlent la comédie et un cinéma d’action burné et absurde.

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Vilaines

S’il est commun pour nous autres, amateurs d’un certain cinéma, de réclamer que la production française laisse sa chance à davantage de films de genres, afin que du nombre émerge la qualité, un bref regard sur la production de comédies « à la française » suffirait comme contre-exemple imparable. Inondé que nous sommes par des comédies standardisées depuis bien des années, il devient désormais compliqué d’y trouver ne serait-ce qu’une ou deux petites perles, sortant de sentiers battus et rebattus, à se demander ce qu’on a bien pu faire au bon dieu pour mériter ça. Sans être LA comédie de l’année – une phrase type que l’on retrouve par ailleurs sur deux tiers des affiches de comédie française, et qui, de fait, n’a plus véritablement de valeur sinon celle de nous faire rire, bien plus que les produits eux-mêmes – ce nouveau bébé de Allan Mauduit réussit en tout cas à surprendre, ce qui est déjà beaucoup.

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Rebelles débute pourtant comme un énième « film social à la française » une autre de nos spécialités hexagonales – on peut même parler de troisième fleuron du made in france cher à Arnaud Montebourg derrière les croissants aux beurres et la bonne vieille ratatouille. L’histoire entrecroise celles de trois filles un peu paumées : Marilyn (Audrey Lamy) est une mère célibataire accroc au speed et en dech’ de pognon, Nadine (Yolande Moreau) va au charbon pendant que son glandeur de mari regarde la télé peinard et Sandra (Cécile de France), ex-miss Nord-Pas-de-Calais, revient s’installer dans le camping-car de sa mère après quinze années dans le sud de la France. Tout ce beau monde se rencontre autour de filets de maquereaux qu’elles emboitent à la chaîne dans la conserverie locale de Boulogne-sur-Mer, sous les yeux inquisiteurs et méprisants de leur pervers de chef. Ce dernier va profiter d’une fin de service pour faire « des avances » – pour reprendre l’expression consacrée par le synopsis officiel, mais n’ayons pas peur de remplacer cette formule timide par les mots plus appropriés de « tentative de viol » parce qu’il fait bon mettre des mots, et les bons, sur ce genre de choses – à Sandra, qui, en se défendant, va non seulement l’émasculer mais, l’un n’allant pas sans l’autre, le tuer. Les trois filles vont alors se retrouver complices et faire disparaître le corps, disséminé dans des petites conserves, tout en récupérant le sac de fric en liquide qui était entreposé dans son casier. Bien évidemment ce paquet de pognon n’est pas tout à fait propre et nos trois héroïnes sont mêlées à un trafic de drogue malgré elles, et se confronter aux mafieux (belges) qui veulent remettre la main sur leur oseille. 

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N’ayez craintes, il ne s’agit pas là d’un divulgâchis éhonté, puisqu’il s’agit bien du point de départ de cette farce burnée qui dynamite tour à tour le drame social et la comédie française par le prisme d’un cinéma d’action déluré, burlesque, gore, absurde et « pop ». On pense évidemment à Quentin Tarantino que la mise en scène de Allan Mauduit s’amuse par moment à citer – via la séquence musicale sur la version française de la chanson Bang Bang de Nancy Sinatra utilisée dans Kill Bill Vol.1 (Quentin Tarantino, 2003) ou dans la fusillade démente du dernier tiers du récit – tout autant qu’à l’humour noir si caractéristique des films des Frères Coen ou d’un certain cinéma belge, dont on devrait, soit dit-en passant, plus souvent s’inspirer de notre côté de la ligne Maginot. On sent aussi dans sa faculté à s’amuser des codes d’un certain cinéma gore – la séquence d’émasculation, surprenante et saisissante, impose rires et dégout mêlé – et poindre l’esprit décomplexé et goguenard de certaines productions d’horreur anglo-saxons des années 2000 (voir notre dossier consacré à la Brit’Horror) et de tout un pan d’un genre à lui tout seul qu’est le « Gore Burlesque ». Malgré toutes ses références plus ou moins appuyés – tout au plus des clins d’œil ou des hommages en réalité – le film garde une identité française sans jamais la renier. Nous rappelant que s’ils sont bien esseulés, il eut existé quelques exemples de films français œuvrant sur le terrain d’une comédie différente du tout venant, des premiers efforts d’Albert Dupontel, en passant par ceux de Bernie Bonvoisin. A l’instar du cinéma d’auteur qui semble trouver dans le fantastique de nouveaux terrains à explorer, la comédie française, à bout-de-souffle créatif (et sur le déclin en terme d’entrées, bien que les scores de ces productions restent quand même largement supérieurs à la moyenne) peut trouver dans le cinéma de genre(s) une revitalisation bienvenue. Le très bon succès critique et public – plus de 420.000 entrées en première semaine, c’est déjà remarquable – s’il se couple à un bouche-à-oreille positif, pourrait faire de Rebelles et de son réalisateur Allan Mauduit – qui avait co-réalisé Vilaine (2008), déjà une comédie grinçante et « différente » – les porte-étendards d’une « comédie de genre(s) à la française » dont on ne peut qu’espérer le plein éveil.


A propos de Joris Laquittant

Sorti diplômé du département Montage de la Fémis en 2017, Joris monte et réalise des films en parallèle de son activité de Rédacteur en Chef tyrannique sur Fais pas Genre (ou inversement). A noter aussi qu'il détient le record européen du plus jeune détenteur du diplôme d'éleveur de Mogwaï (il avait cinq ans et trois jours) et qu'il a été témoin du Rayon Bleu. Ses spécialités sont le cinéma de genre populaire des années 80/90 et tout spécialement la filmographie de Joe Dante, le cinéma de genre français et les films de monstres.


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