Post Mortem


Présenté en Compétition au Festival du Film Fantastique de Gérardmer, on vous parle du « Conjuring Hongrois » selon l’expression consacrée, le très étonnant Post Mortem de Péter Bergendy (2022).

Un homme est en lévitation, plaqué, allongé, contre le plafond, au dessus de multiples individus encapuchonnés qui tendent les mains vers lui dans le film Post Mortem.

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Fantômes de la Guerre

Tomas s'apprête à appuyer sur le déclencheur de son appareil photo du début du XXème siècle dans le film Post Mortem.

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Les fantômes et les superstitions sont écrits dans le sang de la Hongrie, pays qui a traversé le XXe siècle en tentant de faire dévier la douleur de ses plaies non pas en les pansant, mais en en ouvrant d’autres, depuis la dislocation de l’Autriche-Hongrie, au lendemain de la Première Guerre mondiale, jusqu’aux bruyantes prises de position de l’actuel Premier ministre, le populiste Viktor Orbán. Pour Post Mortem, son quatrième long-métrage, le cinéaste Péter Bergendy convoque le fantastique pour revenir aux origines de ce qui a précipité son pays dans le désespoir : ainsi, la guerre et ses horreurs. C’est là que l’on rencontre Tomás (Viktor Klem), jeune soldat laissé pour mort après une explosion, et qui se réveille au milieu d’une fosse commune après une expérience extrasensorielle avec la mort. Quelques mois plus tard, la guerre est finie mais la grippe espagnole a amené avec elle une autre sorte d’enfer. Tomás, photographe, met en scène les morts aux côtés des vivants, pour un dernier souvenir aux familles dont les proches ont été trop vite emportés et décide de suivre la jeune Anna (Fruzsina Hais), dont il jure que c’est elle qu’il a vue dans l’au-delà : dans le village reculé où vit la petite orpheline, les morts se comptent par dizaines et les cadavres sont entassés dans des granges, le froid et le gel ne permettant pas aux vivants de les enterrer. Alors que Tomás commence à photographier les familles avec leurs morts, des phénomènes surnaturels commencent à terroriser tout le village…

À mesure que le film avance, Péter Bergendy déroule la panoplie complète de la terreur. Ça fonctionne, et l’on peut saluer à ce titre l’efficacité des effets spéciaux, qui redoublent d’inventivité (avec, en plus des éléments créés par ordinateur, des trouvailles dans le montage et l’incrustation d’images plutôt surprenantes), s’interdisant toujours de dépasser les limites du ridicule. Là où Post Mortem trouve ses limites, c’est ailleurs, notamment dans un scénario qui interdit aux apparitions maléfiques de faire plus qu’effrayer. Le danger surgit de partout, à toute heure, mais n’est effectif nulle part, enfonçant par conséquent des portes ouvertes quand il s’agit de désépaissir le mystère par des explications. En outre, le cinéaste cache ici et là des métaphores historiques difficilement appréciables et compréhensibles par un public non hongrois.

Une villageoise, euphorique, vole au dessus de ses concitoyens, qui l'acclament et lèvent leur bras vers elle ; scène du film Post Mortem.

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Les défauts de Post Mortem ne nous font pas perdre cependant l’accroche au film pour autant. On profite qu’il s’attarde sur les dynamiques entre les personnages, en particulier le photographe et l’orpheline, qui développent une relation à mi-chemin entre le romantisme morbide et la lumière. Bergendy, de plus, excelle dans la reconstitution d’une époque et d’un lieu qui, à lui seul, aurait pu porter toute l’atmosphère fantastique : la désolation de la Hongrie rurale, les habitants portant des sacs sur la tête en guise de masques (pour se protéger à la fois de la grippe et des esprits vengeurs), les séances de photographie… Post Mortem avait été choisi pour représenter la Hongrie aux derniers Oscars, preuve s’il en est que le pays continue de s’affirmer comme terre de curiosités filmiques, après notamment Corps et Âme (Ildiko Enyedi, 2017).


A propos de Valentin Maniglia

Amoureux du bis qui tâche, du gore qui fâche, de James Bond et des comédies musicales et romantiques. Parle 8 langues mortes. A bu le sang du Christ dans la Coupe de Feu. Idoles : Nicolas Cage, Jason Statham et Michel Delpech. Ennemis jurés : Luc Besson, Christophe Honoré et Sofia Coppola.

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